Hitireva a fait l'unanimité lors de ce Heiva 2009. Le public, comme le jury, a plébiscité la jeune troupe, qui avec sa 1re place dans la catégorie Heiva, entre dans la cour des grands.
Elle a mené Hitireva à la victoire

Votre victoire est unanime, elle est bien la seule !
“Nous sommes très contents de ce prix, Hitireva s'est accroché pour monter les échelles. J'ai eu, c'est vrai, les félicitations de chefs de groupes, telle Marguerite Lai, qui m'a dit que notre victoire était vraiment méritée, qu'elle était irréprochable. C'est impressionnant, d'être une petite troupe qui tout à coup intéresse les médias. Les chefs de troupe, et même les danseurs sont prêts à me suivre si on y retourne l'année prochaine.”
Comment vous êtes-vous préparés à ce Heiva ?
“En tirant les leçons de nos précédentes expériences. En 2007, nous avions eu des problèmes de lieu pour les répétitions et la confection des costumes. C'était les deux points qu'il fallait absolument assurer cette année.”
On a senti une énergie particulière chez vos danseurs, quel état d'esprit anime Hitireva ?
“La première parole que j'ai prononcée devant mes danseurs a été : ‘Je ne vais pas au Heiva pour participer, j'y vais pour gagner.’J'ai prévenu ceux dont c'était la première fois : "Ça ne sera pas toujours tendre." C'était cela l'état d'esprit : partir pour gagner. Le temps où nous allions au Heiva pour participer est révolu.”
Que penses-tu des débats post-Heiva ?
“Des milliers de personnes ont vu le spectacle. Chacun avait son groupe préféré, mais les règles du jeu sont celles-là : il y a huit membres du jury et ce sont eux qui donnent le prix. Nous sommes obligés de l'accepter. Il n'y aura jamais qu'un seul gagnant au Heiva.”
Fais-tu partie de ceux qui sont favorables à un vote du public ?
“Je ne suis pas trop pour. On peut peutêtre envisager une participation, mais faible. Pas plus de 10% de la note.”
Un prix du public ?
“Cela défavoriserait certainement les petits groupes, moins connus, des îles ou des petites communes. Et puis, même si un groupe gagne les suffrages du public, ça ne veut pas dire qu'il est le meilleur. Or c'est cela qu'on veut, être les meilleurs.”
Pour toi quels sont les points négatifs et les points positifs de ce Heiva ?
“Les subventions tombent trop tard. Il faut faire des recherches de fonds pour pouvoir avancer l'argent. On se fait taxer sur les more. Nous avions un lieu de répétition, un parking à côté de Nautisport, mais pas d'éclairage. Nous avons été obligés d'acheter un groupe électrogène, monter et démonter l'éclairage chaque soir. Le principal problème du Heiva, c'est l'argent. Il faut acheter les matériaux, les machines à coudre, les offrandes au jury et au public. Les points positifs, ce sont les rencontres, l'esprit de groupe, et la victoire ! Mais il faut aussi apprendre à perdre.”
Penses-tu qu'il faille revenir aux catégories création et tradition ?
“Personnellement, je préfère les catégories Heiva et Heiva Nui et je me battrai pour ça s’il le faut. Parce qu'il faut donner l'opportunité à des danseurs confirmés d'entrer dans de jeunes troupes pour les tirer vers le haut. Les catégories création et tradition sont sujettes à trop d'interprétations. En tant que jeune chorégraphe, je ne saurais même pas dire à quel moment démarre la création. Quelle est la frontière ? Il faudrait définir le traditionnel une fois pour toutes. ‘Danser tels pas, et tels gestes sur telle musique.’ Je me rappelle une année où Temaeva avait remporté le prix dans les deux catégories. Différentes formules ont été tentées, aucune n'a convenu. Pour moi la meilleure formule reste les amateurs d'un côté, les professionnels de l'autre.”
Quel serait votre palmarès 2009 ?
“Oh c'est trop difficile ! J'ai beaucoup aimé O Tahiti e. Il y avait une grande diversité de pas, les chorégraphies étaient très propres. Aujourd'hui, on a tendance à faire tellement de déplacements que cela devient fouilli. O Tahiti e passait avec harmonie du carré au triangle, du triangle au losange… J'ai adoré Oparo, ils avaient un dynamisme, une synchronisation, une simplicité… Leur mise en scène était extraordinaire, on était au ciné, au théâtre ! Temaeva, j'ai beaucoup aimé leurs costumes et le sentiment qui passait, on avait l'impression de revenir à des choses plus simples. Chez les filles de Tamariki Poerani, on sent la grâce et l'amour de la danse. Chez Hei Tahiti…j'ai aimé le dynamisme des garçons. Il y avait un côté très technique chez les filles, leur faatere tifene était excellent.”
Reviendrez-vous l'année prochaine ?
“Je n'ai pas encore la réponse. Cette année, les tupuna étaient avec nous. On a eu un merveilleux texte, une très belle création musicale, on a eu une costumerie, un lieu de répétition, il n'a pas plu…Est-ce que l'an prochain ce sera aussi parfait ?”
Propos recueillis par Khadidja Benouataf
ELLE L’A FAIT
- Kehaulani Changuy est née le 17 septembre 1980 à Papeete 4Elle débute la danse à 8 ans, au Conservatoire
- Premier Heiva en 1996 avec Toareva
- En 1999, elle rejoint Ahutoru Nui, pour lequel elle sera danseuse et chorégraphe
- En 2006, elle crée le groupe Hitireva, qui remportera le prix du meilleur danseur, de la meilleure danseuse, du meilleur auteurcompositeur au Hura Tapairu en 2007 et les prix du meilleur Otea et du meilleur Hula au Hura Tapairu de 2008
ARATOA
Les cours ont repris à l'école de danse Aratoa, dirigée par Kehaulani Changuy, et les inscriptions sont encore ouvertes. Élèves acceptés à partir de 4 ans. Tarif : 5 000 Fcfp/mois. Adresse : Motu Arue. Tel: 72 21 80.
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