ETATS GENERAUX. La synthèse de l'atelier 2 a mis en avant la nécessité d'établir des schémas directeurs sur le long terme. Pour préserver l'environnement, il faut désormais passer à la phase sanction et aider à l'application des PGA et PGEM. L'atelier incite aussi à l'ouverture à la concurrence dans le secteur de la communication et recommande de redéfinir les missions de l'OPT et de privatiser Vini et Mana. Des participants expliquent les propositions présentées vendredi dernier.
L’ESSENTIEL
- Vaste programme pour l'atelier 2 qui s'était fixé pour but d'identifier les propositions pour construire un nouveau modèle de développement durable en relevant les défis sociaux et environnementaux auxquels fait face la Polynésie
- Pour construire suffisamment de logements sociaux, l'atelier 2 préconise la création de nouveaux opérateurs publics et de résoudre enfin le problème du foncier
- Pour lutter contre la précarité, l'atelier recommande la mise en place d'une caisse chômage et de rendre obligatoire la cotisation retraite pour les affiliés aux régimes des non-salariés
Est-ce que selon vous la Polynésie française manque aujourd'hui de projets ?
Joël Allain, animateur de l'atelier 2 : “Nous n'avons pas de grands projets structurants au sens équipement du territoire. On a cité l'exemple de l'hôpital de Mamao qui va fermer ses portes dans quelque temps. Aujourd'hui, on nous dit qu'aucun projet spécifique n'a encore été arrêté pour cet emplacement qui est situé au coeur de la ville où pourrait être situé effectivement un équipement structurant pour la ville. Ce qui a été relevé, c'est le manque de prospective. Il est impératif qu'il y ait dans biens des domaines des schémas directeurs sur plusieurs années, des décennies, aussi bien des schémas directeurs sectoriels que des schémas directeurs généraux d'aménagement pour l'ensemble de la Polynésie. Les constats sont sévères, mais globalement, les projets qui doivent être réalisés doivent essentiellement se bâtir sur la durée. Rien ne pourra se faire en un jour. Il faut très rapidement que l'ensemble des personnes qui ont en charge les questions d'aménagement, d'organisation de la cité sur le plan physique se retrouvent au sein d'une agence qui soit une agence qui regroupe les trois collectivités essentielles: État, Pays, commune. Nous insistons beaucoup sur le rôle donné aux communes car elles sont les entités les plus proches de la population.”
L'un des problèmes en Polynésie est le logement social. Que peut-il être fait ?
Steeve Hamblin, personne ressource : “Une des priorités de la société civile qui s'est exprimée auprès de nous a été de résorber le nombre d'habitats jugés indignes et de s'attaquer au problème du foncier. Pourquoi ? Tout simplement car ils sont sources de conflits familiaux très durs. En ce qui concerne l’habitat indigne, nous savons tous que la protection sociale généralisée est un dispositif très généreux malgré tout, la société civile juge qu'il faudrait développer davantage l'habitat social. Le Pays a été capable de créer 125 logements sociaux par an sur ces 30 dernières années, alors qu'aujourd'hui les besoins sont dix fois plus importants. Comment faut-il faire ? En faisant bénéficier l'habitat social d'aides fiscales de manière prioritaire et massive, en créant de nouveaux opérateurs parapublics pour assister l'OPH avec l'appui du secteur privé et en permettant au Pays de mettre en place des réserves foncières pour des programmes sociaux et user de son droit de préemption. Le sujet du foncier a rassemblé beaucoup de participants. La priorité semble d'être de faciliter la sortie de l'indivision bien entendu. En milieu rural, notamment pour pouvoir donner la possibilité à des agriculteurs de disposer de plus de surfaces agricoles en créant une banque de gestion foncière. Cette banque de gestion foncière prendrait en charge des terres indivises, la louerait à des exploitants. Les revenus de ses loyers seraient redistribués aux propriétaires et aux ayants droit quand ils auront été déclarés propriétaires. Tout ça en parallèle, avec la mise en place d'un tribunal foncier en Polynésie française pour gérer tous les conflits.” On a beaucoup parlé de Papeete également. La population de Papeete est sensiblement la même aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Pourquoi ? Tout simplement parce la population a préféré s'installer dans les communes pour un problème de coût au m2 sur la ville de Papeete. Les jeunes ont été obligés de fuir la ville et tous les matins, il y a 40 000 voitures qui pointent à chaque entrée de la ville, sans compter l'impact que cela peut avoir sur la qualité de vie des ménages. Une proposition qui a été faite par la société civile est de revoir le PGA (plan général d’aménagement) de Papeete pour pouvoir construire des immeubles de 30 à 50 étages comme dans les grandes villes. Ce qui serait plus intéressant pour les investisseurs, pour les jeunes couples … “
Pour préserver l'environnement, faut-il désormais passer au mode sanction plutôt que responsabilisation ?
