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Sep
28
2009
La base d’une politique culturelle saine PDF Imprimer Email
Fenua - Société

ETATS GENERAUX ET CULTURE - “La culture, c’est 0,7% du budget du Pays”, avait souligné Heremoana Maamaatuaiahutapu en préambule de l’atelier culture dans le cadre des états généraux. Une phrase qui en disait long sur le travail à effectuer dans ce secteur pour préparer l’avenir de la Polynésie. Après trois mois de travail, un document regroupant 148 propositions a été édité. Tour d’horizon de ces propositions avec la co-animatrice de l’atelier, Manouche Lehartel.

Le diagnostic de votre atelier a soulevé sans complaisance les carences et absurdités dont souffre le secteur de la culture qui est de la compétence du Pays. La synthèse qui en a découlé sera-t-elle un outil de travail important ?

“Ce document n'est en aucun cas exhaustif, on aurait pu travailler un an ou plus, on peut toujours l'améliorer. Mais on pense que ce document, tel qu'il existe aujourd'hui, jette les bases d'une politique culturelle saine et argumentée sur laquelle n'importe quel élu peut s'appuyer. Le premier constat qui a été fait est l'absence de politique culturelle à moyen ou long terme. Notre démarche est de bâtir ou rebâtir. Nous n'avons pas fait des propositions qui soient que pour Paris.”

Les propositions ne sont pas uniquement pour Paris mais vous avez tout de même adressé des demandes spécifiques à l’État ?

“Oui, nous souhaiterions que l’État s‘investisse davantage sur le plan culturel. Nous voudrions par exemple que l'État nous dote d'une structure de type Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Nous voudrions également qu’un centre culturel spécifique à la Polynésie soit ouvert à Paris, un centre qui soit la vitrine de la Polynésie dans sa diversité. Tant que nous sommes Français, il n'y a pas de raison que l'on soit moins bien lotis que la Provence, l'Alsace ou la Lorraine. Ici, la création d’un haut comité de la culture regroupant l’État, le Pays et les communes peut être envisagée afin d’assurer une certaine continuité des actions.”

Quelle est la place des communes aujourd’hui dans la culture ?

“Les communes en matière de culture sont inexistantes. Les sites qui existent dans les communes, c'est au département de l'archéologie au service de la culture et du patrimoine de les entretenir après les avoir restaurés. On a l'impression que les communes sont totalement absentes ou, en tout cas, que c'est très inégal d’une commune à l’autre. À des moments, on se sent totalement orphelin.”

Le document de synthèse propose aussi de renouer des relations au niveau national. Pourquoi ce n’est pas déjà le cas ?

“Jusqu'au milieu des années 90, nous avions de nombreuses conventions passées entre les différents secteurs de la culture du Pays et les directions nationales. Et au fil des ans, toutes ces choses-là se sont évanouies au fur et à mesure que les conventions se terminaient. Aujourd'hui, c'est difficile dans tous les domaines. L'exemple du théâtre est flagrant avec la disparition du théâtre en langue polynésienne et l'absence de politique, or il y a en France une direction du théâtre qui peut soutenir la production locale. Le musée de Tahiti et ses îles a réussi à nouer des liens très récemment avec le quai Branly mais nous n'avons plus de convention avec la direction des musées de France, ce qui nous paraît quand même absolument évident. Nous avons besoin d'une assistance en matière technique, nous avons besoin de conseils éclairés, nous pouvons également prétendre à des aides. Nous devons donc absolument renouer des liens sur le plan culturel avec des directions nationales.”

Bâtir ou rebâtir une politique culturelle doit forcément passer pas des fondations, une base solide. Un des gros chantiers de l’atelier a été l’aspect juridique.

“Oui, une demande express a été formulée pour missionner deux ou trois juristes qui devront s’atteler uniquement à dépoussiérer les textes, et notamment le code du patrimoine. Il nous faut des documents de référence qui soient clairs et nets et adaptés à nos besoins. De même pour les PGA (aménagement terrestre, ndlr) et les PGEM (aménagement maritime, ndlr). Alors que les anciens avaient une vision terrestre et maritime qui s'inscrivait dans une continuité, aujourd'hui on sépare les choses. Or les riverains ont des choses à dire. Nous voudrions que dans les commissions de ses deux plans soient intégrés les associations et les riverains, qu'on prenne en compte le milieu associatif quand il est impliqué.”

La philosophie de l’atelier, à son ouverture, était de prendre en compte le Polynésien, tous les Polynésiens. Est-ce que cette philosophie apparaît dans les 148 propositions ?

