> Aujourd'hui à la une

Feb
08
2010
“Nous sommes préparés pour ça” PDF Imprimer Email
Fenua - Société

MAGALI CHARBONNEAU. Avec le cyclone Oli, la directrice de cabinet du haut-commissaire Adolphe Colrat a été l’autre révélation médiatique de la semaine dernière. Elle revient sur la gestion de la crise par le haussariat. Entretien avec une femme à poigne.

 

L’ESSENTIEL

  • “Nous ne sommes pas tout seuls ; il faut travailler avec les communes et le deuxième partenaire qui est incontournable, c’est le Pays bien sûr”
  • “La gestion de crise fait quand même partie des corps de métier de l'État parce que l'État a les moyens militaires qui sont là pour pallier quand il n'y a plus d'avion, plus de transmission, plus de téléphone, plus d'électricité”
  • “Maintenant on va avoir du travail dans la phase de l’après crise : continuer à apporter de l’aide pour répondre aux besoins qui sont formulés sur le terrain”
 

Comment avez-vous vécu cette fin de semaine ?

“C’était une semaine très intense qui a demandé une grande organisation parce que ce n’est que si on est bien organisé qu’on peut prendre les bonnes décisions. Il ne faut pas oublier que c’est un travail d’équipe, rien que le PC de crise du haut-commissariat, c’était une quarantaine de personnes à gérer qui se relayaient 24 heures sur 24. Donc il fallait prévoir la logistique pour que les gens puissent manger et dormir, prévoir l’organisation des bureaux. nous sommes préparés pour ça, il y a des plans qui sont écrits, de sorte que quand on appuie sur le bouton cellule de crise, on ne mette pas quatre jours pour être d’attaque. Mais nous ne sommes pas tout seuls, il faut travailler ensemble, avec les communes, pour mettre les gens à l’abri, sans les communes on n’est rien. Ce sont les communes qui sont sur le terrain, qui connaissent les gens, qui savent quels abris sont solides. Et le deuxième partenaire qui est incontournable, c’est le Pays bien sûr, on ne peut pas travailler sans le Pays. Ce qui est important, et nous y avons veillé dès le début dans notre cellule de crise au haut-commissariat, c'est qu'il y ait des représentants du Pays.”

Alors pourquoi y avait-il deux cellules de crise ? Pourquoi pas une cellule conjointe État/Pays ?

“C'est peut-être quelque chose vers quoi on pourra tendre à l'avenir mais pour cela, il faut qu'on travaille en amont et ce travail en amont n'avait pas été fait. Quand on est au moment où il faut gérer la crise, on a très peu de temps pour se retourner, il faut être opérationnel, il faut être efficace. Le Pays voulait faire sa cellule de crise, ça me paraissait tout à fait normal, mais dans la mesure où, de toute façon, le mardi il faut appuyer sur le bouton et monter la cellule de crise, on ne va pas négocier avec le Pays et voir si on la fait commune ou pas commune, il faut monter les choses. Notre souhait, ça a été de nous coordonner. Concrètement, nous nous sommes échangés des mails, j'ai eu le directeur de cabinet de Gaston Tong Sang, Jacques Martinin, je ne sais pas combien de dizaines de fois au téléphone pendant ces quatre jours. On va faire un retour d'expérience et j'inviterai les gens du Pays à venir pour qu'on voit ensemble comment ça a fonctionné, quels sont les points à améliorer et on pourra se poser la question de savoir si on fait une cellule commune ou pas. Je crois que ce qui est très important, c'est la complémentarité. Le Pays a des moyens que nous n'avons pas, je pense notamment au Tahiti Nui VIII. On n'a pas un bateau équivalent qui peut amener 18 camions, 300 personnes. À l'inverse, l'État a des moyens que le Pays n'a pas, des moyens militaires comme le Casa et le Super Puma. Ce qu'il faut, c'est nous articuler correctement. Au niveau humain, il y a eu un mort, ce qui est terrible, mais quand on voit les dégâts à Tubuai, il y a des raisons de se dire qu'on s’en sort bien.”

C’est une satisfaction ?