Pascal Erhel Hatuuku, personne ressource : “La situation environnementale est plutôt préoccupante. On retient le retard concernant les infrastructures qui sont liées à l'assainissement, au traitement des déchets et à l'eau potable. Une des propositions phare est de résorber ce retard. Les participants ont également mis en avant les préoccupations d'ordre naturel : les écosystèmes à protéger. Il est certain qu'il existe des outils : PGA, PGEM (plan de gestion de l'espace maritime) ou encore site classé, réservé… On a ressenti un problème concernant la gestion et dans leur applicabilité après la mise en place de ces outils. Après l'information et la sensibilisation, il serait intéressant de voir aussi la notion liée aux sanctions.”
Propos recueillis par MT
Impliquer davantage les parents à l'école
Pour favoriser la réussite scolaire, l'atelier 2 recommande de “réorganiser le calendrier scolaire et les périodes de vacances en fonction des conditions géo-climatiques locales en respect des rythmes de l'élève, de développer les actions visant à l'éducation, à la santé et à la promotion du bien-être de l'élève et à la prévention des comportements à risques et de favoriser l'expression de l'enfant dans sa langue, améliorer les infrastructures participant à la vie scolaire et mettre en place des moyens adaptés et un réseau d’aide spécialisée pour les enfants en difficulté”. Pour affirmer la place de la famille dans le système éducatif, la synthèse préconise “l'ajout, dans la formation initiale et continue des enseignants et des directeurs d'établissement, de modules spécifiques sur la communication, le développement et la gestion des relations interpersonnelles”, “la création d'une cellule sociale et de logistique dans les établissements scolaires et dont la fonction principale serait de répondre aux problèmes matériels des familles en difficultés sans pour autant pratiquer de l'assistanat”.
Une caisse chômage
Pourquoi ? Selon la synthèse de l'atelier 2, “la mise en place d'un système d'indemnisation du chômage présente un certain nombre d'avantages : l'indemnisation offre une plus grande flexibilité sur le marché du travail, à l'entrée et à la sortie, elle atténue l'exclusion sociale, elle relance la consommation et elle redonne de la dignité aux chômeurs”.
Comment ? “Les participants sont unanimes sur le fait que ce dispositif ne doit pas s'ajouter aux différentes charges supportées par les employeurs et ainsi augmenter le coût du travail déjà très élevé en Polynésie. Ils suggèrent plutôt que le salarié cotise pendant une durée minimale à définir via une assurance obligatoire, ou alors d'y dédier un impôt spécifique affecté au financement du régime d'indemnisation. On peut également envisager de réorienter l'ensemble des aides à l'emploi actuelles vers une caisse spécifique qui serait soumise dans la gestion de ce risque à une stricte obligation d'équilibre. (…) Cette proposition n'a de sens que si elle permet d'aller dans le sens de la nécessaire flexibilisation du marché du travail : il faut réduire la difficulté de licenciement et son coût.”
