ATELIER 1. Au coeur des préoccupations de cet atelier des états généraux, animé par Tamatoa Bambridge, la croissance. Les conclusions issues du constat sont sans appel : changer de cap, dans la gouvernance et la politique économique, dans le développement touristique, moderniser le marché du travail, réduire l’interventionnisme, réformer la politique fiscale…
L’ESSENTIEL
- “Le dynamisme économique de la Polynésie ne peut être exclusivement soutenu par une politique qui se réduit à la mise en place de mécanismes de transferts financiers venant de la métropole et l’interventionnisme de la collectivité locale pour compenser les effets de l’insularité et de la distance”, dixit l’atelier 1
- L’atelier invite à une plus grande flexibilité des capitaux, une politique de concurrence accrue associée à un développement externe basé sur les exportations de biens et de services
Cinq objectifs pour 22 programmes d’actions, la synthèse des travaux de l’atelier 1, chargé de se pencher sur le choc de la crise économique et financière, le plan de relance et le renforcement de la cohésion sociale, se veut plus un guide qu’un enseignant. D’abord parce que, contrairement à ce qui avait prévalu au cours de l’élaboration du pacte de progrès, ce ne sont pas des collèges d’experts qui se sont réunis puisque tout le monde était invité à participer. Il y eu aussi la contrainte du temps, soulevée par beaucoup d’animateurs. Pour l’élaboration du pacte de progrès, il y a eu au moins huit mois de concertation et d’échanges, les états généraux ont eu droit à moitié moins. Toutefois, les constats ont permis de faire émerger la Polynésie que certains auraient aimé ne jamais voir. On a appris par exemple que le chômage était peut-être plus près des 20% que des 11% officiels, ou encore que la crise économique n’est pas à mettre uniquement sur le dos, déjà bien chargé, du contexte mondial puisque “depuis 2001, le dynamisme de l’économie polynésienne s’essouffle”, observe l’atelier.
L’un des principaux objectifs de cet atelier était notamment de donner les éléments pour favoriser la croissance économique. La relance “doit se faire avec la commande publique et la commande privée”, indique-t-il ajoutant qu’une relance par la consommation “est souhaitable si elle n’est pas financée par une augmentation des prélèvements fiscaux ou une augmentation des salaires”. Pour relever la courbe de la croissance, la synthèse préconise de changer de cap en matière de gouvernance et d’interventionnisme. “Il faut limiter l’image du fait du prince”, souligne le document qui stipule également que la stratégie fiscale à définir “doit être au service d’une stratégie de développement économique et sociale et non au service d’un interventionnisme étatique et territorial tous azimuts”. C’est dit !
Au coeur du développement de l’économie : le tourisme, première ressource… paraît-il. Car en tête de liste des préconisations, on peut lire : “Déterminer une stratégie d’ensemble qui soit claire et cohérente”. La synthèse conseille de “protéger l’atout environnemental et apparier le tourisme à l’environnement”. Mais plus fort, l’atelier estime qu’il serait bon de “confier la promotion touristique aux professionnels du tourisme (les opérateurs du marché touristique)”. “La dichotomie actuelle (promotion de l’image vs. politique du produit) développe la synthèse, brouille la donne en plaçant une structure budgétivore (le GIE Tahiti Tourisme) dans des missions qui seraient assurées plus efficacement par les professionnels du secteur que par une véritable politique de produit” (!). Dans le domaine du travail, l’atelier recommande une plus forte flexibilité pour “faciliter l’entrée et la sortie du marché du travail”. Mais l’orientation phare demeure la mise en place d’une caisse d’indemnisation chômage “financée par de la fiscalité directe”. L’expression impôt sur le revenu était apparue au cours des échanges mais n’a pas été inscrite dans la synthèse finale.
Dans l’optique de “réduire l’interventionnisme public dans l’économie”, on peut lire un appel à la mise en oeuvre d’un “droit à la concurrence simple, dont les adaptations résulteraient de la jurisprudence (par exemple la fixation de seuils de parts de marché)…”. Autre volet, la réforme profonde de la fiscalité. Les travaux ont permis d’en arriver à la conclusion de procéder à “la réforme et l’abandon progressif de la TDL (taxe de développement local)” tout comme à “réviser la défiscalisation locale”. Il y est également conseillé de favoriser “l’entrée et la sortie de capitaux étrangers” ou encore de diminuer la fiscalité indirecte “au profit de la fiscalité directe”. Une phrase aurait pu résumer l’ensemble de la synthèse, elle aurait certes été trop générale mais aurait illustré le sentiment qui semble percer : tout est à revoir… ou presque.
PL
Après l’amélioration de la croissance, quatre autres objectifs
AMÉLIORER LA GOUVERNANCE D’UN PLAN DE RELANCE
“Plus de moyens humains et financiers doivent être affectés au plan de relance. “Refondre la loi de défiscalisation pour 2010 pour l’adapter à la situation réelle des entreprises qui généreront sans doute peu de bénéfices, voire des pertes l’année prochaine”.
FAIRE DE LA PRÉSERVATION DE LA NATURE UN LEVIER DE LA CROISSANCE
“Rendre plus incitatif la production d’énergie solaire. À titre d’illustration, l’atelier 1 pointe les contradictions concernant le dispositif actuel de rachat de l’énergie solaire par EDT, qui distingue nettement les consommateurs et les producteurs d’électricité. Une telle approche limite la recherche d’une plus grande autonomie énergétique (les importations d’hydrocarbures sont évaluées à 50 milliards de Fcfp par an)”.
MIEUX FORMER ET MIEUX INSÉRER PROFESSIONNELLEMENT LES POLYNÉSIENS
“Contribuer à la mise en place d’un programme de soutien à la formation de cadres locaux (modèle calédonien)”. “Délocaliser les concours et examens des cadres de l’État et des diplômes d’État en Polynésie française”. “Adapter les formations courtes post-bac aux besoins du marché (par exemple sur les BTS informatique qui ont formé plus de diplômés que le marché ne pouvait en absorber)”.
PRÉSERVER LA SOLIDARITÉ COMME SOCLE DU CONTRAT SOCIAL POLYNÉSIEN
“Regrouper trois dossiers (santé, solidarité et famille) et adopter une politique globale cohérente. Cela permettra à la CPS d’être rattachée à la santé, alors que les déficits de la branche maladies s’envolent”. “L’atelier 1 constate l’absence de politique de prévention continue, l’absence d’évaluation de la politique de prévention qui pourrait être mise en oeuvre et propose notamment de : reconsidérer le rôle et les missions de l’Epap dont l’action est pour l’essentiel perçue comme axée sur la communication (affiches, pub télé, radio ou sponsoring d’associations)”. “Intégrer la médecine traditionnelle au dispositif de santé”. “Promouvoir un partenariat (accord de coopération) avec l’État plutôt qu’une autonomie de gestion sur la compétence de la santé publique”. “Faire cotiser les fonctionnaires d’État au RGS”. “Augmenter la durée de cotisation et augmenter la décote pour les départs anticipés”.
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :
|