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Dec
21
2009
2 000 manifestants dans la rue PDF Imprimer Email
Fenua - Politique

PROJET DE LOI MORIN. L’appel à la marche contre le projet de loi Morin n’a pas mobilisé les foules. Près de 2 000 personnes ont manifesté samedi matin dans le calme. Le mot d’ordre de l’Église protestante et de Moruroa e Tatou a été entendu : peu de banderole ou de tricot rattaché à un parti politique, une association ou une Église étaient visibles.

 

L’ESSENTIEL

  • Des membres du Tahoeraa, du Ai’a Api, de No Oe e te Nunaa, du Tavini et de Rautahi étaient dans le cortège. Mais il n’y avait aucun représentant de To Tatou Ai’a
  • “Le mur du mensonge au sujet du nucléaire doit tomber”, a martelé le président de Moruroa e Tatou
  • Une délégation des manifestants a été reçue samedi matin par le haussaire et le directeur de cabinet adjoint du ministère de la Défense
 
Les deux cortèges sont partis chacun de leur côté peu après 8 heures samedi matin. Dans le calme, près de 2 000 personnes sont parties de la gare routière de Vaitavatava et du stade Willy Bambridge à Tipaerui. Les manifestants n’ont brandi aucune banderole, ni scandé de slogans, ni porté de tricots indiquant leur appartenance religieuse, politique ou associative comme l’avaient demandé les organisateurs de cette marche.

Des hommes politiques ont mené les deux cortèges aux côtés des présidents de l’Église protestante et de Moruroa e Tatou. Oscar Temaru et le sénateur Richard Tuheiava, du Tavini Huiraatira, le premier parti politique à avoir appelé à la marche, étaient bien sûr présents. Mais il y avait aussi le députémaire de Papara Bruno Sandras, qui en juin dernier a voté pour le projet le projet de loi Morin en première lecture à l’Assemblée nationale, et des membres du Tahoeraa Huiraatira, parti qui a appelé tardivement (vendredi) à la marche pour éviter toute récupération politique du parti bleu. Il y avait également Teura Iriti, ministre de la Solidarité et René Temeharo, représentant à l’assemblée. Maina Sage, du parti Rautahi, représentante du groupe Ia Ora te fenua s’est aussi déplacée. Mais aucun membre du groupe To Tatou Ai’a n’était présent samedi. Pourtant vendredi, le groupe avait envoyé un communiqué dans lequel il soulignait : “Hors de toute opération politique, le groupe s’associe à la démarche entreprise par les Églises de notre pays pour montrer à l’État que la détermination de la population est toujours aussi forte”. Les élus du Tavini ont regardé d’un air amusé les “nouvelles têtes” du cortège. “Leur présence nous satisfait aujourd’hui puisqu’on a l’impression qu’ils sont éclairés sur la nécessité de se lever contre l’État pour lui dire que le mensonge ça suffit”, a mis en avant Tony Géros. De son côté, Oscar Temaru a indiqué : “J’espère qu’un jour le même appel sera fait pour demander à ce peuple de prendre son destin en main”.

Des questions resteront sans réponses si la loi est mise en application telle qu’elle est présentée à ce jour

Si cette marche était soutenue par différentes Églises, dont l’Église protestante maohi et l’Église catholique et les partis politiques, aussi bien autonomistes qu’indépendantistes, peu de Polynésiens ont finalement décidé de répondre à l’appel. Avec 2 000 manifestants, on est loin de la démonstration de force que souhaitaient les organisateurs de cette marche.

