VICE-PRÉSIDENCE ET ASSEMBLÉE. C’est ce qui devait revenir au Tahoeraa dans le “plan concocté par les trois partenaires” de la nouvelle majorité avant la motion. Avec la vice-présidence pour Flosse et l’assemblée pour Fritch. Un plan contrecarré par le séjour du premier à Nuutania mais qui est redevenu d’actualité depuis sa libération.
L’ESSENTIEL
- Selon Édouard Fritch, la décision devrait intervenir “dans les jours à venir”
- Le vice-président ajoute qu’il “faut toujours faire attention aux engagements qu’on a pris au départ”
- Les élus et les ministres Tahoeraa se réunissent ce matin à l’assemblée
Lors de la genèse du gouvernement, Gaston Flosse n’était pas disponible. Maintenant qu’il l’est, un remaniement ministériel ne serait-il pas au programme pour qu’il prenne un portefeuille ou la vice-présidence ?
“J’aurais été président, je vous aurais répondu et j’ai une réponse. Mais je ne suis que vice-président et je ne peux pas vous répondre. Il faudrait voir avec M. Flosse et M. Tong Sang, seul lui peut remanier le gouvernement. Pour l’heure, M. Flosse est disponible et il est installé à l’assemblée. Je continue à assumer les fonctions de vice-président et on verra dans les jours à venir, ce sont les deux Gaston qui décideront.”
Quand vous avez été choisi pour la vice-présidence, vous disiez que le meilleur pour occuper ce poste c’était Gaston Flosse. Seriez-vous prêt à lui laisser votre place ?
“Lorsque nous avons commencé à discuter avec Gaston Tong Sang sur la future majorité et avant que M. Flosse ne fasse l’objet de ce qu’on connaît aujourd’hui, le plan concocté par les trois partenaires Teina Maraeura, Gaston Tong Sang et Gaston Flosse, c’était que la présidence du gouvernement soit confiée au groupe le plus fort, et que le Tahoeraa prenne la vice-présidence et l’assemblée au mois d’avril prochain, et que Teina Maraeura prenne la commission permanente. Entre nous au Tahoeraa, nous avons décidé que M. Flosse soit le vice-président s’il accepte et moi j’irai à l’assemblée. Aujourd’hui, les événements font qu’on n’a plus le même scénario mais il faut toujours faire attention aux engagements qu’on a pris au départ. Il est important que l’on tienne parole et que l’on continue à avoir cela en tête. Donc on en est là pour le moment.”
Et il y a possibilité d’élire un nouveau président de l’assemblée en avril…
“Ce sont des engagements verbaux qui ont été pris mais ce sont des engagements. On verra au mois d’avril comment les choses vont se présenter. Aujourd’hui, je suis viceprésident, j’assume mes fonctions mais j’ai envie de vous dire que je dépends de la discussion qu’il va y avoir dans les jours à venir entre mes leaders et mes groupes, parce que je ne suis pas seul dans cette affaire.”
Le Tahoeraa se réunit ce jeudi matin à l’assemblée, quel est l’objet de cette réunion ?
“Nous avons tous reçu une convocation du président du Tahoeraa, pour que les élus et les membres du gouvernement se réunissent à l’assemblée. J’ai informé le gouvernement de cette réunion parce que nos partenaires de la majorité se trouvent au sein du gouvernement. Nous devrions examiner la situation politique, ensuite nous allons voir comment on va travailler au sein de cette majorité parce qu’il est prévu des comités de majorité, mais je crois qu’il faut peaufiner tout ce qui est ordre du jour et la façon dont nous allons nous organiser autour des décisions du gouvernement. Nous avons trouvé que les anciennes majorités ont beaucoup péché par le manque d’information à leurs représentants à l’assemblée. Qu’on n’aille pas régler nos comptes à l’assemblée. Nous allons parler méthodes de travail.”
Est-ce que le Tahoeraa se sent bien au sein de cette majorité ?
“Oui, ça va. On se sent un peu mal à l’aise, enfin non, mais Chantal (Chantal Galenon, NDLR) nous manque. On aimerait bien qu’elle retourne chez nous et qu’on puisse continuer à vivre ensemble. Ça nous torture de voir nos amis partir sans explication. Le seul voeu pour 2010 que nous allons tous formuler en choeur, c’est qu’elle revienne.”
