Son livre, Indolents compagnons de voyage, entraîne le lecteur de Bora Bora à la Nouvelle- Zélande, guidé par un albatros. Rencontre avec l'auteur avant son départ pour cinq semaines de navigation vers les îles de la mer d'Andaman.
Navigateur depuis plus de 20 ans, il publie son premier roman

C'est votre premier roman, pourquoi avez-vous commencé à écrire ?
“C'est une vieille histoire qui remonte à l'adolescence, lorsque je vivais à Djibouti et que j'ai eu la chance de voyager en Éthiopie. Les fantômes des Monfreid, Kessel, Rimbaud qui planaient là-bas, peut-être ? Une idée de jeunesse, donc, une sorte d'idéal auquel je me suis accroché.”
Depuis combien de temps naviguez vous ?
“Avec ma femme et mon fils, nous sommes sur l'eau depuis 26 ans, mais il y a eu de longues périodes d'escales ‘professionnelles’, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie pendant une dizaine d'années. Seize ans de bourlingage donc, en dehors de cette sédentarisation relative. Nous essayons de rester le plus longtemps possible dans les pays que nous abordons. Il y a toujours des rencontres formidables à faire pour peu que l'on sache prendre le temps. On a commencé notre voyage par la côte Est des États- Unis, Bahamas, Antilles,Venezuela, Panama, Galapagos puis la Polynésie. Ensuite Tonga, Fidji, Nouvelle-Zélande, Vanuatu, avant un retour en Nouvelle- Calédonie. En 1997, nous sommes repartis sur un nouveau bateau pour la Polynésie, les îles Cook, Wallis, Vanuatu, Nouvelle- Calédonie, Australie, Nouvelle-Zélande, Indonésie, et aujourd'hui nous nous apprêtons à partir de la Malaisie pour la Thaïlande.”
Aviez-vous envie de faire partager votre expérience maritime à travers votre roman ?
“Pas vraiment. J'ai écrit deux romans avant Indolents compagnons de voyage, qui n’ont jamais été publiés, pour voir si j'en étais capable. Aucun n'avait de relation avec la mer.”
Écrire est une façon d'occuper le temps libre que vous avez en mer ?
“On peut dire ça, mais la vie de bateau, c'est plus de 90% du temps au mouillage. Pas le temps de s'ennuyer entre les travaux d'entretien, l'école par correspondance, l'approvisionnement... Si temps libre il y a, ce serait plutôt pendant les 10% que représentent les traversées en mer. Mais là, on est trop absorbé par la navigation et la contemplation pour écrire autre chose que des notes.”
Quel regard portez-vous sur votre vie de navigateur ?
“Le mot navigateur a une connotation trop sportive. Disons que nous sommes des flâneurs. Cette vie-là est fantastique à partir du moment où vous maîtrisez les contraintes techniques, ce qui n'est pas facile au début. On arrive alors à vivre quasiment en autonomie, en relation avec les éléments. Finalement, le bateau est un style de vie, une manière assez bourgeoise de se promener, du style escargot avec maison-tout-confort sur le dos.”
Votre personnage porte un regard plutôt désabusé sur la vie du navigateur à voile…
“Oui, désabusé, parce qu'il a l'impression d'être arrivé au bout de ses rêves. Jusqu'à ce que sa rencontre avec l'albatros lui donne une nouvelle impulsion qui le recharge de toutes ses motivations de jeunesse.”
Pouvez-vous nous parler de la valeur symbolique de l'albatros ?
“Ces oiseaux sont époustouflants. Quand on les rencontre en mer, on reste bouche bée en les voyant évoluer. L'albatros est une représentation de la perfection biologique. On retrouve d'ailleurs l'allégorie de l'albatros dans la littérature anglaise et espagnole.”
L'albatros est une représentation de la perfection biologique
Cet albatros est-il imaginaire ou avezvous eu l'occasion d'étudier cet animal ?
“Bien sûr, j'ai fait des recherches. Tout est véridique, sauf ce qui touche au registre héréditaire, et à la télépathie qui ne sont que des spéculations. En fait, les scientifiques n'expliquent pas comment ces oiseaux s'y prennent pour s'orienter et communiquer entre eux à distance comme ils le font de toute évidence.”
Votre roman a pour cadre Bora Bora et la Nouvelle-Zélande. Vous semblez plutôt critique à l'égard de la première île mais on perçoit une certaine tendresse.
“Bien vu pour la tendresse, c'est le mot juste. Le fenua est envoûtant. Les gens sont dotés d'une élégance tranquille. Certains aspects de la modernisation les ont un peu pris en traître, trop inesthétiques et avilissants pour eux, je trouve.”
Pourquoi avoir choisi ces deux pays ?
“Ils sont reliés entre eux par les grandes migrations maories. Puis, la Nouvelle- Zélande est une escale traditionnelle pour les albatros.”
Préparez-vous un autre roman ?
“Oui, je travaille sur tout à fait autre chose. Mais une suite de Indolents compagnons de voyage est prévue.”
Propos recueillis par HFD
IL L’A FAIT
- En 1953, Joel Simon quitte la France à l'âge de deux ans pour l'Afrique. Son père est navigant dans l'armée de l'air. Il vivra entre les deux continents jusqu'en 1970.
- En 1978, il s'installe en Nouvelle-Calédonie avec sa femme Christiane. Il crée une entreprise dans le domaine du traitement des eaux et de l'hydrologie.
- En 1982, ils vendent tout pour partir en bateau.
- En 1989, ils reviennent en Nouvelle-Calédonie.
- En 1997, avec un nouveau bateau, ils commencent un nouveau voyage qui dure toujours.
- En 2008, il publie son premier roman aux éditions Au vent des îles.
LE ROMAN
C'est un albatros qui ouvre le roman, en référence appuyée au poème de Baudelaire, évoqué aussi par le titre du roman. L’albatros est utilisé comme un fil entre deux personnages et deux îles : un Français qui a échoué à Bora Bora, où il travaille sur un chantier (c'est l'occasion pour l'auteur de raconter avec humour l'envers du décor offert aux touristes fortunés) et une belle métisse néo-zélandaise en quête de son identité polynésienne.
Indolents compagnons de voyage de Joël Simon, aux éditions Au Vent des îles, 432 pages, 2 800 Fcfp.
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