Aux sons de himene, les cortèges ont marché chacun de leur côté et se sont retrouvés place Tarahoi. Roland Oldham, président de Moruroa e Tatou, et Taaroanui Maraea, président de l’Église protestante maohi ont alors pris la parole. Ce dernier a détaillé la raison de cette marche : “Ce projet de loi ne prend pas en compte la totalité des préjudices subis par les Polynésiens au regard des méfaits causés sur la santé des personnes et l’environnement. Des questions resteront sans réponses si la loi est mise en application telle qu’elle est présentée à ce jour. Cette loi risque aussi de tourner définitivement la page nucléaire de notre histoire”. Quelques minutes avant que la délégation de manifestants soit reçue par le haut-commissaire Adolphe Colrat et Jean- Paul Bodin, le directeur adjoint du cabinet civil et militaire du ministère de la Défense, Roland Oldham a adressé quelques mots aux manifestants : “Le mur du mensonge au sujet du nucléaire doit tomber”, a-t-il martelé. “Nous avons un héritage qui nous a été laissé par l’État français qui est un cadeau empoisonné. Nous allons en souffrir pendant des générations et des générations”.

Le président de Moruroa e Tatou, accompagné de John Doom coordinateur et Philippe Neuffer avocat de l’association, de Taatoanui Maraea, de Céline Hoire, secrétaire générale de l’Église protestante maohi, de Yves Doudoute et de Denis Helme du collectif No To’u Fenua et du sénateur Richard Tuheiava s’est ensuite dirigé au haussariat. Là, pendant près de 40 minutes, les représentants des manifestants se sont entretenus notamment avec le représentant du ministère de la Défense.

“Nous avons demandé que la France reconnaisse la totalité de sa responsabilité, qu’elle répare et demande pardon aux Polynésiens”, a souligné le président de l’Église protestante maohi qui a également demandé qu’une délégation soit reçue par le président de la République. De son côté, Roland Oldham a insisté : “Nous avons clairement dit : ‘Attention. Pour l’instant, nous avons fait tous les efforts pour que ce soit pacifique’. Mais il y a peut-être des esprits que nous ne pourrons pas contrôler par la suite. Il faut qu’on nous écoute aujourd’hui”, avant de préciser : “Il est de la responsabilité de l’État de faire en sorte que le message fort que nous avons transmis aujourd’hui soit entendu par l’État français”. De son côté, Jean-Paul Bodin a de nouveau affirmé que “les choses ne sont pas figées. Il y a une commission de suivi de 19 membres et au fur et à mesure, les textes pourront évoluer. Les zones et les maladies sont dans des décrets justement pour que cela puisse évoluer”.

La délégation parisienne du ministre de la Défense a par ailleurs reçu samedi après-midi l’association Tamarii Moruroa et les représentants des communes de Tahiti. Le projet de loi Morin sera voté mardi aprèsmidi à l’Assemblée nationale avant d’être transmis et voté au Sénat le même jour.

MT

 

Entretiens

Roland Oldham, président de Moruroa e Tatou

“Il faut qu’on nous écoute aujourd’hui”

Comment s’est passé l’entretien avec les représentants de l’État ?

“Nous avons été fermes et clairs. L’Église protestante maohi a parlé de moralité. Moi, j’ai insisté sur le fait que le mur du mensonge doit tomber. Bien entendu, ils ont baisé les yeux. Pour nous, 152 trous à Moruroa et Fangataufa, c’est un crime contre un peuple qui est très attaché à sa terre. Nous avons demandé que les choses se fassent sur des bases claires et précises et sur des bases morales : honnêteté, transparence. C’est la seule façon de lever tous les doutes car on nous a menti depuis le tout premier essai. Ça, nous l’avons dit très clairement.”

Dans votre discours, vous avez souligné la possibilité de manifestations moins pacifistes si vous n’étiez pas entendus par l’État. Que voulez-vous dire ?

“Nous avons clairement dit : ‘Attention. Pour l’instant, nous avons fait tous les efforts pour que ce soit pacifique’. Mais il y a peut-être des esprits que nous ne pourrons pas contrôler par la suite. Il faut qu’on nous écoute aujourd’hui.”

D’autres manifestations sont-elles déjà prévues ?

“Pour le moment, non. Mais, je veux dire qu’il ne faut pas conduire le peuple à une frustration. Là aujourd’hui, la chance que nous avons c’est que ce sont les Églises qui contrôlent la manifestation d’aujourd’hui. C’est une autorité morale à laquelle le peuple est assez sensible. Il ne faut pas que ce soit des gens qui soient vraiment en colère qui fassent les prochaines manifestations car là, ce serait la catastrophe. Nous avons prévenu l’État. Il est de la responsabilité de l’État de faire en sorte que le message fort que nous avons transmis aujourd’hui soit entendu par l’État français.”