“Nous avons décidé qu'il y avait une culture de référence qui était la base, la culture polynésienne, ensuite il y a de la place pour tout le monde. Le Polynésien de 2009 n'est pas celui qu'a découvert Wallis en débarquant dans cette île. Il n'est pas question de dire aux jeunes Polynésiens qu'il n'y a pas de place pour leur rap par exemple. En même temps, on constate que si les critères occidentaux sont devenus une norme depuis 50 ans, cette norme a laissé sur le carreau de nombreux Polynésiens. La philosophie de notre atelier est de dire ‘il faut avoir de la considération pour le mode de vie polynésien, les valeurs traditionnelles polynésiennes’. C'est respectable d'être un artisan qui reste dans son île, qui maîtrise son art et qui fait vivre dignement sa famille.”

Êtes-vous optimiste pour l’avenir de la culture en Polynésie ?

“La crise que nous traversons nous oblige à être créatifs, à réagir, à réinventer une société polynésienne sur des critères qui ne sont pas forcément passéistes mais qui doivent englober tout le monde. Donc nous sommes positifs, ça ne peut pas être pire. Toutefois, le plus grand combat aura lieu ici, au plan local.”

Propos recueillis par Alexandra Sigaudo-Fourny

  • Retrouvez chaque jour dans Les Nouvelles de Tahiti les conclusions des ateliers généraux. demain, l'atelier développement durable.

 

L'atelier 6 en chiffres

  • Le comité de diagnostic a réuni 30 professionnels du secteur culturel
  • Sept séances plénières ont eu lieu entre le mois d'août et septembre
  • 120 personnes s'étaient inscrites à cet atelier, 80 y ont participé
  • 2 axes de travail ont été retenus, les transversaux et les sectoriels
  • 148 propositions ont été formulées

 

 

Les propositions sectorielles

Le patrimoine

Recenser, protéger, valoriser et diffuser le patrimoine avec la création du code du patrimoine, la collecte du savoir des anciens, la création d’une entité archéologique, qui gère les sites archéologiques et les activités s’y afférant, la création d’un centre culturel et la formation aux métiers du patrimoine.

Les langues polynésiennes

La pérennité de la langue polynésienne est en jeu. Il est donc proposé de favoriser le bilinguisme (français/langue polynésienne) en mettant en place un cursus scolaire bilingue au sein des établissements et en rétablissant l’apprentissage des langues dans les familles. Il faut développer l’oralité en multipliant les événements qui la favorise et en utilisant les nouvelles technologies dans l’enseignement des langues.

La danse

Icône de la culture polynésienne, élément essentiel de la promotion du pays, facteur de cohésion sociale et de restauration de l’estime de soi, la danse est paradoxalement un art vivant déconsidéré et peu rémunérateur. Il faut tendre vers une plus grande professionnalisation avec une formation diplômante en danse polynésienne et l’organisation d’une filière export de nos spectacles. Il faut aussi gérer l’engouement pour la danse tahitienne en créant et pérennisant en Polynésie un festival international de la danse tahitienne tout en conservant la maîtrise internationale du Ori Tahiti.

La musique

Promouvoir la musique polynésienne, c’est lutter contre le piratage et améliorer la qualité de production musicale. Le Pays doit mettre en place des textes protégeant la production, la diffusion et la commercialisation de la musique sur internet. L’idée de créer une plateforme unique de vente de musique polynésienne sur internet a aussi été retenue. Il faut également valoriser les artistes et créer un fonds de soutien à la production musicale et aux artistes tout en imposer des quotas de musique polynésienne aux diffuseurs locaux.

Les arts contemporains

L’art contemporain en Polynésie est vivant et actif, mais pour pouvoir se développer il doit pouvoir faire l’objet d’un plan global de reconnaissance et de promotion, en Polynésie, mais également dans la région pacifique. À terme, la création d’un centre d’art contemporain. •

Audiovisuel

Le secteur de l’audiovisuel est une formidable niche d’emplois et représente une source de valeur ajoutée pour l’économie polynésienne. Face au défi de la mondialisation culturelle, il est important de renforcer la diffusion de programmes locaux et notamment des programmes culturels en langues polynésiennes. Cette diffusion renforcée doit être accompagnée par des mesures incitatives stables pour la production audiovisuelle et cinématographique locale. Il faudrait obtenir de l’État et du Pays la mise en place d’un éventail de solutions pour alimenter un fonds financier tel qu’obliger les opérateurs locaux câble et satellite à consacrer une part de leur chiffre d’affaires à la production audiovisuelle locale et culturelle.

Les chants traditionnels

Les chants traditionnels polynésiens risquent de disparaître, en particulier le Tarava Tahiti. Une politique de sauvegarde doit être mise en oeuvre avec systématiquement des enregistrements. Mais aussi une formation de la jeunesse aux himene.

