Pour sa première exposition, l’association Kreativ Concept dévoile les 12 premiers mètres d’une fresque destinée à décorer l’Hôtel de ville de Paris à l’occasion de l’exposition Latitudes 2009. Deux de ses membres fondateurs nous expliquent leur démarche.
La galerie Winkler accueille l’exposition de Kreativ Concept jusqu’au 22 août

Vous présentez notamment à la galerie Winkler une fresque que vous avez été plusieurs à réaliser…
Arnaud : “C’est effectivement une oeuvre collective. Les six graffeurs de l’association y ont participé : Tehapa, Teata, José, Romain, Tana et moi. Il n’y a que Tana et Tehapa qui partent en septembre à l’exposition Latitudes 2009 et on tenait à ce que tout le monde mette sa touche sur cette première moitié de fresque. Les autres 12 mètres seront réalisés à Paris.”
C’est une belle opportunité pour se faire connaître…
Arnaud : “Oui, même si on n’y était pas vraiment préparés. Ça s’est fait assez rapidement. Il y a encore deux semaines, on n’était pas certains de pouvoir participer à l’exposition et finalement ça a pu se faire grâce aux Éditions Arapo et Haere Po Tahiti qui nous ont sponsorisés pour acheter les bombes, les toiles…”.
Comment en êtes-vous arrivés à ce résultat ?
José : “On avait envie de faire quelque chose qui n’existait pas déjà. On a mélangé le graffiti à la culture maohi en jouant sur le tatouage, qui en est un symbole très représentatif. Tana et Tehapa vont sûrement faire une vahine en train de danser sur l’autre moitié de la fresque.”
On aimerait surtout sortir du cliché graffiti égal vandalisme, drogue et saleté
Comment travaillez-vous tous ensemble ?
Arnaud : “On définit le thème avant de commencer à peindre et ensuite on se départage le travail. Il y en a un qui s’occupe du fond, un autre des personnages, un autre du décor. Chacun fait ses lettrages et quand l’un de nous a fini sa partie, il va aider les autres.”
Vous avez créé l’association Kreativ Concept en 2006 avec pour idée première de démocratiser le graffiti. Et maintenant ?
José : “D’abord, pour le faire connaître, parce qu’à l’époque ça n’existait pas du tout à Tahiti, et ensuite pour le promouvoir. C’est Angelo, un animateur de la maison des jeunes de Arue qui nous a aidés etmotivés à créer notre association pour que l’on soit reconnus. On aimerait surtout sortir du cliché graffiti égal vandalisme, drogue et saleté.”
Vous militez donc pour que le graffiti ne soit plus mal vu ?
Arnaud : “On a envie de montrer que l’on peut faire de jolies choses, qu’un tag n’est pas forcément moche, qu’il vaut mieux avoir une devanture de magasin graffée que nue, et que plus généralement, tous les murs gris seraient bien mieux peints. On s’est donné lesmoyens de populariser le graff en se plaçant à des endroits stratégiques, comme sur le mur en face du Radisson.”
José : “Notre truc, c’est surtout de décorer. On est complètement pollués par des images publicitaires qui nous sont imposées. Pourquoi ne pas les remplacer par nos graffitis, pour changer notre paysage. La campagne ‘Embellissons nos murs’ pourrait être faite avec du graffiti. Plutôt que de demander aux gens de planter des fleurs devant leurs murs, on pourrait très bien les peindre. On ne demande que ça.”
Vous trouvez que les espaces d’expression manquent ici ?
José : “Il y a eu tellement de bruit autour du tag que s’est devenu quelque chose d’horrible, contre lequel lutter.”
Arnaud : “Il y a beaucoup de répression mais en échange on ne propose rien. On ne peut pas empêcher les gens de fumer partout. Le graff, c’est pareil. On aimerait bien par exemple qu’un espace soit dédié aux jeunes en ville. Il y a tellement d’endroits abandonnés où ils pourraient s’exprimer…”.
Est-ce que vous avez quand même la sensation d’être mieux considérés au fil des ans ?
Arnaud : “On va dire que c’est vrai depuis cinq ou six mois. On le voit car les gens font de plus en plus souvent appel à nous. Ce qu’on aimerait surtout maintenant, c’est que le travail des jeunes soit remarqué. On commence à être vieux donc on veut être certains que la relève soit assurée.”
Propos recueillis par Manon Hericher
Pour plus d’informations : www.kreativconcept.com ou
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L’ASSOCIATION
- L’association Kreativ Concept a été créée en juin 2006 avec pour objectif de faire connaître et promouvoir le graffiti
- Tous les samedis depuis le mois d’avril, les graffeurs du collectif font des démonstrations au Hilton Tahiti
- Aujourd’hui ils aimeraient qu’au lieu de la répression, des espaces en ville soient dédiés aux jeunes pour qu’ils puissent s’exprimer
L’EXPOSITION
Graffiti à la galerie Winkler vise à présenter la première moitié des 24 mètres de fresque qui seront exposés du 16 septembre au 10 octobre à l’Hôtel de ville de Paris, à l’occasion du rendez-vous annuel d’art contemporain, l’exposition Latitudes, qui fait la part belle aux artistes d’outre-mer. La particularité de cette 7e édition réside dans la demande faite à des artistes emblématiques de Latitudes 2007 – Terres du Monde- de révéler de jeunes talents originaires de leurs régions. Andreas Dettloff parraine ainsi Tana et Tehapa qui réaliseront à Paris les 12 derniers mètres de la fresque commencée au fenua. À l’instar de l’édition 2007, Latitudes 2009 est conçue pour voyager. Sa première escale aura lieu à l’École régionale des Beaux-Arts de Besançon, du 5 au 30 novembre 2009.
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