Et les autonomistes de Ia Ora te Fenua, est-ce qu’ils vous “manquent” aussi ?
“Ça commence à nous manquer un peu. On en a parlé avec Gaston Tong Sang. Nous avons tout intérêt à regrouper les autonomistes de ce pays. Nous avons tous pratiquement la même vision des choses, nous avons presque tous été formés à la même école et nous savons travailler ensemble. Le fait que To Tatou Ai’a et le Tahoeraa se soient regroupés, les deux forces autonomistes du pays, doit faciliter ce mouvement d’élargissement à Jean-Christophe Bouissou et aux autres. Nous en avons parlé parce que naturellement Gaston Tong Sang m’a demandé : “Comment tu vas gérer tes relations avec Béatrice Vernaudon”. Je lui ai dit : “Je n’ai pas de problèmes avec Béatrice Vernaudon, elle m’a battu aux élections, elle gère la commune de Pirae aujourd’hui et je vais la laisser gérer la commune”. D’ailleurs depuis qu’elle gère la commune de Pirae, je ne suis pas allé l’embêter. Je crois qu’il faut, à un moment donné, faire face à nos divergences, nos problèmes personnels, que l’on puisse mettre le pays en avant. Parce que je suis payé par le Pays pour réfléchir aux problèmes du Pays. Je pense qu’à un moment il faut savoir, pas pardonner, mais s’ouvrir un peu et se regrouper pour tenter de faire quelque chose. Nous avons beaucoup apprécié la position d’Armelle Merceron face à la nouvelle motion de défiance et celle de Jean- Christophe Bouissou. Ça ne veut pas dire qu’aujourd’hui on est rabibochés, mais c’est un signe positif à mon avis, que nous devons prendre en compte.”
La réforme de la DGDE avance et il a été annoncé que Marie-Luce Penchard viendrait la concrétiser très prochainement par une signature. Une réforme à laquelle vous êtes, ou du moins étiez opposé…
“J’ai eu Gaston Tong Sang ce matin au téléphone. Il n’est pas question que Mme Penchard signe quelque réforme que ce soit. Elle vient de discuter avec Gaston Tong Sang d’une nouvelle répartition des crédits prévus dans la DGDE. Le Pays voulait qu’on améliore la quote-part destinée au fonctionnement et qui sera portée à 60%. D’autre part, Gaston Tong Sang souhaite depuis un moment qu’une partie de cette DGDE soit consacrée aux communes. Il a obtenu que 34% de la DGDE soient affectés aux travaux d’investissement du Pays et les 6% restants aux communes. C’est cet avenant à la DGDE que signera Mme Penchard. Pour ce qui concerna ce projet de réforme de la DGDE, ce n’est pas vraiment une réforme. Ils sont en fait en train de créer quelque chose de neuf avec quelque chose de vieux. Ils veulent créer la dotation globale d’autonomie, laquelle DGA doit s’appuyer à 80% sur la DGDE. Ça, on en reparlera. En revanche Gaston Tong Sang me confirme qu’il a eu quelques difficultés à obtenir du ministère de l’Éducation le financement de certains travaux d’investissement importants dans les collèges. Pour moi, cela continue à traduire un certain désengagement de l’État. Alors que certains ont de sérieux problèmes de sécurité. (…) Nous ne sommes pas opposés à la DGA, si la DGA récolte effectivement l’ensemble des participations de l’État dans différents secteurs pour faciliter la gestion. Mais que ce ne soit pas la DGDE qui vienne financer la DGA. À mon avis, ce ne serait pas loyal de la part de l’État. Nous souhaitons la sauvegarder jalousement. Elle représente la contrepartie des essais nucléaires et nous aide à compléter les infrastructures du Pays et à financer les actions en faveur de l’emploi. Et de toute façon, cela risque de tendre les discussions et les relations à venir sur le dossier du nucléaire. Hervé Morin doit venir, apparemment au mois d’avril, mais ce dossier reste ouvert : la liste des maladies, le remboursement de la CPS. Et il y a aussi la reconversion des sites militaires… Va-t-il falloir payer les terrains ? Il faut clarifier la situation.”
