Avant que Michel Bourez n’effectue ses débuts officiels dans le WCT, l’élite mondiale, hier en Australie, le deuxième Tahitien à intégrer l’élite du surf après Vetea David voilà presque 20 ans, s’est confié aux Nouvelles de Tahiti. Fin janvier, dans un hôtel de la côte ouest de Tahiti, Michel est arrivé avec son agenda comme un businessman. Mais cela ne l’empêche pas de conserver sa décontraction made in fenua.
Attention, à 23 ans le surfeur de Mataiea n’en a pas moins la tête sur les épaules. Il souhaitait intégrer le WCT, qui regroupe les 45 meilleurs surfeurs de la planète. Sans quoi, après trois années à écumer le WQS, l’antichambre de l’élite mondiale, il aurait tout arrêté. Maintenant qu’il va se frotter aux plus grands, il ne se démonte pas. Si, pour 2009, ses débuts, il visera un classement dans les 27 premiers du WCT, qui lui garantirait de repartir une nouvelle saison avec les meilleurs, pour la suite, Michel fait preuve de l’ambition qui le caractérise. Début 2006, peu après sa 2e place aux championnats du monde juniors, il s’était fixé trois ans pour intégrer le WCT. Pari tenu. Désormais, il n’hésite pas à parler de couronne mondiale. “Pourquoi pas ? On n’est pas dans le WCT pour être 2e, 3e ou 15e. Chacun essaye de gagner le titre”. Et les observateurs ne sont pas loin de penser comme lui. Mick Fanning, champion du monde 2007, estime qu’il sera l’un des rookies, débutant, à suivre cette saison. Faut dire que Michel va bénéficier du soutien des trois autres français du Tour (Jérémy Florès, Micky Picon et Tim Boal qui débute lui aussi) mais aussi des autres Européens qui découvrent le WCT cette année : le Basque Aritz Arunburu, le Portugais Tiago Pires et l’Allemand Marlon Lipke. Un soutien qu’il aurait aussi aimé être un peu plus présent de la part des autorités du Pays, se montrant près à devenir le portedrapeau de la Polynésie à travers la planète. Car, on a beau chercher, un enfant du fenua qui va porter aussi haut nos couleurs sur tous les océans, on ne trouve pas...

Michel Bourez
Age: 23 ans, né le 30 décembre 1985 à Rurutu Taille : 1m76 / Poids : 76 kg Vice-champion du monde juniors en 2006 Victoires sur le WQS : Haleiwa (6 étoiles, 2008), Canaries (2 étoiles, 2005) Classement WQS : 3e (2008), 40e (2007), 65e (2006), 221e (2005) Deux frères : Naea, l’aîné, et Kevin, le plus jeune. Spot favori : Teahupoo Surfer favori : Andy Irons Sponsors: Nike 6.0, Red Bull, Futures Fins, Kelly Surfboards
On va revenir un peu sur cette fin d’année 2008 à Haleiwa (Hawaii). “Miiiicheeuullll Boooreeuze !!!!!!!!” Les speakers du Reef Hawaiian Pro n’en peuvent plus. Et pour toi, c’est le plus beau jour de ta vie ? C’est quoi le plus fort : gagner à Hawaii ou te qualifier pour le WCT ?
“C’est la plus grande compet’ de ma vie... Gagner à Hawaii, un 6 étoiles, une compet’ prestigieuse que tout le monde rêve de gagner. Je l’ai fait ! En plus, par-dessus je me qualifie... Je n’avais pas de stress car je savais qu’une fois arrivé en demi-finale, j’étais qualifié pour le WCT. Du coup, je me suis dit pourquoi ne pas aller en finale. Et là, autant gagner !”
C’était donc une double joie gagner à Hawaii et être qualifié pour le WCT...
“C’est vrai qu’au début de l’année, cela n’a pas trop marché. J’ai eu des bas... Revenu à Tahiti, avant de partir à Hawaii pour la fin de saison, je me suis concentré sur toutes les stratégies possibles. Je n’avais que ça dans la tête pendant une semaine ! Et ça a marché...”
Tu n’as jamais douté après la saison 2007 où tu étais super bien placé à mi-saison, avant de craquer en fin d’année pour finir loin (40e) ?
“Non, non car je m’étais fait un plan de trois ans (2006-2008, ndlr). 2008, il fallait vraiment que je me qualifie. En plus, j’avais mes contrats qui se finissaient. Je savais qu’il fallait tout donner cette année 2008”.
Ces contrats qui se terminaient, ce n’était pas une pression supplémentaire ?
