POLÉMIQUE. Utiliser du palmex à la place du pandanus, voilà ce qu’ont “osé” demander les hôteliers à la délégation gouvernementale samedi, en déplacement à Bora Bora. D’où la sortie de Mita Teriipaia, ministre de la Culture et producteur principal de pandanus de l’île, qui s’est emporté contre un hôtelier, lui demandant quand il comptait repartir. Gaston Tong Sang défend son ministre.
L’ESSENTIEL
- “Il m’a demandé qui j’étais, depuis combien de temps j’étais là et quand j’allais repartir”, a raconté un hôtelier
- Ce sont les propos que Mita Teriipaia aurait tenus ce week-end, lors de la réunion de la délégation gouvernementale avec les hôteliers, à Bora Bora
- Gaston Tong Sang condamne les propos racistes mais se demande si les hôteliers ont bien compris que le pandanus faisait vivre la population de l’île
Cautionnez-vous les propos de votre ministre ?
“Je n’étais pas là. Je n’étais pas à cette réunion donc je ne sais pas dans quel contexte ses propos ont été dits. J’ai lu dans la presse que les hôteliers voulaient réintroduire le plastique, j’y suis absolument opposé. Les choses sont claires, on ne reparle plus du palmex. Le pandanus, c’est notre ressource essentielle qui a beaucoup contribué au développement de l’hôtellerie à Bora Bora et certains profitent effectivement des cyclones pour dire qu’on est en rupture de pandanus. Je pense qu’on peut mobiliser rapidement les confectionneurs de pandanus pour faire face à ce besoin. C’est vrai que certains hôtels ont la toiture bien endommagée par le cyclone, mais les toitures étaient de toute manière arrivées à terme, au niveau du remplacement. On aurait appris, six mois avant, qu’il fallait changer ces toitures, on aurait constitué des stocks. Je pense qu’il faut qu’on organise un planning sur les besoins des hôtels en pandanus de manière à pouvoir programmer la production. Le reste, je ne sais pas si c’est le fait de la crise ou de la tension… Je comprends les hôteliers qui, pendant ces périodes de crise, sont très sensibles aux problèmes qui les préoccupent. En tout cas, je condamne tous les propos à caractère raciste, ce n’est pas la première fois que je m’élève contre de tels propos. Même si je suis mis parfois en première ligne. Mais je ne vais pas pour autant aggraver la situation, amplifier, je suis plutôt pour calmer les choses et je crois que les hôteliers aussi sont dans cet état d’esprit. On ne va pas en faire une montagne. Tout ce que je sais, c’est que nous sommes très attachés à notre pandanus naturel à Bora Bora. C’est la raison d’être et la raison de vivre des habitants de Bora. Les hôteliers le savent.”
Cette situation de monopole ne vous dérange pas ?
“Ce n’est pas du monopole, c’est simplement faire travailler la population dans un domaine qui relève des gestes ancestraux, qui relève de la ressource naturelle. Développer nos ressources propres est important. Pratiquement toutes les toitures des hôtels à Bora Bora ont été couvertes par du pandanus. Dès fois, on partage le marché avec Maiao. J’aurais aimé aussi que Moorea soit totalement recouverte de pandanus pour permettre aux populations deMaiao de travailler. Il n’y a pas de monopole, c’est simplement une participation de la population à son développement économique.”
Vous vous êtes entretenu avec votre ministre sur ses propos ?
“Je l’ai vu. Je ne sais pas si ses propos ont dérapé sur le plan raciste. Ça aurait été quelqu’un d’autre… Demander à quelqu’un s’il a bien compris le contexte dans lequel l’île vit. Nous faisons simplement la passerelle entre la population et ceux qui veulent venir développer l’île. Un hôtelier sait que pour obtenir un permis de construire, il doit obligatoirement utiliser le pandanus. Les choses sont claires. Certains sont d’accord pour le premier investissement puis demandent à renouveler les toitures avec du palmex. Je ne suis pas d’accord.”
