UPF. Louise Peltzer, qui a été réélue présidente de l'université lundi, détaille les projets qui marqueront les quatre prochaines années de sa mandature : construction d'une maison des étudiants et d'une résidence internationale, l'agrandissement de la bibliothèque universitaire… Mais le principal bouleversement pourrait être l'autonomie de l'université, prévue par la loi Pécresse.
L’ESSENTIEL
- “C'est une université jeune certes, mais qui est surtout sous dotée et sous encadrée mais qui remplit quand même ses missions”, met en avant l'ancienne ministre de la Culture
- Louise Peltzer souhaite réaliser une expertise de l'offre de formations de l'université et repenser la formation en langue française pour une parfaite maîtrise de cette langue
- Selon la présidente de l'UPF, le secrétariat d'État à l'Outre-mer réfléchit à la création d'un Erasmus des outremers
Quels sont vos projets pour les quatre prochaines années ?
“On a beaucoup de projets. Au niveau de la formation, nous avons intégré l'IUFM. Cela veut dire que toute la formation des futurs enseignants pour le premier et le second degré c'est l'université qui va la faire. C'est une très grosse responsabilité pour nous vu les problèmes que l'on rencontre ici. En particulier pour la maîtrise de la langue française qui est la clé de la réussite pour nos études supérieures, sans cela ce n'est pas la peine d'insister. Il faut qu'on se mette ensemble pour travailler. Peutêtre que nous pouvons innover dans ce domaine. Comment faire en sorte que la langue française, qui est enseignée de la maternelle jusqu'à la fin de nos études, puisse être maîtrisée convenablement ? C'est nécessaire pour toutes les filières. Nous avons la chance à l'université d'être autonomes. Nous pouvons innover.”
Lors du congrès des sciences en mars dernier, vous aviez souligné le manque de moyens de l'université. Qu'en est-il aujourd'hui ?
“Nous sommes sous dotés. Ce n'est même pas nous qui l'avons inventé, c'est l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur) qui est venue en 2007 et qui l'a dit dans son rapport en 2008 (lire page 13). C'est une université jeune certes, mais qui est surtout sous dotée et sous encadrée mais qui remplit quand même ses missions. Nous sommes polyvalents dans cette université, nous faisons un peu de tout. Notre objectif, c'est d'abord la réussite de nos étudiants. L'université continue à se construire. Contrairement aux autres universités où il y a une chute des étudiants, l'effectif a encore augmenté cette année : +6%. L'année dernière, on avait approché les 6% aussi.”
Il y a un fort taux d'abandon en première année de licence. Comment y remédier ?
“C'est un problème dans toutes les universités. On appelle ça un taux d'échec mais pour moi c'est un taux d'abandon. La première année, l'abandon est souvent lié à une mauvaise orientation. Nous allons dans les lycées pour présenter nos formations. Si nous sommes plus nombreux, nous aimerions toucher les parents peut-être avec l'aide des maires. Nous avons mis en place des mesures d'aides, de tutorat et de soutien pour les étudiants. J'ai vu les résultats, je crois que cela porte ses fruits. On a remarqué en semestre 1 de licence qu'il y a une présence beaucoup plus importante d'étudiants et qu'il y a moins d'abandon. On ne peut pas toute de suite crier cocorico mais je pense que cela commence à avoir un impact. Il y a aussi des enseignants référents si l'étudiant a des problèmes.”
Les problèmes de logement et de transport ne jouent-ils pas selon vous un rôle important dans le décrochage des étudiants ?
“Je dirais d'abord qu'il y a l'orientation. C'est pour cela que nous allons dans les lycées. Il y a aussi le baccalauréat. En métropole, ce sont les bacheliers de la filière générale qui viennent à l'université. Les bacheliers de la filière technologique et professionnelle s'orientent vers les BTS. Comme il n'y a pas assez de BTS ici, tous ces étudiants viennent vers l'université. On approche les 50%. Ils ne sont pas préparés pour faire des études longues. C'est un peu là qu'on retrouve le plus fort taux d'abandon. Je ne dis pas qu'ils ne peuvent pas réussir mais ils n'ont pas été préparés à des études longues. Le logement n'est pas de la compétence de l'université. Nous sommes la seule université où il n'y a pas de Crous. Nous avons une délégation. Le Pays a construit un logement pour 200 chambres. C'est vrai qu'il n'y en a jamais assez. On attend la suite car il y a encore une centaine de chambres que le Pays doit construire. Nous, nous n'avons que 72 chambres. Le transport ne dépend pas non plus de nous. Cela dépend du Pays. Pendant des années, nous avons tout essayé. Il ne faut pas faire un transport spécial universitémais que l'université soit un arrêt. Régulièrement, les étudiants rappellent ce problème. Tout le monde est gentil et nous dit on va le faire.”
Où en est le projet de doubler la superficie de la bibliothèque ?
