PROJECTIONS. L’Institut de la statistique de la Polynésie française prévoit un vieillissement inéluctable et brutal de la population à partir de 2017.
L’ESSENTIEL
- L’institut de la statistique a présenté hier ses projections de population pour la Polynésie à l’horizon 2027
- Principal enseignement, la population va vieillir rapidement et “la charge des retraites pour les actifs sera de plus en plus importante”
- Ce vieillissement pourrait être accentué dans les prochaines années par le creusement d’un déficit migratoire (départ des militaires, marché du travail tendu, réforme de l’ITR...)
“Les hommes politiques répètent tout le temps qu’il faut s’occuper de nos jeunes. Certes. Mais il faut aussi penser dès aujourd’hui à la façon de gérer le vieillissement de la population. Peut-être faudra-t-il bientôt penser à faire des maisons de retraite ?”, s’interroge Hervé Bachère, directeur de l’Institut de la statistique de la Polynésie française, qui démontrait hier que la population polynésienne va vieillir. Et plutôt brutalement. Une classe d’âge nombreuse, née dans les années 50-60, arrivera à l’âge de la retraite dans cinq ans. “Le film du vieillissement de la population va s’accélérer à partir de 2017”, annonce le technicien de l’ISPF Xavier Monchois, auteur des projections de population pour la Polynésie française à l’horizon 2027 présentées hier. Selon ces estimations, un Polynésien sur six aura plus de 60 ans en 2027 (55 000 personnes), contre un sur dix aujourd’hui, et un sur 20 en 1988.

La Polynésie française termine sa transition démographique entamée, il y a un demi-siècle. “Dans les années 50, les progrès médicaux ont bénéficié aux populations jeunes entraînant un gonflement de la pyramide des âges à sa base. L’indice conjoncturel de fécondité était de six enfants par femme. La pyramide des âges était de forme pointue”, décrit Xavier Monchois. Le taux de fécondité est tombé à 2,11 en 2007 et est projeté par l’ISPF à 1,9 enfant par femme en 2027. En parallèle, l’espérance de vie à la naissance a grimpé : 74,4 ans en 2007, 81 ans en 2027. La pyramide pointue “ressemble de plus en plus à un cylindre en 2027” qui “se gonfle fortement au sommet”. L’âge moyen de la population polynésienne passerait de 25 ans en 1988, à 28 ans en 2007 et 37 ans en 2027.
Tout naturellement, l’ISPF prévoit donc que “la charge des retraites pour les actifs sera de plus en plus importante”. L’institut calcule qu’il y aura, dans 20 ans, 2,2 actifs âgés de 20 à 59 ans pour une personne âgée de plus de 60 ans. Ce ratio était de six actifs pour un retraité en 1988 et 4,5 en 2007. Le financement des retraites est en question. “Pour faire face à la dépendance croissante des seniors vis-àvis des personnes d’âges actifs”, Xavier Monchois réclame “une modification des comportements d’activité”. “Le taux d’activité des plus de 50 est inhabituellement faible. On quitte le marché du travail trop tôt en Polynésie française”, souligne par exemple Hervé Bachère.
Ce scénario de référence ne prend en compte que la croissance démographique naturelle (les naissances moins les décès). Il considère que le solde migratoire va rester “neutre” (nombre de départs égal au nombre d’arrivées) jusqu’en 2027. Or, “c’est un scénario optimiste”, précise Hervé Bachère. “Le scénario probable, c’est que le solde migratoire se creuse dans les prochaines années du fait de la réforme des retraites, du départ des militaires, de la tension observée sur lemarché du travail”, ajoute Xavier Monchois. Les émigrants étant principalement les étudiants ou les jeunes actifs en âge de procréer, ce déficitmigratoire aggraverait encore la tendance. Moins d’actifs et moins de naissance : la dépendance des personnes âgées vis-à-vis des âges actifs serait encore accrue. “Nous n’avons pas établi de scénario avec un solde migratoire positif. Ça ne nous paraît pas crédible”, assure Hervé Bachère. En des mots moins feutrés, la dynamique économique n’est pas assez forte en Polynésie française pour y attirer de nouveaux actifs. Et le statisticien Xavier Monchois de conclure que “plus l’attractivité économique de la Polynésie française sera forte, plus le vieillissement sera ralenti”.
Benoît Buquet
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Emploi
Pour maintenir le taux de chômage à son niveau (12% selon le recensement de 2007), l’ISPF estime qu’il faudrait créer 1 700 emplois par an dans les cinq prochaines années. Inquiétant, quand on sait qu’en 2008, la Polynésie française a perdu 2 000 emplois ! “Un homme politique doit avoir pour ambition de créer 2 000 emplois par an”, martèle Hervé Bachère. Le marché du travail est très tendu aujourd’hui et devrait le rester encore une décennie au moins, puisque la population des 20-59 ans va continuer d’augmenter fortement. À partir de 2017, l’évolution de cette tranche d’âge devrait enfin ressembler à l’évolution de la population totale. Le nombre des créations d’emplois nécessaires chaque année passerait donc progressivement à 500 dans les 15 ans à suivre. Et cela simplement pour maintenir le taux de chômage à 12%. Alors pour le réduire...
Logement
1 900 nouveaux logements seront nécessaires chaque année pour accueillir les familles de demain, annonce l’ISPF dans sa publication : “Décohabitation, baisse de la natalité et augmentation du nombre de personnes âgées vivant seules contribuent à la baisse régulière du nombre de personnes par logement : 4,7 en 1988, 3,8 en 2007, 3 en 2027”. Selon ce scénario, à trois personnes par logement, la population totale (320 000 personnes) comprendrait donc 105 000 ménages en 2027. “Pour accueillir ces ménages, le nombre de résidences principales, actuellement de 67 000, devrait s’accroître de 38 000 logements, soit 1 900 par an”, conclut l’ISPF.
DÉCRYPTAGE
- L’ISPF prévoit que 320 000 personnes vivront en Polynésie française en 2027 (260 740 selon le recensement de 2007). La croissance démographique passerait de 1,15% aujourd’hui à 0,8% en 2027.
- Ces projections ont été réalisées à partir du recensement de 2007 pour fournir une image de la population de la Polynésie française durant les 20 prochaines années. L’ISPF a considéré pour établir ce scénario que les évolutions de la fécondité, de la mortalité et du solde migratoire seront en moyenne similaires à celles des 20 dernières années.
- Ces projections de population constituent des tableaux de bord pour les décideurs du Pays. Ces prévisions sont encore “robustes” à 20 ans, ont assuré hier les statisticiens, à moins d’une pandémie au fenua, ou au contraire “qu’on découvre du pétrole au large de Tahiti”...
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