Propos recueillis par MT


Taaroanui Maraea, président de l’Église protestante Maohi

“Que la France demande pardon aux Polynésiens”

Comment s’est passé votre entretien au haussariat ?

“Nous avons été reçus par le haut-commissaire et la délégation qui est venue de Paris. Nous avons déposé nos doléances. Nous demandons que la France reconnaisse la totalité de sa responsabilité, qu’elle répare et demande pardon aux Polynésiens.”

Qu’attendez-vous concrètement ?

“Le projet de loi sera effectivement voté. Mais nous voulons que les évolutions soient intégrées dans le décret d’application.”

Allez-vous continuer à faire pression dans ce sens ?

“Vu que les effets des essais nucléaires concernent plusieurs générations, nous serons là pendant plusieurs générations.”

Moruroa e Tatou évoque la possibilité de manifestation moins pacifiste. Qu’en pensez-vous ?

“Non, je ne crois pas que Moruroa e Tatou aille dans ce sens. Jamais l’Église ne cautionnera ce genre de manifestations.”

Vous comprendriez que la population se révolte ?

“Cela s’est déjà passé. Je ne souhaite pas que cela arrive de nouveau.”

Propos recueillis par MT

 

 

Réactions

Oscar Temaru, président du Tavini Huiraatira

“J’espère le même appel pour demander au peuple de prendre son destin en main”

Près de 2 000 personnes se sont mobilisées, est-ce beaucoup selon vous ?

“Vous savez, pour mobiliser tout un peuple, ça demande l’organisation de réunions dans chaque commune, c’est une grosse organisation. L’appel qui a été lancé par toutes les confessions religieuses, les responsables politiques, les associations, toutes confondues, je pense que c’est ça le plus important, que nous soyons unis. ‘United we stand’, l’union fait la force. J’espère qu’un jour le même appel sera fait pour demander à ce peuple de prendre son destin en main.”

Pour en revenir aux essais nucléaires et à la loi Morin, c’est quasiment fait pour la loi, restent les décrets d’application. D’autres mouvements vont-ils suivre ?

“Tout est lié, le droit de souveraineté du peuple maohi est lié aux essais nucléaires. À l’époque, souvenez-vous, Pouvanaa était mis en prison parce qu’il était l’empêcheur de tourner en rond, parce qu’il voulait que ce peuple soit un peuple digne et souverain. Nous savons que, pour l’avenir de la France, la Polynésie est un maillon important, et tous les territoires d’outre-mer. Tout est lié.”

D’autres mouvements pourraient-ils suivre pour faire pression pour que les décrets d’application soient modifiés ?

“Nous sommes vigilants, nous suivons tout cela de très très près, et quoi qu’il advienne, nous serons toujours là.”

On a entendu certains parler ce matin d’une “marche pacifique”. À l’avenir, cela pourrait- il être plus virulent ?

“Nous sommes dans le Pacifique et nous sommes pour la paix.”

Même les partis autonomistes ont appelé à soutenir cette manifestation...

“C’est très bien, je suis satisfait que tout le monde appelle à se lever. C’est pour cela que j’espère qu’un jour tous les partis politiques, toutes les associations, toutes les confessions religieuses se lèveront pour dire à ce peuple ‘prends ton destin en main, sois un peuple libre et souverain’.”

Un déplacement en métropole, comme la délégation l’avait fait la dernière fois, pourrait- il être envisagé ?

“Il y a assez de monde pour aller voir Sarkozy s’ils le veulent. Mais je n’ai pas programmé ça...”

Propos recueillis par YT


Richard Tuheiava, sénateur

“Un projet de loi en préparation pour les conséquences environnementales”

Comment s’est passé ce rendez-vous avec le directeur de cabinet adjoint du ministère de la Défense ?