Gaston Flosse évoque depuis quelques jours l’idée d’un Pays associé. Est-ce que c’est de nature à semer la zizanie au sein de la majorité ? Est-ce que le Tahoeraa devient indépendantiste ? Est-ce que c’est une manière de fustiger l’État ? Ou les trois à la fois ?
“J’ai entendu Gaston Flosse commencer à parler de Pays associé dans les années 1996-1997, ce n’est pas nouveau. Lorsque nous avons obtenu le statut d’autonomie en 1984, déjà commençait à germer dans l’esprit de Gaston Flosse, la possibilité d’une évolution. (…) Se pose la question de l’opportunité d’en discuter aujourd’hui et se pose surtout, la question du règlement de l’instabilité politique de notre pays, c’est l’urgence.”
Justement, est-ce bien le moment de lancer ce débat ?
“Je ne sais pas. On entend les analyses des uns et des autres. Il faut en discuter mais il n’y a pas urgence, ce n’est pas une priorité. Cela fait partie des discussions politiques d’aujourd’hui comme l’idée de l’élection du président au suffrage universel. M. Flosse en avait parlé en 1994, il s’est fait rembarrer par son ami Jacques Chirac. Je me pose la question : est-ce là le remède à l’instabilité ? La réponse n’est pas évidente mais pour moi elle est plutôt négative. Ce n’est pas parce qu’on va élire le président au suffrage universel qu’on va stabiliser les élus à l’assemblée, parce qu’il faudra un Premier ministre et il dépendra de la majorité à l’assemblée, et il valsera comme le reste. Il faut parler mais la solution que nous attendons tous n’est pas encore là.”
Vous qui connaissez Gaston Flosse, qu’entend-il par Pays associé ? Est-ce que cela signifie récupérer les pouvoir régaliens alors qu’on sait que le Pays a du mal à exploiter toutes ses compétences aujourd’hui ?
“Je ne crois pas que ce soit l’idée que Gaston Flosse a en tête parce que, et j’en parle ouvertement, lorsqu’il s’est agi dernièrement d’organiser le gouvernement de février 2009, Gaston Flosse avait une grande préoccupation à l’époque, ce n’était pas de récupérer de nouvelles compétences, mais bien de pouvoir jouir des compétences que nous donne le statut de 2004. Parce qu’à ce niveau-là, nous n’avons toujours pas de Code du commerce, nous n’avons toujours pas de Code du travail, nous n’avons toujours pas réglé tous les transferts de charge entre l’État et les communes. M. Flosse se lance dans ce débat pour susciter la réflexion autour du statut du Pays.”
Mais n’est-ce pas de la surenchère formelle ?
“Non, parce je pense que Gaston Flosse a le souci de stabiliser ce pays. La situation que nous connaissons depuis 2004 joue contre nous tous. Il n’y en a pas un qui va s’en sortir gagnant sur cette voie.”
Vous êtes allés en Nouvelle-Zélande il y a peu et vous avez visité le Rocklands. Qu’en avez-vous pensé ?
“C’est un bel immeuble. J’y suis passé pratiquement cinq ans après l’acquisition du Pays. On m’a expliqué que juste avant l’achat par la Pays, on avait donné un coup de peinture ; je dois vous dire qu’il est parti et j’ai trouvé un amas de bois. Le bâtiment central est protégé mais il est inexploitable. C’est là que doit s’installer l’ambassade de Polynésie en Nouvelle-Zélande, mais ce bâtiment n’est pas aux normes de sécurité. Mais il y a une autre partie, j’ai visité les chambres ; il n’y a que des étrangers. Elles sont dans un piteux état, je m’en fiche un petit peu parce que ce ne sont pas des Polynésiens qui les occupent. Franchement, on se demande pourquoi on a ce bâtiment. Pour faire une ambassade peut-être, mais une ambassade qui va nous coûter cher. A priori, pour refaire cet immeuble, il nous faut un peu plus de 100 millions de Fcfp.”
N’est-ce pas un peu curieux que ce dossier ne ressorte que maintenant, alors qu’il dort dans les tiroirs de l’assemblée depuis plus de deux ans ?