“C’est plus un soulagement qu’une satisfaction. La satisfaction serait totale s’il y avait eu zéro mort, et même au-delà du bilan humain, c’est un crève-coeur de voir les images de Tubuai et des îles Sous-le-Vent. C’est vrai pour ceux qui ont été au charbon à suivre heure par heure les nouvelles qui remontaient, c’est un grand soulagement de voir qu’on n’a pas eu des dizaines de morts, des maisons emportées avec des gens dedans. Maintenant, ça reste un drame et un sinistre pour beaucoup de gens.”

Vous dîtes que “la gestion n’a pas été parfaite”. Y a-t-il eu des couacs ? Y a-t-il des leçons à tirer ?

“On le fera à tête reposée. En gros, si je dresse le bilan là, à chaud, on n’a pas eu de gros problème. Maintenant, il y a des petits grains de sable qui font que la machine tourne un peu moins bien mais ces petits grains de sable, on va les identifier pour pouvoir les retirer si on devait revivre un drame ou si on devait revivre une crise, pour qu’on soit meilleur.”

Est-ce que justement, l’alerte tsunami et Nisha ont été en quelque sorte des répétitions qui vous ont permis un peu d’être mieux préparés ?

“Oui, certainement. La gestion du tsunami n’avait pas été parfaite, mais on avait identifié des points où on pouvait s’améliorer et on y a travaillé depuis. Nisha a été assez précieux parce que la population était déjà sensibilisée. Le cyclone, on a ça dans notre tête mais comme on n’en a pas vécu de très violent depuis 1997, on oublie un peu. Le fait d’avoir Nisha, ça nous a un peu réactivés pour retrouver les réflexes. Ce qui fait que quandOli est arrivé, la réaction a été rapide et je crois qu’elle a été au juste niveau surtout.”

On vous a beaucoup vu lors de la gestion de cette crise, mais beaucoup moins le haut-commissaire. Est-ce que c’est la juste répartition des rôles ou est-ce que c’est parce que Marie-Luce Penchard était là ?

“Il y a un peu des deux. Le haut-commissaire a choisi cette répartition des rôles pour avoir quelque chose qui soit adapté et garder en quelque sorte une deuxième cartouche. C’est-à-dire qu’il faut garder une gradation possible, c’est important de garder aussi la parole du haut-commissaire, représentant de l’État. Il s’est exprimé à la radio, dans la nuit de jeudi à vendredi, notamment pour les populations qui étaient encore coupées du monde. Il avait choisi de répartir les rôles de sorte de rester un peu en retrait et d’avoir deux niveaux de communication : laministre et en dessous les deux administrateurs, le secrétaire général et moi-même qui étions à la tête du PC crise. Il serait intervenu si nous étions montés d’un cran dans la difficulté.”

Vous avez dormi combien d’heures cette semaine ?

“Pas beaucoup, entre mercredi matin et vendredi soir, j’ai dû dormir trois quatre heures.”

Et là, on est dimanche, vous allez encore travailler ?

“Encore un peu…”

Qu’est-ce qu'il reste à faire ?

“Il y a d’une part le travail administratif normal, tout s’est complètement arrêté cette semaine, la vie administrative va reprendre dès demain (aujourd’hui, ndlr), et puis on va quand même avoir du travail dans la gestion d’Oli, dans la phase de l’après crise, continuer à apporter de l’aide pour répondre aux besoins qui sont formulés sur le terrain, à Tubuai, à Raivavae, dans les îles Sous-le-Vent en terme de matériel, de besoins, etc. Marie- Luce Penchard s’est engagée à ce que l’État mobilise le fonds de secours. L’engagement du ministre est pris, derrière il y a un travail administratif.”

Donc il y a encore du travail qui vous attend…

“Oui mais je suis pas d’une nature de Calimero. Je n’aime pas me plaindre et surtout pas sur moi-même. Je continue de penser que c’est le plus beau métier du monde. Il apporte de tels motifs de satisfaction que ce ne sont pas quelques heures de sommeil en moins ou quelques heures de travail en plus qui sont importantes. C’est tellement merveilleux de pouvoir apporter ne serait-ce que la plus petite aide aux gens, qu’on ne compte pas en fait. Voilà.”