“Notre ministre national avait promis 15 millions d'euros (environ 1,79 milliard de Fcfp) pour l'université pour tout ce qui est construction. On attend cette aide. Cette bibliothèque est presque la seule bibliothèque publique de toute la Polynésie française. On reçoit aussi des non étudiants. La bibliothèque a été construite pour 1 000 étudiants. On approche les 3 000. On pense l'agrandir. Avec ce qui nous reste sur le fonds de roulement de l'université, nous allons réhabiliter tous les bâtiments qui sont anciens maintenant, remettre aux normes la sécurité… L'opération commence déjà. On termine le bâtiment A. Il y a aussi la signalétique. On va encore rajouter un parking tout en respectant l'espace vert. Pour moi, c'est important. Il y a aussi un projet de plantations qui va commencer d'ici 15 jours.”
Il y a également un projet pour construire une résidence internationale ?
“Ce projet est dans le cadre du contrat États- Pays. C'est le Pays qui est lemaître d'ouvrage pour construire cette résidence internationale. J'ai eu une rencontre avec le ministre de l'Éducation ici, ils vont démarrer les travaux. Dans le cadre LMD, on a beaucoup d'étudiants qui sont partis. Avec cette résidence internationale, on va accueillir des chercheurs, des étudiants. C'est ainsi qu'on développera les échanges. Je pense que les travaux vont démarrer en 2010. Nous avions l'intention de créer un Erasmus Pacifique car c'est souvent vers l'Europe qu'on va. Alors que l'international pour nous c'est déjà le Pacifique. En septembre, je suis allée à Paris au ministère de l'Outre-mer. Cela m'a fait plaisir car ils réfléchissaient à la création d'un Erasmus des outremers. Au lieu qu'il n'y ait que le Pacifique il y aurait aussi les Caraïbes et l'océan Indien.”
L'université doit prochainement être auditée en vue d'accéder à l'autonomie. Savez-vous quand sera réalisé cet audit ?
“Nous attendons. La loi LRU (Loi relative aux libertés et responsabilités des universités) en 2007 donne des responsabilités plus grandes au conseil d'administration et au président de l'université. C'est l'avantage de gérer l'université comme si c'était une entreprise. Là dernièrement, on nous a demandés si on voulait accéder aux responsabilités élargies qu'on donne aux universités. Nous sommes obligés de passer par là. J'ai répondu oui. Ils ont dit qu'ils vont venir auditer pour voir si on a les moyens d'avoir cette responsabilité supplémentaire. Il faudra gérer toute la masse salariale. Jusqu'à présent, c'était sur le crédit de l’État et c'était le vice-rectorat qui payait. Maintenant, on demande aux universités de s'en occuper. Je leur ai dit que j'aimerais bien qu'ils viennent en 2009 pour l'audit. J'aimerais qu'on regarde si on a les moyens de le faire et qu'est-ce qu'il faut faire : s'il faut former ou créer des postes. On veut y accéder mais il faut voir si on a aussi lesmoyens. Je ne le demanderai pas si on n'a pas les moyens humains d'abord. Déjà, nous sommes sous dotés. Je leur dis : ‘venez voir. On est partant. Mais est-ce qu'on a les moyens de le faire ?’.”
Quelles conséquences aura l'autonomie ?
“Cela donnera plus de responsabilités au président de l'université. C'est demander beaucoup de courage au président. C'est là qu'il y aura des stratégies à prendre et des décisions. Quand il n'y aura que deux ou trois étudiants dans des filières : est-ce qu'il faudra garder ou fermer et réorienter ? Ce n'est pas facile de dire : ‘on va supprimer telle formation parce qu'il n'y a plus d'étudiants ou il n'y a plus de besoin’. Il faut aussi avoir cette vision : est-ce qu'on va continuer à former des sociologues, c'est un exemple, alors qu'on n’a plus besoin de sociologue. Cela donne la possibilité au président de dire dans ce domaine-là, c'est bouché on va peut-être réorienter un peu. On ne peut pas garder indéfiniment. Je souhaite beaucoup de courage à ceux qui vont venir après.”
Propos recueillis par MT
- Plus d'informations sue ce sujet dans Les nouvelles de Tahiti de ce vendredi 23 octobre
Peltzer réélue face à Bruno Saura
Les membres élus du conseil d’administration ont réélu lundi Louise Peltzer, au poste de président de l'université de Polynésie française. Deux candidats étaient en lice : le professeur Louise Peltzer, présidente sortante, et le professeur Bruno Saura. La prochaine élection aura lieu en 2013. Le professeur Jean-Marie Goursaud, doyen d’âge des enseignants-chercheurs, a présidé cette séance au cours de laquelle les deux candidats ont exposé leur programme et les motivations de leur candidature puis ont répondu aux questions des représentants élus du CA. Sur les 19 votants, 12 se sont exprimés en faveur de Louise Peltzer, Bruno Saura a, lui, recueilli six voix. Il y a eu un bulletin nul. “Les élections ne se passent plus comme avant”, a tenu à préciser hier Louise Peltzer. “C'était très discret. Dans l'ancien système, le conseil d'administration et le conseil scientifique se réunissaient pour élire le nouveau président. Depuis la loi Pécresse, ce n'est plus la réunion des conseils. C'est uniquement le conseil d'administration restreint aux élus. Il n'y a plus une soixantaine de personnes qui doivent choisir”.