CHARTE DE L’ÉDUCATION. Une cinquantaine de “jeunes” se sont réunis durant deux jours pour dresser leur propre constat sur l’école et proposer leurs solutions. Bilan : une liste de griefs sans concession a été remise au ministre de l’Éducation, Jean-Marius Raapoto.
Les consultations pour l’élaboration de la charte de l’éducation se sont terminées ce samedi, et la touche finale a été laissée aux principaux intéressés, les “jeunes”. Après les parents mercredi et jeudi, la parole a été donnée aux “élèves” ou plutôt aux jeunes adultes. Une cinquantaine d’étudiants, normaliens, jeunes enseignants et jeunes de la société civile sont retournés sur les bancs de l’école vendredi et samedi, ceux de l’École normale de Pirae, pour réfléchir sur trois thèmes : “les missions de l’école de notre pays”, “les moyens de faire réussir les élèves” et “améliorer la vie des élèves”.
À l’issue des ces deux jours, une synthèse de leurs travaux a été présentée au ministre de l’Éducation, Jean-Marius Raapoto. Et le tableau qui lui a été présenté, est un tableau noir. Problèmes de sureffectif, vétusté des bâtiments, un calendrier scolaire inadapté, des transports inefficients et insuffisants, des conditions de travail souvent déplorables, des méthodes éducatives dépassées... tout y est passé, sans aucune complaisance malgré la présence du ministre. Ce dernier a d’ailleurs acquiescé à la plupart des remarques de ces jeunes anciens élèves, notamment pour ce qui est des transports et des infrastructures, qui selon lui accusent “au moins 15 ans de retard”.
Mais les “jeunes” ne se sont pas contentés de faire un constat, ils ont également fait des propositions qui pour certaines devraient être intégrées à la charte de l’éducation. En vrac, les jeunes ont proposé par exemple l’adoption du calendrier néo-calédonien qui tient compte du rythme des saisons dans le Pacifique, la climatisation dans toutes les classes, l’étude du reo maohi obligatoire, la diminution du nombre d’heures de travail, l’accessibilité de l’école aux handicapés, la mise en place d’un vrai réseau de transports, l’instauration de la sieste… Évidemment, le ministre leur a fait remarquer que Paris ne s’était pas fait en un jour et qu’il leur faudrait être patient.
Une fois ficelée, la charte sera soumise au haut comité de l’éducation puis à l’assemblée de la Polynésie, l’objectif étant qu’elle soit prête d’ici la fin de l’année. Car ce document doit déboucher sur un plan décennal qui servira de guide à la politique éducative de la Polynésie française avec des “évaluations périodiques”, a annoncé Jean-Marius Raapoto.
CV
Entretien Jean-Marius Raapoto, ministre de l’Éducation
Les étudiants vous ont remis un dossier de huit pages qui dénonce beaucoup de problèmes, est-ce que tout le système est à revoir ou sont-ils trop exigeants ?
“C’est la première fois que nous arrivons à mettre en place une consultation des jeunes dans le cadre de l’élaboration de la charte de l’éducation et j’en suis particulièrement satisfait. Pour ce qui est de leurs conclusions, ils n’ont fait que traduire la réalité qu’ils vivent au quotidien. C’est à nous maintenant de mettre en place les mesures nécessaires. Le travail qu’ils ont proposé sera intégré à la charte de l’éducation, qui deviendra un document pilote du fonctionnement de notre système éducatif pour les cinq à dix ans à venir. Périodiquement, des contrôles seront faits pour pouvoir voir si nous restons dans les conditions définies ou s’il n’y a pas lieu de corriger le tir.”
La construction et la vétusté des bâtiments sont parmi les plus gros problèmes de l’école aujourd’hui, est-ce que vous avez un calendrier ? Par exemple, l’école de Paopao doit être reconstruite, qu’en est-il concrètement ?
“L’école de Paopao est malheureusement l’exception à la règle. Je me suis rendu compte, en faisant mes enquêtes, que la commune de Moorea n’avait pas inscrit la moindre somme concernant cette école. En revanche, s’agissant d’autres établissements, les programmes sont en place. Pour le collège de Teva i Uta, les fonds sont prêts, le lycée polyvalent de Taiarapu Est est en cours de réfection pour ce qui concerne la cuisine et l’internat. Pour le collège de Bora Bora, il y a un problème d’acquisition du foncier, mais en attendant, je dois mettre en place des travaux de réparation des structures actuelles pour permettre de réduire les tensions. Parce que, si on compte les élèves au mètre carré, cela fait deux ou trois, la densité des élèves dans cet établissement n’est pas acceptable. Comme au collège de Taravao, les travaux ont commencé. Il faut créer des établissements pour pouvoir rétablir l’équilibre et diminuer les tensions.”
Combien cela coûte-t-il au Pays ?
“Cela coûte surtout beaucoup d’argent à l’État, et chaque fois que nous en avons besoin, nous demandons une participation au Territoire qui nous aide bien volontiers. Les enveloppes que nous avons à disposition, à l’heure actuelle, sont de l’ordre de trois milliards de Fcfp qui sont répartis entre l’Équipement qui intervient pour certaines de nos réalisations et d’autres services.”
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