“C’était formel. Schématiquement, chacun des membres de la délégation s’est exprimé. Des notes ont été prises et quelques réponses ont été apportées. Sur le fond, trois sujets ont été abordés : la loi Morin mais aussi le suivi des conséquences environnementales et l’après-loi Morin. Les sensibilités de l’Église protestante maohi ont été bien exprimées et nous nous sommes tous ralliés à ces doléances, à ces observations et surtout aux attentes. Il y a véritablement un mouvement à l’unisson derrière l’Église protestante maohi. Malgré la frustration aujourd’hui de ne pas avoir pu s’exprimer en face du ministre lui-même, je crois que l’essentiel des doléances a pu être délivré. Maintenant, je crois qu’il y aura une suite pour rencontrer à l’avenir le président de la République pour aborder la loi Morin et l’après-loi Morin.”

Serez-vous présent mardi au Sénat lors de l’adoption du projet de loi ?

“Je n’ai pas réussi à avoir de place dans un avion. Je suis revenu hier de Copenhague pour participer à cette marche. J’ai appris en cours de vol que le ministre n’allait pas être là. Je suis un peu désolé que l’agenda ministériel parisien ait pris le pas sur cette manifestation en termes de priorités de l’agenda du ministre. Je regrette qu’on n’ait pas pu s’exprimer auprès de lui. Mais de mon point de vue, ce n’est pas après l’adoption ou en phase finale de l’adoption du projet de loi qu’on devait se rencontrer ici. C’est pendant l’élaboration du texte que cela aurait dû se faire. On s’est retrouvé devant le fait accompli et c’est comme d’habitude, un petit un sentiment d’amertume. Il faut s’arcbouter sur la suite des conséquences environnementales des essais nucléaires. C’est un sujet important qui va de pair entre le ministère de la Défense et de l’Environnement. Ce n’est pas seulement un problème de portefeuille ministériel. Un projet de loi est en élaboration à ce sujet qui sera présenté par mon groupe au Sénat et on verra bien s’il y a un projet de loi par la suite.”

Propos recueillis par MT

 


TAAROANUI MARAEA, président de l’Église protestante maohi

“Cette loi risque de tourner définitivement la page nucléaire”

Extraits du discours avant la rencontre avec les représentants de l’État

“Ce projet de loi ne prend pas en compte la totalité des préjudices subis par les Polynésiens au regard des méfaits causés sur la santé des personnes et l’environnement. Des questions resteront sans réponses si la loi est mise en application telle qu’elle est présentée à ce jour. Cette loi risque aussi de tourner définitivement la page nucléaire de notre histoire. L’Église protestante maohi va donc demander à la France de reconnaître sa responsabilité et de prendre les mesures de réparation attendues par les Polynésiens et par les anciens travailleurs de Moruroa et de Fangataufa.” (…)

Durant 43 ans, les Polynésiens ont été trompés par la propagande politique nucléaire de la France dans notre pays. Le maître mot des représentants de l’État et du ministère de la Défense était l’innocuité des essais nucléaires français, propreté des essais nucléaires français, mesures de protection… Beaucoup d’entre nous y ont cru et ont défendu avec conviction cette tromperie. Les études réalisées par le ministère de la Défense sur l’ensemble du territoire lors des essais atmosphériques nous révèlent que plus de 200 retombées radioactives ont touché la presque totalité des îles habitées. Que dire des essais souterrains face au changement climatique ? Sachant qu’il y a des possibilités de fuites radioactives à surveiller et à prévoir. D’une même voix, nous devons dénoncer cette injustice. (…) Les essais nucléaires français ne s’effaceront pas avec la promulgation de la nouvelle loi du ministre de la Défense, ni en démolissant les installations qui continuent à polluer nos îles, elles seront bien présentes et feront malheureusement partie de l’héritage que nous léguerons à nos enfants. Il est clair que les essais nucléaires français n’ont pas seulement atteint la santé des Polynésiens et l’environnement. Reconnaissons qu’elles ont aussi contaminé notre conscience de la justice et de l’équité. Reconnaissons que nous avons été séduits par les milliards déversés annuellement pendant 40 ans par la France et par l’illusion que nous sert quotidiennement la société de consommation alors que dans le pays la pauvreté et un sentiment d’exaspération prennent de plus en plus d’ampleur”.