“D’un côté c’est dur, mais de l’autre tu es concentré sur ton objectif. Cela te motive encore plus. Tu es plus “focus” (concentré) sur ce que tu fais, sur chaque compet’. Tu rentres dedans. Et puis j’aime bien la pression... Au pied du mur, c’est là que tu donnes le maximum, que tu es prêt à tout”.
Tu fais de la musculation ?
“Non, non, c’est uniquement en surfant, à force de ramer....
Haleiwa, c’était il y a deux mois. Qu’est ce qui a changé depuis dans le regard de tes sponsors, des médias, des autres surfeurs, de ton entourage, des Polynésiens ?
“Là je suis toujours en négociations, enfin c’est mon agent qui traite (depuis cet interview, Michel a signé avec Nike). Je ne sais pas trop m’occuper de cela. Mais je suis toujours avec Dave Kelly. Avec lui, c’est à vie !”
Et l’entourage, les Polynésiens, les gens te regardent différemment ?
“Les gens me félicitent, plein de gens viennent me voir, me disent "hey man, on est tous derrière toi. On est contents pour toi !" Cela fait du bien d’entendre cela venant de personnes que je ne connais pas. Maintenant, on commence à connaître ma tronche... Dans la rue ici cela me fait un peu bizarre. Je n’ai pas l’habitude encore.”
Alors, comme gère-tu cette nouvelle notoriété ?
“Je suis surtout super fier pour le surf local car en plus de Teahupoo, cela médiatise le surf ici. Que ce soit moi ou quelqu’un d’autre, c’est super important d’avoir un Tahitien dans l’élite locale”.
Justement, comment explique-tu que ce soit toi plutôt que Hira (Teriinatoofa) ou Alain (Riou) qui se soit qualifié ? Qu’est-ce qui a fait la différence par rapport à eux ?
“À vrai dire, j’ai eu de la chance. La première année sur le WQS j’étais avec eux deux, la 2e année j’étais plus avec Alain car Hira n’était plus trop dedans. Et en 2008, j’étais avec le team Red Bull. On étaient cinq surfeurs, dont le Français Tim Boal. Et Red Bull s’occupe de toute la logistique sur les épreuves. Cela t’enlève tous les soucis et m’a aidé car je n’avais qu’à me concentrer sur le surf... Je continue avec eux cette année, et j’aurai un coach rien que pour moi. Et cela, c’est ce qui manque à beaucoup de gars du WQS dont Alain et Hira. On est un peu laissés à nous-même. D’un côté, c’est vrai que cela te forge le caractère, mais à un moment, tu dois te concentrer uniquement sur ton surf. Vraiment, Red Bull est arrivé au bout moment pour moi !”
Spartan, c’est quoi ce surnom ?
“C’est le surnom que l’on m’a donné sur le Tour... Cela vient du film. À Tahiti, on ne m’appelle pas comme cela...”
J’aime bien la pression... Au pied du mur, c’est là que tu donnes le maximum
Pareil, le WCT aime bien t’inclure dans ce qu’ils appellent l’Euroforce. Rassure-nous, tu es bien polynésien ?
Bourez envoyé en repêchages
Michel Bourez a goûté pour la première fois de sa carrière à une compétition WCT en tant que compétiteur et non plus en “wildcard”. En effet, hier, lors de la première épreuve du circuit en Australie, la “Quiksilver Pro”, le Tahitien, malgré un score de 12,90 pts, a été envoyé en repêchage par l’Australien Nic Muscroft (15,33 pts). Il y affrontera Dayyan Neve aujourd’hui.