Propos recueillis par Caroline Vauchère

 

Curriculum vitae

“J’ai 28 ans, je suis née à Martigues en Provence, mais j’ai un parcours un peu particulier parce que j’ai vécu 12 ans de mon enfance à l’étranger, en expatriation en raison du travail de mon père, qui était ingénieur chez Total et donc j’ai déménagé, c’est pas très glamour, de raffinerie en raffinerie. On a fait l'Afrique, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, ensuite on est rentré en France mais aux Antilles en Martinique, puis ensuite on a vécu en Chine, en Mandchourie, dans une ville qui s’appelle Dalian, qui est à l’extrême orient de la Chine, à la frontière de la Corée pratiquement. J’ai des études très généralistes, une prépa aux écoles de commerce et je suis rentrée à l’Essec. Après les concours, c’est là que l’idée de service public a commencé à faire son chemin. Je me suis dit que j’avais envie de faire autre chose que de vendre des shampoings. C’était un peu atypique après une école de commerce de se réorienter vers le service public mais c’est comme ça que l’idée est venue. Et donc j’ai passé les concours de l’Ena que j'ai eu en 2005. À la sortie, j’ai choisi le corps préfectoral et j’ai été affectée en Eure et Loire, à la préfecture de Chartres. J’ai été directrice de cabinet pendant un an et demi, avec un poste très épanouissant avec toute la panoplie de tout ce qu’un directeur de cabinet peut vivre, on a eu une grosse rave party à gérer de 45 000 personnes qui ont débarqué dans le département pour faire la teuf comme on dit dans le jargon. Donc on était sur le terrain, d’ailleurs avec Éric Spitz qui était secrétaire général en Eure et Loire, c’est comme ça qu’on s’est rencontré. Donc ça a été la première crise à gérer ensemble, je ne savais pas qu’on en aurait d'autres, mais c’est une coïncidence qu’on ait eu à gérer ensemble le cyclone.”

 

Share
Commentaires (3)Add Comment
0
...
Par Guillaume, février 09, 2010
Chartres.....Eure et Loire.....
Je suis rassuré, les cyclones n ont qu a bien ce tenir....! Avec un vecu pareil La miss va nous sauver.
Et c est pas parce que le beau temps est revenu qu il faut pas mettre son gilet de sauvetage orange si on va ramer dans le lagon, c est dangereux on a pas pied et l' eau ca mouille.
Et je parle pas des fous furieux qui monte "à bord" de surf quand il y a des vagues....Celle la c etait la meilleure.

Dommage, sa precieuse experience de la gestion des raves party ne nous sera pas profitable ici, le haussaire a deja flingue le monde de la nuit avec sa fermeture à 3 heures du mat.

Je reste persuade que Sarkozy est L homme d'etat dont la france avait besoin, mais si toutes les regions sont socialos et qu il est à 31% dans les sondages,le manque de competences sur le terrain n y est pas etrangers.

S'il vous plait arrete sinon je vais finir par regretter Oscar et sa bande, meme niveau de competence mais moins liberticide.

Elle me fait penser a Segolene en plus dangereux.





0
...
Par Poea, février 09, 2010
Elle est jeune et elle s'est donné à fond durant cette crise... Qui l'en blâmerait ??? Je trouve qu'elle apporte - sans jeux de mots - un vent de jeunesse à l'équipe du haussariat. Par ailleurs, elle a un franc parlé qui rompt avec la langue de bois qu'on a coutume de rencontrer dans ce genre de milieu. Cela est assez plaisant, voire raffraîchissant. Si c'est cela la nouvelle génération d'énarques, je pense que c'est une bonne chose.
0
...
Par tupai, février 09, 2010
Marie-Luce PENCHART : une charmante machine à distribuer les coups de pieds aux culs.


ML Penchart à propos des nouvelles relations entre le pays et l’Etat : «un processus de rupture, de changement afin de construire un véritable partenariat ».