“Que la France la France prenne la totalité de sa responsabilité”

Discours après la rencontre avec les représentants de l’État

“Nous avons exposé face aux représentants de l’État toute la frustration que nous avons aujourd’hui du fait que le ministre ne soit pas présent parmi nous. Nous savons qu’il a plusieurs priorités dans son agenda. Mais quelle priorité sommes-nous dans son agenda nous les Polynésiens qui avons subi pendant 40 années les essais nucléaires et qui subirons pendant des générations la contamination nucléaire ? Nous n’osons pas croire que nous ne sommes pas une priorité aujourd’hui. Pour répondre aux attentes que vous avez exprimées aujourd’hui, j’ai demandé aux représentants de l’État qu’une délégation représentative de vous tous ici présents soit reçue par le président de la République. Concernant la loi, nous avons demandé que soit revue la définition des zones contaminées autrement. Nous avons l’impression que l’État diminue sa responsabilité en fonction de ces définitions. Que dire de la majorité de la population ellemême contaminée ? Nous avons aussi demandé que les décrets d’application de la loi répondent aux attentes de la Polynésie et des Polynésiens et qu’ils évoluent en fonction de ce que nous vivons, de ce que nous souffrons. Nous avons aussi demandé à la France de prendre la totalité de sa responsabilité. Nous nous sommes permis aussi de demander, à la suite du conseil supérieur de l’Église protestante maohi de cette année, que la France demande pardon aux Polynésiens et à la Polynésie.”


ROLAND OLDHAM, président deMoruroa e Tatou

“Le mur du mensonge au sujet du nucléaire doit tomber”

“Le mur de Berlin est tombé. Le mur du mensonge au sujet du nucléaire doit tomber. Le mur de l’injustice doit aussi tomber. J’y crois. Nous y croyons tous.

Nous sommes tous unis ce matin malgré les différentes confessions religieuses, les différents partis politiques et différentes associations. Même le conseil économique et social a appelé à manifester. Ce n’est pas tous les jours. C’est pour ça que le message que j’adresse à l’État français, c’est de tenir compte de cette expression du peuple. La France est supposée être un grand pays. Démocratie, égalité et fraternité. J’espère qu’aujourd’hui, l’État français entendra ce peuple qui pendant 43 ans a été méprisé au sujet de la question des essais nucléaires. Aujourd’hui, l’appel était à une manifestation dans la paix. L’État doit nous écouter pour ne pas donner la chance à des expressions par la suite qui ne se feraient peutêtre pas dans la paix.

Je pense que le message aujourd’hui est clair. Pendant quelques années, Moruroa e Tatou s’est senti un petit peu seul dans certains combats et, certaines marches. Mais aujourd’hui Moruroa e Tatou, c’est nous tous. C’est une chaleur au coeur que nous avons de voir aujourd’hui que notre peuple est réuni sur un combat. Les partis politiques ont laissé leurs différences de côté, les associations se sont levées, le CESC, qui n’a jamais participé à une marche, a appelé le peuple à manifester. Dans les îles, le peuple manifeste aujourd’hui. Je ne pourrai jamais vous remercier suffisamment. Mais, il faut se rappeler qu’il y a un problème d’éthique aujourd’hui. Le mensonge est devenu une vérité et quand on dit la vérité on la prend pour un mensonge. Les essais nucléaires n’ont pas seulement détruit notre fenua, notre santé mais aussi notre esprit. Je pense qu’il est temps de revenir sur des valeurs. Sur ces valeurs que nous défendons : des valeurs morales dont l’honnêteté.

En ce qui concerne les conséquences des essais nucléaires, je ne vais pas revenir sur tout cela. Nous les connaissons très bien. Mais, je veux rappeler que nous avons un héritage qui nous a été laissé par l’État français qui est un cadeau empoisonné. Nous allons en souffrir pendant des générations et des générations. Je parle des deux atolls de Moruroa et Fangataufa. Avec 152 essais souterrains avec toute la radioactivité qu’il y a dans ce sol avec l’effondrement d’une partie de l’atoll avec des trous où les déchets ont été enfouis et aujourd’hui ces trous se trouvent sous l’eau à cause des effondrements. Voilà l’héritage que l’on nous a donné.”