Résultats 1er TOUR Pts Série 1 1. Jeremy Flores.........13.67 2. Dustin Barca (HAW) ........11.87 3. Dean Morrison (AUS) ........9.70 Série 2 1. Tiago Pires (PRT) ...........12.00 2. Bobby Martinez (USA)......12.00 3. Roy Powers (HAW)..........7.27 Série 3 1. Mick Fanning (AUS)........11.83 2. Phillip MacDonald (AUS)....11.37 3. Ben Dunn (AUS)..............8.76 Série 4 1. Adriano de Souza (BRA) .....12.80 2. Jordy Smith (AFS)...........12.00 3. Drew Courtney (AUS) ........8.57 Série 5 1. Heitor Alves (BRA).........13.67 2. Adrian Buchan (AUS)......12.30 3. Marlon Lipke (DEU) ........10.27 Série 6 1. Damien Hobgood (USA) ......17.50 2. CJ Hobgood (USA) .........12.83 3. Aritz Aranburu (EUK) ..........4.93 Série 7 1. Jay Thompson (AUS)........13.67 2. Taylor Knox (USA) ..........12.67 3. Joel Parkinson (AUS) ......12.00 Série 8 1. Kelly Slater (USA) .........12.17 2. Dayyan Neve (AUS) ......11.00 3. Daniel Wills (AUS) ........10.67 Série 9 1. Julian Wilson (AUS) .....................14.10 2. Bede Durbidge (AUS) ..................12.73 3. Mikael Picon ...........................9.06 Série 10 1. Taj Burrow (AUS)...........16.50 2. Dane Reynolds (USA).......14.23 3. Corey Ziems (AUS) ...........8.80 Série 11 1. Tim Boal.....................15.84 2. Fredrick Patacchia (HAW) ...13.94 3. Mick Campbell (AUS) .......13.06 Série 12 1. Greg Emslie (AFS) ...........13.66 2. Nathaniel Curran (USA)......8.67 3. Chris Ward (USA) ..........8.50 Série 13 1. Kekoa Bacalso (HAW).......17.33 2. Chris Davidson (AUS).......15.84 3. Kai Otton (AUS) .............9.83 Série 14 1. Nic Muscroft (AUS).............15.33 2. Michel Bourez ..........12.90 3. Tim Reyes (USA)............9.57 Série 15 1. Josh Kerr (AUS) ..........15.50 2. Gabe Kling (USA) ................11.07 3. Tom Whitaker (AUS) .........10.60 Série 16 1. Kieren Perrow (AUS)........13.60 2. Jihad Khodr (BRA)...........9.61 3. David Weare (AFS) ..........9.34
“Avant tout, je suis polynésien. Mais oui, je suis tout le temps dans l’année avec eux. Et comme ils sont européens, on nous appelles comme cela. En fait, tu as les Américains, les Hawaiiens, les Australiens, les Brésiliens et le reste. On est solidaires. Et puis, cela marche visà- vis des juges. Quand tu es tout seul, tu te fais avoir sur les notes. Comme ils voient que nous sommes un groupe solidaire, les juges voient que nous avons notre mot à dire. Ils savent qu’ils ne peuvent plus faire n’importe quoi...”
Et puis, faut dire aussi que vous ne faites plus de complexes vis-à- vis des Hawaiiens et des Australiens...
“C’est clair. Cela va tourner... Quand tu vois Jérémy (Florès) qui a fini dans le top 10... J’espère qu’il y en aura d’autres !”
Qu’est-ce que tu as changé dans ta préparation de la saison 2009 désormais que tu es sur le WCT ?
“C’est le travail sur les planches. Affiner le shape avec Dave Kelly... Après, y a la préparation mentale. Et puis, comme lors des compétitions WCT, les séries en sont lancées qu’avec des grosses vagues, au niveau de l’entraînement, je n’ai plus besoin d’aller surfer dans des petites conditions. Là, cela fait trois années passées dans des conditions pas top, désormais, c’est les grosses vagues !”
La grosse différence entre le WCT et le WQS, là, c’est qu’en dehors du premier tour, ce n’est que du un contre un et non des séries à quatre surfeurs. L’approche est différente ?
“Carrément ! En man on man, tu dois choisir beaucoup plus tes vagues. Je dois profiter des anciens du WCT comme l’Australien Jake Paterson pour suivre leurs conseils. C’est vrai que la tactique diffère quand tu es quatre mecs à l’eau ou deux seulement... À la limite, tu dois plus faire tes choix sans te préoccuper de l’autre. Quand tu as la priorité, tu attends la bonne vague, pas chercher une vague à 5 parce que l’autre a fait 4. Non, tu attends la vague qui te permet de faire 8 ou 9. Après, c’est vrai que je vais découvrir des spots. Mais pour chaque compet’, je compte arriver à chaque fois une semaine avant, pour étudier les vagues et choisir mes planches en fonction d’elles”.
Tu évoques les anciens, as-tu échangé avec “Poto”, Vetea David, le seul Tahitien à avoir participé avant toi au WCT ?
“Je l’ai croisé une fois à Papara, mais on a pas trop parlé. On n’est pas trop de la même génération. Je n’ai jamais dit non à quelqu’un qui veut me donner de l’aide. En fait, on s’entraide avec Tim Boal ou Micky Picon qui me donnent des conseils”.
Et avec les étrangers ?
“En dehors d’Andy (Irons) ou Kelly (Slater) que je ne connais pas trop, avec les autres surfeurs du WCT, on discute, ils me donnent des encouragements”.
Tu as toujours bien marché dans les compétitions WCT lorsque tu étais wildcard (Quicksilver Pro France d'Hossegor en 2007 : il élimine successivement Andy Irons et Kelly Slater, et en 2008 c’est Bede Durbidge qui passe à la trappe) mais cette fois tu vas être obligé de prendre des points et tu vas être attendu. Comment vas-tu gérer cela ?
