GASTON FLOSSE. Son hôtel particulier situé 90, rue de Ranelagh a été vendu pour 680 millions de Fcfp à un particulier. Gaston Flosse doit 264 millions, intérêts compris, à la Banque de Tahiti en tant que caution solidaire de la société Rikitea qui avait acheté en 1994 l’hôtel particulier pour 218 millions de Fcfp. Une fois ce prêt remboursé, Gaston Flosse disposera donc de 462 millions de Fcfp.
L’hôtel particulier de Gaston Flosse dans le quartier chic du XVIe arrondissement à Paris, 90 rue de Ranelagh, a bel et bien été vendu, a confirmé hier l’agence immobilière Féau de Passy, spécialisée dans la vente d’immobilier de luxe et d’appartements de standing. Selon l’agence, l’hôtel particulier de l’ancien président du Pays a été vendu “très rapidement”. Le compromis de vente a été signé il y a une quinzaine de jours. Les sept jours du droit de rétraction écoulés, la vente à un particulier a alors été réalisée sans condition de crédits. Il a été vendu pour la somme de 5,7 millions d’euros, soit 680 millions de Fcfp.
Pour connaître les raisons de cette vente, il faut remonter en mars dernier, quand la Banque de Tahiti écrit à Gaston Flosse pour lui rappeler ses obligations en tant que caution solidaire de la société Rikitea qui devait en décembre 2008 264 millions de Fcfp à la banque. Retour quinze ans en arrière. Le 20 octobre 1994, la SCI Rikitea, gérée par Gaston Flosse, achète l’hôtel particulier du Ranelagh pour 12 millions de francs français (218,3 millions de Fcfp). À peine dix mois plus tôt, la SNC Anjou- Madeleine avait acheté l‘hôtel au prix de 25 millions de FF (454,5 millions de Fcfp). Lorsque cette dernière vend l’hôtel particulier, elle accorde à la SCI Rikitea des conditions de paiement très intéressantes : la moitié du prix, soit 6 millions de FF (109 millions de Fcfp) au comptant, et l’autre moitié payable au terme d’un délai de près d’un an, “jusqu’au 30 septembre 1995”, et sans intérêts.
Pour régler l’achat de l’hôtel, Gaston Flosse réalise alors trois emprunts. Deux emprunts de 2 millions de FF chacun (36,5 millions de Fcfp) sont réalisés en 1994 et 1995 auprès de l’organisme financier de Vanuatu, la Pacer Limited Trust. Celui-ci a fait valoir sa dette en mai 2005 pour un montant de 120 millions de Fcfp (avec les intérêts). Une procédure de saisie sur la maison de Gaston Flosse à Huahine est alors enclenchée et abouti en mars 2006 au rachat de la propriété aux enchères par une SCI regroupant sept acheteurs, représentée par Romina Pinson, la compagne de Gaston Tong Sang, et au remboursement de l’organisme ni- Vanuatu. Le troisième emprunt auprès de la Banque de Tahiti pour un montant de 140 millions de Fcfp n’a pas non plus été remboursé, ce que lui a rappelé l’établissement bancaire en mars dernier. Ce sont donc 264 millions de Fcfp, avec les intérêts, dont va devoir s’acquitter Gaston Flosse. Il devrait ainsi ensuite conserver en poche 462 millions de Fcfp. Une partie de cette somme pourrait également servir à rembourser un autre “prêt”. Cette fois, il s’agit d’un “prêt” de 40 millions de Fcfp consenti à Gaston Flosse par Hubert Haddad lors du retour éclair du leader orange au pouvoir d’octobre 2004 à février 2005 comme l’avaient révélé Les Nouvelles le 21 octobre dernier.
Début 2008, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire suite à une demande du parquet de Papeete pour déterminer les conditions d’acquisition de cet hôtel et expliquer l’élasticité du prix de rachat de l’hôtel qui est passé entre 1993 et 1994 de 454 millions de Fcfp à 218 millions de Fcfp (lire ci-contre). Dans l’acte de vente, il était précisé : “Observation étant ici faite que ledit immeuble est en très mauvais état”. En juillet dernier, Gaston Flosse avait souligné sur le site Tahiti Today : “Cet hôtel particulier avait été acheté par un promoteur 25 millions de FF. Il comptait le détruire car il était ancien et construire un immeuble à la place. Mais voilà, cette résidence était classée. Il l’ignorait sans doute et avait commencé les travaux. La ville de Paris lui a alors refusé catégoriquement de les poursuivre. Il avait emprunté l’argent de cet achat, et ne pouvant plus rembourser la banque, l’a saisi et l’a revendu à la Lyonnaise des Eaux pour 12 ou 15 millions. C’est celleci qui me l’a vendu et pour acheter, j’ai emprunté à la banque Henin. Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de tordu dans cette transaction à moins de vouloir ‘mouiller’ certains responsables de la Lyonnaise”. C’est dans le cadre de cette enquête préliminaire que les domiciles du conseiller économique et social Michel Paoletti à Paris et à Tahiti ont été perquisitionnés la semaine dernière. La justice s’intéresse à “l’ensemble (des) tractations immobilières” de Gaston Flosse, avait précisé la semaine dernière le procureur de la République de Papeete après ces deux perquisitions. “Directement ou indirectement, il a quand même acheté pas mal de maisons”, remarquait-il.