 

Réactions (suite)

ANTONY GÉROS, vice-président du Tavini

“Satisfait des nouveaux venus”

La mobilisation n’est pas au rendez-vous, quel est votre sentiment sur cette marche ?

“L’appel qui a été lancé par le président de l’Église évangélique s’est traduit par un rassemblement sans signe ostentatoire de quelque bord qu’il soit, parce que c’est bien un appel qui a été lancé à l’ensemble du peuple polynésien.”

Des personnes qui ne “marchaient” pas avant se sont jointes au cortège…

“J’ai toujours milité dans le cadre de manifestations de ce type à travers les appels que mon parti, le Tavini Huiraatira, a lancés. Je vois un certain nombre de visages qui sont des habitués de nos marches, mais effectivement, je vois d’autres visages, comme René Temeharo par exemple, qui n’ont jamais été de ce genre de marche, dont la présence nous satisfait aujourd’hui puisqu’on a l’impression qu’ils sont éclairés sur la nécessité de se lever contre l’État pour lui dire que le mensonge ça suffit.”

Propos recueillis par CV


TEA HIRSHON (Tavini), MAINA SAGE (Rautahi), TARITA SINJOUX ET MONIQUE RICHETON (Tahoeraa)

“C’est le Tavini qui parle ou c’est le Tahoeraa ?”

Que pensez-vous de la marche ?

Tea Hirshon : “Tout se passe bien, je suis avec mes deux soeurs du Tahoeraa à l’assemblée et Maina Sage. Elles sont unies avec moi.”

Est-ce que leur présence vous fait chaud au coeur ?

Tea Hirshon : “Mais oui.”

Tarita Sinjoux : “C’est l’avenir, c’est la vie de la population. Parce que ce n’est pas un cadeau que l’État français nous a laissé, ça on le sait. Maintenant sur la façon d’appliquer cette loi, il faut qu’elle s’applique sur l’ensemble de la Polynésie et non pas sur quelques îles, ça c’est la première chose. La deuxième, c’est sur la liste des maladies, j’estime qu’il n’y a pas de liste à avoir. J’ai toujours dit que c’est la France qui nous doit quelque chose et non l’inverse.”

Tea Hirshon : “C’est le Tavini qui parle ou c’est le Tahoeraa ?” (rires)

Aujourd’hui, il n’y pas de casquette ?

Maina Sage : “Oui, aujourd’hui, il n’y a pas de casquette.”

Tarita Sinjoux : “Il y a des choses pour lesquelles il y a une casquette et pour d’autres, il n’y a pas de casquette.”

Propos recueillis par CV


NICOLE BOUTEAU, présidente de No Oe e te Nunaa

“Un réveil qui a commencé en 2004”

Comment s’est déroulée cette marche pour vous ?

“Je pense que l’appel de l’Église évangélique de marcher dans la paix a été entendu, et de toute manière, le peuple polynésien est pacifique. J’espère que le message sera entendu par l’État. Certes, il y a une loi d’indemnisation, mais elle est a minima. M. Morin n’est pas là mais une délégation est présente. Je crois qu’elle vient préparer la venue du ministre et j’espère que cette marche permettra de faire évoluer positivement les choses dans la reconnaissance du fait nucléaire en Polynésie.”

Seulement 2 000 personnes ont marché ce matin…

“Moi je trouve que c’est bien pour la seule île de Tahiti. C’est une première, mais je pense que la venue de M. Morin mobilisera encore plus de monde, au-delà des différences politiques. Même si le nombre n’est pas là, les identités sont présentes. Pendant des années, la Polynésie a cru à la “propreté” des essais nucléaires. Il y a un réveil et je crois que ce réveil a commencé en 2004, il faut le dire. Il y a aujourd’hui une liberté de parole, une liberté dans l’expression qui font que les citoyens s’ouvrent à cette vérité et il faut que l’État joue la transparence.”

