JEAN-MARIUS RAAPOTO. Le ministre de l’Éducation accueillait hier les professeurs nouveaux arrivants en Polynésie française. Objectif : les confronter à la réalité polynésienne pour ne plus enseigner aux “petits Polynésiens” comme aux “petits popaa”.
L’ESSENTIEL
- “Les enseignants doivent prendre en compte la réalité culturelle, sociale et économique de notre pays”
- “Il nous faut régler tous les problèmes de transport, les problèmes matériels, les problèmes d'alcoolisme et de paka"
- “Il faut enseigner la langue polynésienne le plus tôt possible”
Quel est l’objectif de la réunion d’aujourd’hui ?
“Nous réunissons les nouveaux arrivants afin de les sensibiliser au contexte particulier de la Polynésie, aux problèmes culturels spécifiques de la Polynésie, aux problèmes comportementaux spécifiques de l’élève polynésien, qu’il est bon de connaître avant de se retrouver devant les élèves et d’avoir à gérer des difficultés dont ils n’ont pour l’instant aucune idée. (...) C’est dans le cadre de ce contexte polynésien qu’il faut qu’ils dispensent leur enseignement, à des élèves particuliers, pas méchants, mais qui peuvent l’être, le tout est de savoir comment les prendre.”
Le contexte polynésien, c’est un taux de réussite extrêmement bas, l’absentéisme…
“Ce sont des difficultés que n’importe quel pays peut rencontrer, et que nous rencontrons à cause des bouleversements de la société moderne. Aucun pays n’est à l’abri de ce genre de difficultés, et c’est par rapport à ces difficultés qu’il nous faut être encore plus exigeants pour que les enseignants prennent en compte la réalité culturelle, sociale, économique de notre pays et puissent adapter leur enseignement à ces élèves qui sont des élèves particuliers. Il faut comprendre que pendant plusieurs années, plusieurs décennies, on a enseigné aux élèves polynésiens comme on enseignait aux petits popaa. Il ne faut donc pas s’étonner des chiffres que nous avons à l’heure actuelle, qui sont des chiffres plutôt médiocres.”
Votre solution ce serait un “bac polynésien” pour rehausser le niveau ?
“Je crois qu’à chacun, correspond une solution particulière et c’est à lui de trouver la solution de sa vie parce que c’est lui qui la vit. Nous pouvons donner un certain nombre d’orientations, le tout c’est que ces études correspondent au talent particulier de cet élève. Le crime, ce serait de ne pas tenir compte de ce talent et de le considérer comme un âne parce qu’en mathématiques il n’est pas brillant, alors qu’il excelle en dessin. Il faut trouver les spécificités de chaque élève et fonder à partir de ces qualités particulières, des situations de réussite suffisamment fréquentes pour que l’élève ait envie d’en apprendre plus. Il s’agit de développer l’appétence pour les études. Ce qu’il faut surtout éviter, c’est l’abandon de la scolarité et c’est là qu’il nous faut régler tous les problèmes de transport, tous les problèmes matériels, tous les problèmes d’alcoolisme et de paka.”
Mais apparemment, les problèmes ne sont pas matériels puisque les moyens financiers sont là…
“Le problème est de savoir qui bénéficie de ces moyens matériels. Quand vous voyez un père de famille rentrer chez lui avec une montagne de pain sous le bras, vous imaginez tout de suite ce que les enfants vont manger le soir, des tartines beurrées. Est-ce que cela permet d’atteindre un équilibre dans le développement intellectuel des élèves, on peut se poser la question. Ce qui est certain, c’est que les conditions économiques ont également un rôle sur le comportement des parents qui ont moins de temps à consacrer à l’éducation de leurs enfants parce qu’il faut survivre d’abord, et le reste c’est, quand c’est possible.”
Quelles sont les grandes lignes de la politique éducative que vous souhaitez mettre en place ?
“D’abord, c’est de tenir compte du contexte polynésien et de faire de l’école un tremplin pour ces valeurs culturelles. Et parmi ces valeurs culturelles il en est une qui me paraît importante, c’est la maîtrise de la langue polynésienne. Il faut l’enseigner le plus tôt possible de manière à ce que l’élève puisse bien maîtriser sa langue, ce qui est la condition première pour maîtriser tout autre langue. C’est ça l’objectif : un élève qui est ouvert sur sa langue et sur d’autres langues, est un élève forcément ouvert sur l’extérieur. C’est également un élève qui manifeste des capacités d’intelligence et de maîtrise de la langue et de sa vie, de ses études, beaucoup plus importantes que si on l’enfermait dans un monolinguisme que nous connaissons aujourd’hui et duquel il faut sortir.”
Et vous pensez que c’est le monolinguisme qui explique les mauvais résultats…
“C’est une piste de recherche qui est souvent fondée et expérimentée dans beaucoup de pays avec succès. Il n’y a pas de raisons pour que cela ne marche pas chez nous.”
Propos recueillis par CV
Zoom
Toujours pas de solution pour reloger les internes de Taravao
La commission de sécurité s’est prononcée pour la fermeture de l’internat de Taravao mardi. Plusieurs solutions de relogement pour les 200 internes ont déjà été envisagées : accueil dans des familles, relogement dans l’ancienne école maternelle Ohi tei tei, ou à la salle omnisports de Pueu. Hier, Jean-Marius Raapoto déclarait privilégier deux pistes : “soit placer les enfants dans des familles, mais cela comporte des risques, parce qu’il y aurait une énorme dispersion de nos élèves et qui dit dispersion, dit risques de problèmes non décelés à temps avec des difficultés conséquentes à ces situations. L’autre moyen est de les loger dans une structure suffisamment large qui me permette de les regrouper tous, ou au moins les filles. Cela permettrait de concentrer les moyens de surveillance et d’encadrement pour qu’elles travaillent dans de bien meilleures conditions. Je suis en train de voir dans quelle mesure la caserne de l’armée de Taravao pourrait être un centre possible pour accueillir l’ensemble de nos élèves, garçons et filles, ce qui serait pour moi la meilleure solution.”
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