Le théâtre

Le théâtre en langue tahitienne a quasiment disparu. Malheureusement aucune mesure n’a été mise en place pour aider à la création et à la promotion du théâtre en re’o ma’ohi ou francophone bien que des auteurs existent. Il faut donc mettre en place un fonds d’aide à la production de pièce de théâtre

Le livre

En Polynésie, la grande majorité des enfants découvre le livre à l’école car d’une part il n’existe pas de réseau de lecture publique (bibliothèque) en dehors de la Maison de la culture, et d’autre part le prix des livres est excessivement cher. Il faut rendre le livre plus accessible avec un projet d’une grande médiathèque et faire appliquer en Polynésie la loi du 10 août 1981 dite Lang, instaurant un prix de vente public unique afin d’encadrer les prix de ventes des livres. La synthèse propose aussi une reconnaissance des auteurs avec un taux minimum de reversement de droits d’auteur : il faut pour cela que le Pays adapte le code de la propriété dans certains domaines.

L’artisanat

Promouvoir l’artisanat local en obligeant le marché de Papeete à opérer une plus stricte sélection des tenanciers des stands, en distinguant les produits artisanaux (par un label de qualité et de terroir) des produits de curios importés. Valoriser les métiers de l’artisanat auprès des jeunes et préserver les savoir-faire. Organiser la production de more et sa filière.


Les propositions transversales

Après la consultation de la société civile dans le cadre des séances plénières de l'atelier culture, il ressort la nécessité de la mise en place urgente d’une politique culturelle cohérente et pérenne, structurée autour des six grands axes :

AXE 1 - Rétablir les relations entre l'État et le Pays en matière de culture Une des propositions est de doter la Polynésie française d’une structure de type Drac (Direction régionale des affaires culturelles), en tant qu’intermédiaire culturel privilégié et compétent entre l’État et le Pays. Une autre des propositions retenues est de demander l'ouverture d'un Centre culturel de la Polynésie française à Paris. Être visible à Paris mais aussi offrir aux Polynésiens, à Tahiti, une médiathèque-bibliothèque qui centralise, sauvegarde, diffuse le patrimoine multimédia polynésien et la lecture publique.

AXE 2 -Le rôle du Pays Le diagnostic a mis en exergue l'absence de politique culturelle, les décisions arbitraires, opportunistes ou clientélistes prises sans perspectives depuis de nombreuses années. La société civile suggère la création d’un haut comité de la culture, impliquant la société civile, l’État, le Pays et les communes. Les associations culturelles ne doivent pas être oubliées dans cette consultation et doivent s'inscrire comme un partenaire légitime.

AXE 3 - Des moyens juridiques à mettre en oeuvre Conventionner d’urgence un pool de juristes avec un contrat d’objectifs pour recenser les textes de loi existants, abroger les textes caducs, élaborer les textes nécessaires. La liste est longue : le code du patrimoine, le code de la propriété intellectuelle, le code de l’aménagement du territoire, le statut de l’artiste en Polynésie, la labellisation de qualité et de terroir.

AXE 4 - Le financement de la culture La société civile s’oppose à ce que le Pays réduise son soutien à la sphère culturelle. La principale proposition est de subventionner mieux avec plus de contrôle des attributions d'aides publiques. La fin du gaspillage s’impose. La culture est aussi l’affaire des communes qui doivent investir dans l’action culturelle de proximité, soit par une contribution de la DGDE, soit au travers du Fonds intercommunal de péréquation.

AXE 5 - La culture, facteur de cohésion sociale L’atelier 6 abordant la question sous l’angle du développement culturel et artistique préconise notamment un rétablissement du lien intergénérationnel et de valoriser la transmission des valeurs polynésiennes. Cela passe aussi par l'école avec l'accélération de la formation des enseignants polynésiens du secondaire. Ou bien encore la multiplication des émissions ayant trait à la culture polynésienne à la télévision.

AXE 6 - La culture comme moteur de développement économique L’atelier 6, convaincu du rôle déterminant de la culture dans l’économie, demande que soit rapidement cerné le poids économique de ce secteur en lançant une étude du poids économique de la sphère culturelle en Polynésie. Autre proposition, publier un annuaire des acteurs culturels et artistes.

 

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Commentaires (1)Add Comment
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Par Momo.G, septembre 28, 2009
Félicitations Manouche, Heremoana et tous ceux qui ont mit en forme les très nombreuses et diverses propositions concernant l'atelier Culture.
Je souhaite de tout coeur que ce travail soit comprit et entendu par nos dirigeants.
La Culture en tant que moteur de développement économique et facteur de cohésion sociale doit être intégrée dans les axes de relance de notre fenua!


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