Propos recueillis par CV


RENÉ TEMEHARO, président du groupe Tahoeraa à l’assemblée

“Nous avons été trompés par l’État”

Il s’agit d’une première pour le Tahoeraa, quelles sont vos impressions ?

“Nous sommes heureux d’avoir pu contribué à la réussite de ce regroupement. C’est une suite logique pour nous. Nous sommes actifs.”

Mais votre présence, vous qui avez défendu la France par le passé, est un symbole fort…

“Nous l’avons déjà dit dans l’hémicycle, que nous avions été trompés par l’État et il est tout à fait naturel suite aux révélations de la commission d’enquête qui ont révélé que les essais se sont mal passés et ont été mal préparés, donc c’est pour cela que nous demandons réparation.”

Propos recueillis par CV


HIRO TEFAARERE, président de A Rohi

“Si ce message n’est pas compris aujourd’hui, il ne faudra pas être surpris demain s’il y a des excès de violence”

Que pensez-vous de la mobilisation ?

“Je suis satisfait de voir que nouvelles têtes participent, qu’il y ait une prise de conscience de ceux et celles qui ont accepté le langage officiel qui a duré 43 ans. Si en 1995, ils s’étaient déjà levés à nos côtés, on ne serait peut-être plus là aujourd’hui parce que le temps, malheureusement, on ne peut pas le rattraper. Mais, je suis fier de voir que le travail que nous avons commencé se poursuit. Aujourd’hui, il y a vraiment un dossier sur lequel toute la société polynésienne est d’accord, c’est le dossier de Moruroa et Fangataufa. Il faut que l’État, M. Sarkozy qui a reconnu le fait colonial et nucléaire en Algérie, puisse reconnaître la même chose chez nous.”

Deux mille personnes mobilisées, c’est moins que prévu…

“Pour plusieurs raisons. D’abord, nous sommes en période de fêtes, la société polynésienne est en crise financière, les ménages sont en difficultés, nous avons près de 100 000 pauvres. C’est normal qu’il y ait moins de monde que par le passé. En 1995, nous avions mobilisé trois fois plus, bloqué les rues pendant une semaine, ensuite nous sommes allés à l’aéroport et on connaît la suite… Aujourd’hui, dans son discours Roland Oldham, à la fin s’est interrogé s’il fallait que “le sang coule”. Je n’en sais rien. Si ce message n’est pas compris aujourd’hui, il ne faudra pas être surpris demain s’il y a des excès de violence.”

Propos recueillis par CV


BRUNO SANDRAS, député-maire de Papara

‘’Cette loi est un bon début. Mais je ne souhaite pas que ce soit l’aboutissement”

Pourquoi êtes-vous venu manifester ?

“C’est un sujet qui dépasse tous les clivages politiques même les religions. C’est un sujet qui intéresse tous les Polynésiens. Je suis venu car je souhaite que la loi Morin ne tourne pas définitivement la page des essais nucléaires en Polynésie française. J’ai participé activement à l’élaboration et à la discussion de cette loi. J’ai vu l’évolution par rapport au projet initial jusqu’au texte qui a été discuté à l’assemblée. Il a bien évolué. J’y ai participé activement en tant que membre de la commission de défense. J’ai fait six allers-retours en deux mois rien que pour ce texte en janvier et février. Au moment de la discussion à l’Assemblée nationale, j’ai apporté des amendements en commission qui n’ont pas été retenus. J’ai voté pour cette loi car je trouvais que c’était une bonne chose. Mais, j’ai toujours dit qu’elle était imparfaite. Je souhaite que l’État ne dise pas un jour : “la loi d’indemnisation existe maintenant c’est terminé”. C’est pour ça que je suis là aujourd’hui.”

Ce n’est pas paradoxal selon vous d’avoir voté pour la loi et de manifester aujourd’hui?

“Pas du tout. Je ne viens pas manifester contre le gouvernement. Cette loi est un bon début. Mais, je ne souhaite pas que ce soit l’aboutissement. Ils n’ont jamais voulu entendre parler de l’aspect environnemental.”