Le ministre a-t-il encore toute sa place dans votre gouvernement ?
“Tout le monde a sa place dans ce gouvernement. Il y a des défauts et des qualités. Il faut simplementmettre en avant les qualités des uns et des autres, et réparer s’il y a des erreurs.”
Ce n’est pas une erreur de casting ?
“Non. Je préfère qu’on le juge sur ses résultats, et non pas sur ses propos. Est-ce que c’est un bon ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Patrimoine ? En tout cas, il en a les capacités. Son père a été un pilier de la vie traditionnelle de l’île. Est-ce que les mots correspondent à ce que ressentent réellement les gens ? Je ne sais pas. Même à l’assemblée, on entend des propos… Samedi dernier à l’assemblée, il y a eu des gros mots. À la limite du racisme. Quand on prononce ces mots, ça s’adresse aux Français. Certains comprennent. Ça n’a pas été relevé, c’est dommage.”
Propos recueillis par LR
AUGUSTINE SHAN SEI FAN, directrice du cabinet du ministre de la Culture
“Les choses sont classées”
Quelle est la réaction du ministre concernant la polémique sur ses propos ? “Il ne souhaite pas intervenir, il ne veut pas envenimer les choses. Suite à la réunion, il a senti que certaines personnes avaient été un peu choquées par ses propos, il s’en est donc excusé auprès d’eux. Pour lui, les choses sont classées.”
STEEVE HAMBLIN, ministre du Tourisme
“Je ne pense pas queM.Teriipaia soit xénophobe”
Mita Teriipaia ne va-t-il pas à contre-courant du gouvernement ?
“Le ministre de la Culture s’est déplacé avec nous à Bora Bora samedi, pour se rendre compte de toutes les difficultés que traverse l’activité. Tout notre gouvernement rame dans le même sens. Je n’ai pas eu l’impression qu’un individu ramait dans le sens contraire.”
Malgré ses propos tenus à Bora Bora ?
“Il n’a certainement pas mesuré les conséquences de ses propos, qui ont été dits dans un certain contexte. Quoi qu’il en soit, nous avons rassuré les hôteliers, en leur disant que nous étions là pour les soutenir. La moitié du gouvernement était à leur chevet à Bora Bora vendredi et samedi.”
Que pensez-vous de ses propos ?
“On ne peut pas se positionner. Il faudrait questionner Mita Teriipaia.”
Les hôteliers n’ont peut-être pas besoin d’entendre ça ?
“Les propos racistes ne sont pas admissibles. Est-ce queM. Teriipaia avait ça à l’esprit au moment où il parlait… Je le côtoie tous les jours, à aucun moment, il m’a semblé xénophobe dans ses propos. Il faut revoir le contexte général. La discussion qui a été tenue au moment de la réunion avec les hôteliers était quand même assez tendue parce qu’on parlait de gros soucis. Je ne pense pas que M. Teriipaia soit xénophobe même si les cinq secondes de discours qu’il a tenu samedi le laissent penser. En tout cas, notre gouvernement n’est pas xénophobe et rejette toute idée raciste.”
Que pensez-vous du problème concernant l’utilisation du pandanus ?
“L’asphyxie des hôteliers nous oblige aujourd’hui à considérer tous les problèmes et le pandanus en est un. Aujourd’hui, nous sommes obligés de voir les gros soucis de l’hôtellerie d’une manière générale. Nous travaillons sur tous les sujets de front. Les hôteliers mettent en avant que les infrastructures publiques n’ont pas de pandanus alors qu’on force les hôtels à en avoir. Je pense que le sujet est large et il mériterait qu’on lui donne les réponses économiques. Ce à quoi le gouvernement va s’attacher à répondre rapidement.”
La réglementation tue les investissements ?
“Trop de réglementation tue les investissements. On le voit également dans le domaine des croisières où là, la réglementation compte 80 textes. Il faut effectivement alléger notre système administratif, de manière à ce que l’image qui est réellement perçue à l’international d’une Polynésie compliquée en termes administratifs puisse être améliorée.”
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