ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE. Le représentant Michel Yip et sa femme Mélanie Mairau ont été entendus hier dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Papeete. Ils sont soupçonnés de prise illégale d’intérêts et de détournement de fonds publics.
L’ESSENTIEL
- Mélanie Mairau a été la directrice de cabinet de Michel Yip alors que celui-ci était président de la commission permanente
- L’enquête préliminaire a pour but de “vérifier la réalité des fonctions et du travail exercés” selon le parquet
- Entrés dans les locaux de la section de recherches de la gendarmerie en milieu de matinée, ils sont ressortis libres hier en fin d’après-midi
Michel Yip et sa femme Mélanie Mairau ont été placés en garde à vue hier en milieu de matinée dans les locaux de la section de recherches de la gendarmerie, dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Papeete. Ils sont ressortis libres en fin d’après-midi. Michel Yip et sa compagne sont soupçonnés de prise illégale d’intérêts et de détournement de fonds publics. “L’enquête se poursuit”, a précisé hier le procureur de la république José Thorel.
Mélanie Mairau a été rémunérée en tant que directrice de cabinet alors que Michel Yip était président de la commission permanente entre le 1er avril 2008 et le 16 avril 2009. Elle aurait ainsi touché des indemnités mensuelles qui auraient avoisiné les 800 000 Fcfp, alors “qu’elle est par ailleurs gérante d’une société”, a précisé hier le procureur de la République. Ces faits ont été portés à la connaissance du parquet au début de l’année 2009 après une plainte du Pays alors qu’Oscar Temaru était président. La justice soupçonne Mélanie Mairau d’avoir bénéficié d’un emploi fictif. L’enquête préliminaire a donc pour but de “vérifier la réalité des fonctions et du travail exercés”, souligne José Thorel.
Cette embauche a déjà été examinée d’un point de vue administratif au Conseil d’État. En août dernier, la juridiction a rejeté un recours déposé par le Tahoeraa Édouard Fritch. Le représentant orange demandait de déclarer Michel Yip démissionnaire d’office de son mandat de représentant à l’assemblée de la Polynésie au motif qu’il avait recruté sa compagne. Lors de l’audience en juin dernier, le rapporteur public avait estimé que chaque représentant dispose d’un crédit mensuel pour recruter. Selon lui, c’est donc le représentant qui est l’employeur et non la collectivité. Dès lors, il peut choisir qui il veut. La justice doit maintenant examiner si, sur le plan pénal, il y a eu ou non prise illégale d’intérêts et détournement de fonds public.
Interrogé en juin dernier par Les Nouvelles, Michel Yip avait défendu l’embauche de sa femme. “Bien sûr que j’ai le droit de le faire. Il y a une loi qui a été votée à l’assemblée qui le dit. Dans mon cas, je ne suis pas le seul à avoir embauché quelqu’un de la famille, il y en a beaucoup”, soulignait-il. “On m’avait remis à un certain moment une liste. Il y a plus de la moitié qui avait embauché leur propre famille à l’assemblée.”
MT
DÉCRYPTAGE
- Quand Michel Yip a-t-il été président de la commission permanente ? Il a été président de la commission permanente entre le 1er avril 2008 et le 16 avril 2009.
- Quelles sont les compétences de la commission permanente ? La commission permanente se réunit entre les sessions. Elle règle par ses délibérations les affaires qui lui ont été renvoyées par l’assemblée de la Polynésie ou qui lui sont adressées directement par le gouvernement en cas d’urgence. Elle peut également émettre des avis et adopter des résolutions.
Zoom
L’homme cerné de recours
Michel Yip, c’est un peu le recordman toutes catégories de recours formés à son encontre auprès du Conseil d’État. L’un d’entre eux a reposé justement sur l’embauche de sa femme en tant que directrice de cabinet alors qu’il était président de la commission permanente. D’autres ont porté sur sa participation au vote du Droit spécifique sur les perles exportées (DSPE) l’an dernier. Le dernier date de la fin de la semaine dernière. Dans notre édition de lundi, Tony Géros, représentant UDSP, annonçait avoir “déposé un recours au Conseil d’État pour déclarer démissionnaire Michel Yip du fait qu’à deux reprises il a pris part à la décision qui a porté sur deux lois du Pays qui ont été annulées”. En effet, par deux fois, la juridiction administrative a annulé le vote de la suspension du DSPE au motif que le représentant avait des intérêts dans l’industrie perlière. Le filon pour mettre à profit cette décision pour obtenir la démission d’office de Michel Yip de l’assemblée n’est pas passé inaperçu. Il y a quelques mois, le Tahoeraa avait déposé un recours dans ce sens avant de le retirer finalement en septembre dernier. Les alliances politiques ont fait tourner le vent. Alors que la majorité est très fragile, le fauteuil de Michel Yip est très convoité. C’est désormais l’opposition UDSP qui a pris la main. Le représentant à l’assemblée, élu sur la liste UPLD, siège aujourd’hui dans le groupe Te Natira’a au sein de la majorité.
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