“J’ai tenté de le faire passer en avril, c’est moi qui l’ai fait enregistrer. Ce rapport est un bon rapport. Il reflète la vérité : nous avons surpayé cet immeuble d’environ 2 millions de dollars par rapport aux estimations qui ont été faites et nous ne les récupérerons jamais. Et pire que ça, on y a ajouté pratiquement 3 millions de dollars puisque dans l’acte d’acquisition de cet immeuble, nous nous sommes pratiquement engagés à remettre le bâtiment central en état. (…) Aujourd’hui, que faire ? Je ne sais pas, c’est l’assemblée qui décidera mais quoiqu’il arrive nous perdrons beaucoup d’argent. Anuanuraro à côté, c’est de l’or en barre. Au moins Anuanuraro, c’est chez nous. (…) Je suis étonné qu’on ait pu faire cette acquisition et toute cette procédure administrative et que le payeur n’ait pas fait l’objet de remontrances sévères de la part de la Cour des comptes. Je trouve que le Pays a été léger dans cette affaire.”
Propos recueillis par CV
Zoom
Tournée gouvernementale aux Australes
Une délégation gouvernementale, très orangée, conduite par le viceprésident Édouard Fritch, s’est rendue aux îles Australes (Raivavae, Rapa, Tubuai) du 6 au 11 janvier. Le vice-président était accompagné du ministre des Transports Tearii Alpha et des deux ministres Tahoeraa Frédéric Riveta et Lana Tetuanui. Deux représentants orange, René Temeharo et Juliette Tahuhuatama étaient également du voyage. Marie-Laure Denis, déléguée au développement des communes et Mireille Chinain, chef du laboratoire des microalgues toxiques de l’Institut Malardé, s’étaient jointes au déplacement. Suite à cette visite, plusieurs projets devraient voir le jour : une marina à Raivavae, la relance de la culture du café dans tout l’archipel, un dépôt de carcasses à Tubuai. À ce sujet, le conseil des ministres a attribué hier une parcelle de 6 621 mètres carrés à la commune. Les analyses effectuées par Mireille Chinain démontrent la présence d’une grande quantité d’algues toxiques à l’origine de la ciguatera. La ciguatera qui a eu des conséquences dramatiques à Rapa, puisque le 21 novembre dernier deux personnes sont décédées, et de source médicale, environ un tiers de la population a été affecté en 2009. Du coup, la consommation de poissons du lagon a été interdite pour neuf mois, le temps qu’une carte des zones touchées soit élaborée. Deux dispositifs de concentration de poissons (DCP) doivent être installés près de la côte pour faciliter la pêche de poissons pélagiques et le Pays doit financer l’achat d’un bateau permettant de pêcher en haute mer.
Fetia Api : “Un Pays associé ?… Une diversion !”
L’idée lancée par Gaston Flosse de faire évoluer la Polynésie vers le statut de “Pays associé” faisait réagir Ia Ora te Fenua lundi, qui s’interrogeait sur une majorité qui basculerait “vers une politique indépendantiste”. Hier, c’était au tour du Fetia Api de Philip Schyle de réagir. “Ces discussions seraient mal venues et le Fetia Api considère que ce n’est absolument pas la priorité du moment. En fait, ces discussions sont destinées à faire diversion après les turpitudes qui défraient les chroniques judiciaires, commises depuis des années, au nom de l’autonomie. Nous nous sommes longtemps opposés aux boulimies statutaires passées. Elles n’ont rien réglé du tout, au contraire ; la Polynésie n’a fait que révéler l’impossibilité des gouvernements à assumer toutes leurs compétences et tous leurs devoirs.” Et tant que ce sera le cas, le Fetia Api réclame une “pause statutaire” et une “pause de stabilité” afin de “nous concentrer sur les solutions à la crise économique”.
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Comment se fait il que ce soit toujours les même qui mènent le train ? et où continuent ils à nous emporter ?
N'y a t il pas de jeunes polynésien partis faire des études en France susceptibles de prendre la relève ??? ou va t il falloir attendre qu'ils disparaissent tous de vieillesse avant qu'on ne les remplace ???
A moins qu'ils ne roulent que pour eux ... ce qui explique largement qu'ils ne voient pas le bateau foncer dans l'iceberg ....