“En fait, avant en WCT, je me faisais super plaisir car c’était des bonnes vagues. Et cette année, du moment qu’il y aura des bonnes vagues, cela va m’aller ! Je m’éclate à l’eau, je donne mon maximum. Je suis content. Après si je perds... C’est vrai que là, tout le monde fracasse les bonnes vagues... C’est les gars du top 15 qui vont être les plus difficiles à battre...”
Justement, qu’elle va être ton objectif pour cette première saison sur le WCT ?
“Pour ma première année, c’est de finir dans les 27 premiers en fin de saison pour être qualifié pour le WCT en 2010. J’arrive, je vais essayer de voir comment cela marche, comme j’ai fait en WQS. Si je me requalifie, l’année d’après, j’aurai des chances de progresser...”
Et à plus long terme, dans trois ans ? Champion du monde ?
“Pourquoi pas ? On n’est pas dans le WCT pour être 2e, 3e ou 15e. Chacun essaye de gagner le titre. Après, à cause de Kelly (Slater), ce n’est pas facile... S’il est champion pour la 10e fois cette année, après je crois qu’il arrêtera... Mais j’ai envie qu’il ne gagne pas en 2009 pour le voir encore surfer en 2010. Le voir, c’est un enrichissement personnel. Tu apprends beaucoup de choses. Il est différent. Être à l’eau avec lui, c’est un bonus. Il a tellement évolué depuis le début de sa carrière en 1992 que même la nouvelle génération n’arrive pas à lui rentrer dedans. Il a su évoluer et faire toutes les manoeuvres aériennes. C’est ce qui fait la différence maintenant”.
Les juges réclament ces manoeuvres ?
“Il faut faire des trucs hallucinants. Maintenant, il faut faire des manoeuvres comme cela dans chaque série. Il va bientôt falloir faire des “rodéos”, repousser les limites de plus en plus...”
“Si je ne m’étais pas qualifié cette saison pour le WCT, j’aurai tout lâché”
Là, le Tour ne comprend que 10 étapes dans l’année, vas-tu faire des épreuves du circuit WQS ?
“Oui, je vais faire les plus importantes. Après l’ouverture du WCT en Australie, je ferais les deux 6 étoiles du WQS en Australie. Ensuite, je verrai au long de la saison... C’est vrai que le WQS peut me permettre de me requalifier pour le WCT. Je verrai comment cela va se passer en début d’année...”
Et tes parents, comment réagissent-ils ?
“C’est vrai qu’ils se demandaient comment j’allais réagir si je ne m’étais pas qualifié cette saison pour le WCT. Franchement, je pense que j’aurai pété un câble et j’aurai tout lâché... C’était l’année ou jamais ! Sans quoi j’aurai arrêté le surf. Tu donnes tellement de toi-même qu’à la fin, si tu n’as rien en retour, tu te dis que cela ne sert à rien. Beaucoup sont passés par là. C’est dur. Tu vois Alain et Hira (Riou et Teriinatoofa), ils ont tellement donné, qu’ils ne savent plus quoi faire...”
Donc tes parents sont soulagés ?
“Ils sont carrément contents ! Et ils sont toujours à fond derrière moi. Je voudrais les remercier eux et mes deux frères, Dave Kelly, toute la famille, ma copine, tous ceux qui me soutiennent”.
Et avec la Fédération tahitienne et le Pays, tu as reçu des messages de soutien ?
“La Fédé, ils sont sympas avec moi. Ils sont heureux. Le gouvernement, bah j’ai reçu une lettre. C’est tout. J’aurais aimé avoir un peu plus de reconnaissance car je représente quand même la Polynésie. J’aurai bien aimé échanger avec eux, je pourrais peut-être véhiculer officiellement l’image de Tahiti dans le monde...”
Feras-tu les championnats du monde ISA sous les couleurs de Tahiti ?
“Je ne sais pas quand cela aura lieu. S’il n’y a pas d’épreuve WCT en même temps et que je suis dispo, y a pas de problème, je participerai pour la Polynésie”.
Pour la Fédération tahitienne, tu vas constituer un exemple vis-à-vis des jeunes...
“J’ai vu Tamaroa (McComb) à Hawaii, après ma victoire. Pas de problème pour lui, d’ici deux ou trois ans, il sera dans le WCT. Après, il y a les jeunes d’ici, comme mon petit frère Kevin, j’espère que je vais les motiver à se battre...”
Propos recueillis par Frédéric Gouis et Moana Trilha
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