Rupture avec quoi ?

Avec des pratiques que l’Etat avait tout pouvoir de faire cesser mais qui ont perduré pendant trente longues années.

Une rupture avec quoi, avec la complicité ! En quelques sorte….


Marie-Luce Penchard : « Une des questions qui se pose en Polynésie française, et que je pose depuis mon arrivée est la question du logement. Si avec les phénomènes cycloniques, on n’agit pas sur le logement, on met des familles en danger. Les habitations ne sont pas faites pour résister à des vents de plus de 100 km/h ! »

Ndlr : Si des familles sont mises en danger, la responsabilité des pouvoirs publics compétents en matière d’urbanisme devrait être mise en cause…

MLP à propos de la politique de logement social du gouvernement de la Polynésie : « Sur les crédits alloués par l’État, le Pays n’a engagé que 2 %( !!!!!!!!!!). Ce n’est donc pas une question de moyens financiers »

Ndlr : C’est donc une question de quoi ? . D’inconscience, d’incompétence, d’égoïsme, d’irresponsabilité ou les 4 tout à la fois !

MLP administre le coup de grâce : « Quand le pays ne fonctionne pas, que vous avez une instabilité aussi forte, vous n’arrivez pas à mettre en place une politique publique »

Ndlr : Quand TT et bien d’autres encore hurlent l’incompétence des gouvernements (quelque soit leur couleur), nous sommes des « fouteurs de merde ». Quand un Ministre d’Etat dit la même chose, on s’écrase mollement et se retire la queue entre les jambes.

Pas un de nos politiques na eu le courage ou l’inconscience d’essayer de se défendre.

Leur cause était-elle à ce point indéfendable ?

Marie-Luce Penchard : « Si nous n’avons pas cette stabilité, nous n’y arriverons pas ».

Ndlr : Si nous ne renouvelons pas la classe politique, nous n’y arriverons pas…

« Pendant longtemps, on avait le sentiment de faire un chèque en blanc et on ne voyait pas les réalisations concrètes. L’État, la France a contribué fortement à aider la Polynésie et les réalisations n’ont pas toujours été là ».

Ndlr : Madame Penchard se trompe, les réalisations concrètes sont là. Quelques soit le domaine considéré qu’il soit économique, social, éducatif ou même culturel nous n’avons objectivement et indubitablement que des désastres, des échecs des catastrophes !

Paroles de Polynésiens :

- « J’aurais honte d’avoir été des années ministre de l’urbanisme et de l’équipement et de me faire entendre ça par la ministre de France !!! »

- A propos des Fare en Kit envoyés dans les îles : « à l’OPH, quand on demande ce genre d’aide il faut attendre 2 à 4 ans pour les avoir ! »

- « Mais où va l’argent de la France dans ces conditions !!! »

- « Les reportages sur RFO et TNTV hier soir montrent les bidonvilles ou les maisons plus que précaires et insalubres dans lesquels vivent une part des polynésiens, laissée pour compte des objectifs des élus, qui profitent d’eux surement et de leur naïveté… »

-« C’est odieux de voir cette situation et d’entendre les politiques sur ce sujet ! »

- Toujours à propose de l’habitat insalubre : « ce sujet est pas né hier, il a des dizaines d’années, et les élus qui en parlent aujourd’hui sont au pouvoir depuis toutes ces années ! Ils n’ont rien fait, sauf détourner les fonds de l’OPT … Merci »

- « ils sont complices et responsables de ces malheurs !!! »


-« Les politiciens sont devenus très généreux tout d’un coup!, des fare MTR qui sortent des réserves! MIRAAAAACCCLLLEEEEE!!!!! »


-« nous participons à l’aide alimentaire, nous la population nous ne les laisserons pas tomber, mais que font Mr Temaru et Flosse qui se disent près du peuple? Avec leur fortune ils pourraient (à la sortie d’un supermarché) offrir un paquet de pâtes ou de riz sans trop les ruiner, non? »

merci Tahiti tomorrow

Ecrivez un commentaire
Il n'est plus possible de poster de commentaire sur cet article.

busy

Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :