SUCCESSION. Plus il émerge sur le devant de la scène judiciaire, plus Gaston Flosse disparaît de la scène politique. Il laisse entrevoir progressivement une place vacante, un vide à combler, celle du leader des autonomistes qu'il fut jadis. Les candidats à la succession sont nombreux, sauf que l'ère des metua semble toucher à sa fin.
L’ESSENTIEL
- Ils sont nombreux parmi les autonomistes à être candidat à la succession de Gaston Flosse
- Mais qui parmi eux peut prétendre devenir un leader tel que l’a été Flosse ?
- Pour Sémir Al Wardi, “On ne peut dire aujourd’hui qui sera le metua ni même s’il y en aura un”
La question n'est pas d'aujourd'hui. Tout le monde se demande qui peut remplacer Gaston Flosse à la tête des autonomistes, et plusieurs politiques sont prétendants au titre. Entre ceux qui veulent et ceux qui peuvent, il y a néanmoins une différence. La liste de ceux qui ont des raisons d'y croire est plutôt exhaustive et ce sont quasiment tous des ex- Tahoeraa.

Honneur aux dames qui ne sont que trois : Nicole Bouteau (No Oe te Nunaa), Armelle Merceron (sans parti mais qui appartient au groupe de l'assemblée Ia Ora te Fenua, présidé par Jean-Christophe Bouissou) et Béatrice Vernaudon (Tia tau). Si la présidente de No Oe te Nunaa est la seule à ne pas siéger à l'assemblée, et par conséquent est un peu absente de la scène médiatique, elle bénéficie d'une image de probité auprès de la population qui l'a d'ailleurs placée en troisième position aux élections européennes de juin 2009 derrière l'indépendantiste Keitapu Maamaatuaiahutapu et l'autonomiste Tearii Alpha, avec 18% des suffrages. Armelle Merceron bénéficie quant à elle d'une image de compétence, troisième attente de la population après l'honnêteté. Et d'ailleurs fin 2008 et début 2009, alors que Gaston Tong Sang, Oscar Temaru et Gaston Flosse tentaient de négocier pour former un gouvernement d'union et que fatalement la question de quel président mettre à sa tête se posait, le nom d'Armelle Merceron revenait souvent dans les conversations. Béatrice Vernaudon répondait même, à la question “qui peut incarner ce consensus ?”: “Armelle Merceron. Ce n'est pas parce que c'est ma soeur. Elle a été ministre de nombreux portefeuilles. La Polynésie a besoin à sa tête d'une personne qui sache organiser le Pays. Elle est particulièrement douée pour ça.” Béatrice Vernaudon est elle-même une des femmes fortes du camp autonomiste, c'est elle qui a réussi à déboulonner le Tahoeraa de son fief historique de la mairie de Pirae en remportant les élections municipales de mars 2008 au détriment d'Édouard Fritch.
Du côté des hommes, ça se bouscule un peu plus. Il y a d'abord tous les ex-Tahoeraa : Gaston Tong Sang (O Porinetia to Tatou Ai'a), Jean-Christophe Bouissou (Rautahi), Bruno Sandras (Ia Hau Noa), Tearii Alpha (O Porinetia to Tatou Ai'a) et Teva Rohfritsch (pas de parti). Il y a ensuite le toujours Tahoeraa Édouard Fritch, déjà candidat à la succession de Gaston Flosse à la tête du Tahoeraa et Philip Schyle du Fetia Api, héritier de la “troisième voix” incarnée auparavant par feu Boris Léontieff. Jean-Christophe Bouissou, le président de Rautahi s'est d'abord allié à Gaston Tong Sang, bon gré mal gré, pour les élections territoriales de 2008. D'abord gardien du temple To Tatou Ai'a, il est ensuite celui qui est parti, las des tractations incessantes des franges faibles de la coalition. Il a choisi de se rapprocher d'Oscar Temaru, comme Gaston Flosse avant lui. Si les conséquences électorales sont les mêmes… Bruno Sandras et Teva Rohfritsch font partie des derniers déçus en date du Tahoeraa, qu'ils ont quitté en début d'année. Si Bruno Sandras a créé dans la foulée son parti Ia Hau Noa, Teva Rohfritsch ne s'est pas encore positionné. Pour ce qui est du président délégué du Tahoeraa, Édouard Fritch, ce dernier doit avant tout s'affranchir de Gaston Flosse au sein de son propre parti avant de pouvoir prétendre à rassembler les autonomistes. Reste Tearii Alpha et Philip Schyle qui incarnent, plus et mieux peut-être que les autres, le renouveau attendu par la population. Tearii Alpha, parce qu'il incarne la nouvelle génération d'élus, il a moins de 40 ans, c'est un homme de dossiers et il a su rassembler toute la famille des autonomistes derrière lui, à l'exception de No Oe te Nunaa, lors des élections européennes de juin 2009. D'ailleurs, le député-maire de Papeete disait de lui le 23 mai 2009, au cours de l'émission “À vous la parole” : “Tearii Alpha fait aussi partie de ces autonomistes sur qui il faudra compter pour construire ce pays.” Philip Schyle, parce qu'il est l'héritier de la “troisième voix”, et qu'il donne l'image d'un homme qui travaille tout autant pour sa commune que pour l'assemblée dont il est le président.
Enfin, il y a le cas Gaston Tong Sang. Le maire de Bora Bora a un temps paru incarner la relève lorsqu'aux élections territoriales de février 2008, il a remporté 46% des suffrages avec la coalition To Tatou Ai'a dont il avait pris la tête. Mais on connaît la suite et désormais, il ne pèse plus que 13 élus à l'assemblée (tout comme le Tahoeraa) contre 27 au lendemain des élections. Mais peut-être que le message de cette élection était justement, que le temps où un seul homme pouvait incarner l'autonomie, est terminé. Comme l'analyse Sémir Al Wardi, “on ne peut donc dire aujourd’hui qui sera le metua et même s’il y en aura un. D’autant qu’une communauté émotionnelle ne peut exister que si tous les leaders autonomistes se mettent d’accord sur un seul homme”. Ce qui est loin d'être le cas.
CV
Analyse
SEMIR AL WARDI, maître de conférences en science politique
La succession du metua
Avant 2004, le champ “autonomiste” était monopolisé par le Tahoeraa et son leader Gaston Flosse : la stratégie consistait à confondre le concept “d’autonomie” avec le parti politique. Ainsi, en votant pour Gaston Flosse, on ne votait pas pour un type d’autonomie mais pour “l’autonomie” en général et surtout pour “l’autonomie-contre-l’indépendance”. Et si quelqu’un, sincèrement autonomiste, s’opposait au Tahoeraa ou à certaines de ses dérives, il était immédiatement qualifié d’indépendantiste ou faisant le jeu de ces derniers. Il y avait deux metua, l’un autonomiste, l’autre indépendantiste. Il faut noter que ce clivage n’est plus aussi marqué aujourd’hui.
À partir de 2004, les autonomistes vont se diviser et créer un nombre certain de partis politiques : c’est que les partis politiques polynésiens représentent essentiellement le socle sur lequel s’appuie une personnalité reconnue bien plus qu’une organisation porteuse d’idéologie. Un parti sert un homme et non un programme. Il y a peu de “lieutenants” dans les partis politiques car le moindre élu se voit en leader : Francis Sanford disait à ce propos que “tout le monde, vieux ou jeune, est persuadé de posséder la vérité et d’avoir la capacité de gérer les affaires du territoire”. La bataille est donc rude pour accéder au poste suprême.
De plus, la succession d’un leader charismatique, d’un metua, qui a organisé une communauté émotionnelle, ne peut être rationnelle. On ne peut donc dire aujourd’hui qui sera le metua et même s’il y en aura un. D’autant qu’une communauté émotionnelle ne peut exister que si tous les leaders autonomistes se mettent d’accord sur un seul homme. Et là se trouve toute la difficulté. Il ne resterait alors plus qu’un seul metua : Oscar Temaru.
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