Propos recueillis par MT


Tavini

“Ils étaient tous là”

Dans un communiqué hier, le Tavini s’est félicité de la mobilisation de la manifestation, estimant que “toute la Polynésie était présente ce samedi matin pour rappeler à l’État ses responsabilités après 30 années de tirs nucléaires dans notre pays”. Le parti a justifié la relativement faible mobilisation par la “période des fêtes de fin d’année, et des craintes infondées ont été exprimées quant à la possibilité de troubles”. Le Tavini annonce par ailleurs qu’il a “prévu de former une délégation qui se rendra en métropole, afin d’obtenir une rencontre avec le président de la République et sensibiliser les médias”.

 

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Commentaires (3)Add Comment
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Par temanuotemaumotu, décembre 21, 2009
Deux milliers de participants …Bravo !!! cela a été HISTORIQUE (dixit le Président de l’Eglise Protestante Maohi) … difficile de cacher sa déception !!! MORIN pourra venir prochainement la fleur à l’oreille !!! je pense tout simplement que le fait de voir associer les politiques à cette marche a tout simplement fait fuir le peuple … le peuple ne veut plus cotoyer ni marcher avec nos politiques … voilà le pourquoi du FIASCO !!! de la très faible participation du peuple … le peuple est écoeuré des politiques de notre Fenua … le Haut-Commisssaire avait un sourire jusqu’aux oreilles …
- OT qui affirme que cette mobilisation est la preuve enfin d’une prise de conscience de notre peuple !!!
- Nicole B. qui soutient comme tous les autres, mais elle, sans faire de récup … elle ne récupèrerait au mieux que son ombre, si elle a une ombre …
- René TEMAHARO et son parti, le Tahoeraa Huiraatira (anciennement UT-UDR), les grands défenseurs des intérêts de l'Etat pendant plus de 40 ans ... en faisant les singes qui se bouchent les oreilles, qui cachent leurs yeux et qui ferment leur bouche !!! et aujourd'hui crient au scandale de l'Etat ... tous des faux-C..s.
C'est tout simplement lamentable et triste …
Il faut que nos politiques, quels qu’ils soient, prennent, eux, conscience que le peuple ne veut plus les écouter … le peuple ne veut plus les suivre … le temps du poromu niau ne marche plus … le peuple ne se laisse plus manipulé … la preuve est désormais faite …
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Par reira, décembre 22, 2009
Pourquoi n'a t-on jamais vu de manifestation contre les essais nucléaires lorsqu'ils avaient lieu ??
Sans doute la soupe était bonne pour tous ceux qui manifestent aujourd'hui !!
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Par denis Helme, décembre 23, 2009
Mise à part de la marche du 19 Décembre 2009

C’est avec une note amère que je termine 2 semaines contraignantes et fatigantes, comme d'ailleurs les écologistes du monde entier.
En effet, l’on retient de la dernière nuit de négociations à Copenhague, que les dirigeants de la planète ont conclu à un accord faible, loin de fixer les objectifs de réduction des émissions indispensables pour éviter le péril climatique.

D’ailleurs, au plan local, la préoccupation est la même. Malgré que l’Eglise Protestante Maohi et le collectif No to’u fenua aient réussi a réunir tous les partis politiques (à l’exception du To tatau aia), afin qu’ils tiennent le même discours vis-à-vis de la loi Morin, (sensé les mobiliser et les rassembler)sur le problème du réchauffement climatique et de l’avenir du Fenua face à la menace de la montée des eaux, on retiendra que cette loi est passée malgré tout, même si tous, la jugeons insatisfaisante et inéquitable pour l’avenir de la Polynésie.

j'ai tant de chose a dénoncer et à dire sur notre classe politique, mais je m'arrêterais là, par manque de place sur les pages des nouvelles

Que, je tiens a remercier pour les possibilités qu'elle nous offre, pour que nous nous exprimions et poussions nos coups de gueules par écrit!

Maururu a vous les nouvelles

Denis HELME


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