MT
Chronologie
Des prix très élastiques en quatre ans
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29mars 1989 : 18,175millions de FF (330millions de Fcfp)
L’hôtel particulier est acheté 18 175 000 FF (330 millions de Fcfp) à sa propriétaire par une SARL sise à Paris (2e), 16 rue de la Paix. La SARL, qui n’apporte que 175 000 FF (3 millions de Fcfp) sur ses deniers sociaux, achète au moyen d’un prêt bancaire consenti par la banque La Hénin, banque du groupe Suez, pour un montant total de 18 millions de FF (327 millions de Fcfp)
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24 avril 1990, soit un an plus tard : 38millions de FF (691millions de Fcfp)
La SARL revend un an plus tard, le 24 avril 1990, à la SNC Ranelagh 90, elle aussi domiciliée 16 rue de la Paix à Paris (2e) et dont le co-gérant est par ailleurs le gérant de la SARL. Et ce à plus du double du prix de l’acquisition, soit 38 millions de FF (691 millions de Fcfp). Cette acquisition par la SNC “a eu lieu moyennant le prix principal de 38 millions de FF qui a été payé comptant au moyen des deniers provenant d’une partie d’un prêt consenti par la banque La Hénin”, précise l’acte de vente. Le 3 septembre 90, il a été procédé à un acte rectificatif des déclarations fiscales de la vente par la SARL au profit de la SNC Ranelagh 90. Le montant de l’acquisition par la SNC Ranelagh 90 est ramené à 18,175 millions de FF. L’acquéreur, dans le cadre de son activité de marchand de biens, s’engage à revendre dans un délai de cinq ans.
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15 décembre 1993 : 25millions de FF (454,5millions de Fcfp)
Trois ans plus tard, la SNC Ranelagh 90 vend l’hôtel particulier à la SNC Anjou-Madeleine. Elle achète comptant au prix de 25 millions de FF (454,5 millions de Fcfp) et accorde au vendeur la mainlevée de ses hypothèques sur le bien. Les statuts de cette dernière société en nom collectif ont été déposés un an plus tôt, le 25 novembre 1992 au tribunal de commerce de Paris. Ils indiquent que son siège est au 16, rue de la Ville-l’Évêque (Paris 8e), adresse du siège du groupe Lyonnaise des Eaux- Suez. C’est aussi l’adresse de la banque du groupe Suez, La Hénin. Celle-ci détient en effet 90% du capital de 10 000 FF de la SNC Anjou-Madeleine, les 10% restants étant détenus par la compagnie hypothécaire, autre filiale du groupe. La SNC Anjou-Madeleine s’engage à revendre l’hôtel particulier acquis par la SNC Ranelagh 90 le 24 avril 1990 dans le délai imparti (qui était fixé au plus tard le 24 avril 1994, mais se voit prorogé jusqu’au 31 décembre 1996 par la loi de finances rectificative pour 1992).
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20 octobre 1994, soit dix mois plus tard : 12millions de FF (218millions de Fcfp)
Dix mois plus tard, la SNC filiale de la banque La Hénin vend l’hôtel particulier de la rue de Ranelagh à la société civile immobilière (SCI) Rikitea pour moins de la moitié de son prix d’acquisition, à savoir 12 millions de FF (218 millions de Fcfp). Cette SCI a été créée le 4 juin 1992, et son gérant est Gaston Flosse dont l’adresse officiellement notifiée est “demeurant présidence du gouvernement à Papeete, île de Tahiti, Polynésie française”. Dans cet acte de vente, il est cette fois notifié : “Observation étant ici faite que ledit immeuble est en très mauvais état”. La SCI Rikitea bénéficie par ailleurs d’un mode de règlement avantageux. La moitié des 12 millions de FF, soit 6 millions FF (109 millions de Fcfp), est payée comptant, tandis que l’acquéreur bénéficie d’un délai de près d’un an pour payer l’autre moitié du prix : “Au plus tard le 30 septembre 1995, sans intérêts jusqu’à cette date”.
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