La privatisation de Vini et Mana
“Mettre en place une autorité de régulation est un prérequis à toute ouverture à la concurrence. Cette autorité doit être indépendante, apolitique et dotée d'un pouvoir de sanction. Son rôle principal est d'assurer la régulation des actions dans le domaine des télécommunications, de veiller au maintien des services publics, de définir les règles d'interconnexion entre les opérateurs et de veiller aux coûts et prix des prestations”. Selon l'atelier 2, il faut redéfinir les missions de l'OPT. “De façon claire, la faveur va à une réorganisation des activités où l'OPT serait propriétaire des outils constituant l'ossature technique des télécommunications pour ensuite ouvrir à la concurrence la téléphonie mobile et internet avec, pour plus de clarté dans la répartition des rôles, un retrait de l'opérateur public de ces métiers par une privatisation de Vini et Mana”. Mais, “évidence partagée par beaucoup, il faut prendre garde toutefois de ne pas déstructurer l'OPT, reconnu comme un outil indispensable de cohésion économique et sociale”. Pour l'heure, les participants à l'atelier 2 ont noté que “toutes les conditions nécessaires à l'ouverture à la concurrence ne sont pas réunies actuellement et le processus enclenché augure des risques graves pour l'ensemble des acteurs du domaine”.
Préparer le vieillissement de la population
“La gestion du vieillissement de la population doit être anticipée et la place des personnes âgées dans la société polynésienne dans les 20 prochaines années devra être précisée dans une politique de la vieillesse. Cette politique devra entre autres garantir à chaque personne âgée des ressources qui lui permettront de mener une vie décente. Elle implique de plus une nouvelle organisation de l'ensemble des aides sociales et médicales à apporter à une masse croissante de personnes âgées. En ce qui concerne le régime de retraite, les préconisations suivantes ont été retenues : rendre obligatoire la cotisation retraite pour les affiliés aux régimes des non-salariés, mettre en perspective le taux de remplacement souhaité et les moyens à déployer en tenant compte de l'ensemble des paramètres sous-jacents (taux de cotisation, plafond soumis à cotisation, valeur d'acquisition d'un point de retraite…), supprimer la tranche B qui ne concerne qu'une partie des cotisants et la remplacer progressivement par un système par capitalisation ou la remplacer par l'adhésion à une complémentaire”. L'atelier 2 propose également “d'inciter fiscalement le développement de la retraite par capitalisation pour les retraites complémentaires” et “augmenter la durée de cotisation et la décote pour les départs anticipés”.
Entretien - Christophe Zebrowski, personne ressource de l’atelier 2 : “Impliquer davantage les communes dans le tourisme”
Le tourisme pourrait être un levier important pour développer de manière durable le Pays. Quels sont les outils à utiliser pour y parvenir ?
“Parler du tourisme aujourd'hui est un exercice difficile et délicat car il n’y a pas de baguette magique. Néanmoins, il y a des indicateurs très précis. Le premier constat est que la récession économique mondiale n'a été qu'un accélérateur d'une crise installée chez nous depuis une dizaine d'années. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 15 ans, la notoriété de la Polynésie française est passée au plan mondial du 4e rang au 24e rang. À partir de ce constat, on peut mettre en place une analyse qui soit plus sectorielle car l'une des problématiques majeures de la Polynésie française est que depuis trop longtemps on a considéré que le tourisme était quelque chose d'à part. Au contraire, il doit être un moteur de développement économique qui ne doit plus du tout être sectorialisé par rapport aux autres ministères économiques. Tant qu'il n’y aura pas une prise de conscience globale de la potentialité de développement de notre économie par le tourisme, nous resterons à côté de la plaque.”
Concrètement que faut-il faire ?
“Il faut avoir le courage de se retourner sur 20 ans de notre histoire touristique pour prendre les décisions qui s'imposent. La première, c'est d'aller vers une plus forte implication des communes. Sans l'implication des communes, il n'y aura pas de développement touristique durable équilibré. La deuxième, aujourd'hui, c'est que toutes les grandes nations touristiques ont reformaté leurs outils de pilotage touristiques pour avoir plus de synergie entre elles. En Polynésie, nous en avons plusieurs. Il faudrait réunir tout ça sous un même toit pour qu’il y ait plus de lisibilité. Enfin, la grande urgence, et ce sont les professionnels qui le disent, il faut mettre en place des produits contre-saisonniers car nous sommes durablement touchés par sept mois de basse saison avec des effets dévastateurs sur l'ensemble du secteur.”
Propos recueillis par MT
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