HADDAD-FLOSSE. Dans “système Flosse”, il y a “système” et il y a “Flosse”. La nébuleuse orange, le système clientéliste à tous les étages, a été démantelé par la chambre territoriale des comptes. Le judiciaire va plus loin aujourd’hui, en mettant en évidence les intérêts beaucoup plus personnels de l’ancien président tout puissant de la Polynésie. Des auditions et perquisitions sur l’affaire Haddad, il ressort aujourd’hui que le patron du groupe 2H a versé, de 1993 à 2005, pas moins de 145 millions de Fcfp de pots de vin à Gaston Flosse. Et c’est la secrétaire très particulière de ce dernier, Melba Ortas, qui était chargée du transport régulier des enveloppes. La justice transmettra au garde des Sceaux la demande de levée de l’immunité parlementaire du sénateur Flosse en début de semaine prochaine.
L’ESSENTIEL
- Les auditions et perquisitions dans l’affaire Haddad ont permis de mettre à jour un véritable réseau parallèle de financement régulier de l’ancien président de la Polynésie
- Le parquet général de Papeete transmettra une demande de levée de l’immunité parlementaire du sénateur Flosse à la ministre de la Justice en ce début de semaine
- Une enquête est par ailleurs en cours à Paris, sur le rachat par Gaston Flosse de son hôtel particulier à une filiale du groupe Suez-Lyonnaise des Eaux, actionnaire majoritaire d’EDT, et anciennement dirigé par Jérôme Monot, un très proche de Jacques Chirac
- Rappelons que toute personne est présumée innocente tant que la juridiction compétente ne l’a pas jugée coupable des faits qui lui sont reprochés
145 millions de Fcfp. C’est le m o n t a n t total, astronomique, des enveloppes transmises durant 12 années, de 1993 à 2005, par Hubert Haddad à Gaston Flosse. Sa secrétaire très particulière, Melba Ortas, n’a pu que confirmer au juge Stelmach ce que les précédentes auditions et les perquisitions avaient mis en évidence : son rôle régulier de “porteuse d’enveloppes” pleine de grosses coupures en liquide, à l’ancien tout puissant président de la Polynésie. Car le système était méthodique, organisé, régulier.Melba Ortas n’était finalement chargée que de relever périodiquement les compteurs au profit de son patron. Hubert Haddad n’hésitait pas non plus d’ailleurs à graisser au passage les “petites pattes”, histoire de faciliter les signatures de contrat. Ainsi l’ancien ministre de l’OPT et shérif de Mahina, Émile Vernaudon, a-til pu déposer en liquide sur un compte à la Socredo dans le cadre de cette affaire des annuaires, pas moins de 13 millions de Fcfp. L’ancien PCA de l’Office, Alphonse Teriierooiterai a aussi pu profiter de la manne, à un “moindre” niveau : 7 millions de Fcfp. Quant à Geffry Salmon, ce n’est pas au titre de l’OPT, mais en sa qualité de président d’Air Tahiti Nui qu’il a bénéficié des largesses du patron du groupe 2H, bien décidé à obtenir en 2007 et 2008 les quatre contrats relatifs à la publicité de la compagnie aérienne sur TNTV, le magazine de bord Reva Magazine, le sponsoring de l’élection de Miss Tahiti, et les publicités réalisées dans les annuaires et sur des radios en Afrique et en Asie. Un vrai marché porteur, l’Afrique, pour Air Tahiti Nui ! Et 2,6 millions de Fcfp pour Geffry Salmon. Manifestement, Hubert Haddad était en tout cas plus rapide à dégainer des enveloppes de billets pour les “hommes qui comptent”, que de régler les factures dues aux organismes dont ils avaient la charge. Dans l’affaire des annuaires de l’OPT, qui s’étend de 2001 à 2007, il est désormais connu que le préjudice estimé par la justice pour l’Office se monte aux environs de 800millions de Fcfp. Cemontant total inclut notamment les 436millions de Fcfp que la société Yellow on line, filiale du groupe 2H, dirigée alors par Michel Yonker, lui aussi en détention provisoire à Nuutania dans cette affaire, doit encore rembourser à l’OPT au titre de la régie des annuaires, mais aussi les 335millions de Fcfp de la vente de l’immeuble Shangrila. La chambre territoriale des comptes avait d’ailleurs déjà soulevé dans son rapport, à propos de cette vente : “Ainsi, le 17 mars 2004, alors même que le groupe Haddad accusait un retard de reversement pour une somme supérieure à 200 millions de Fcfp au titre des annuaires 2002 et 2003 qui ne peut, en raison de sa nature, en aucun cas être compensée, l’OPT décidait de racheter sans hésiter, pour 335 millions de Fcfp, l’immeuble Shangrila, propriété de la SCI FSJHMC, gérée par M. Hubert Haddad. Le lendemain, l’OPT accordait un échéancier de règlement de la dette qui ne sera d’ailleurs pas honorée.”

Gros arrangements entre amis, encore… Avec Hubert Haddad, ils sont déjà cinq en détention provisoire à Nuutania (Geffry Salmon, Alphonse Teriierooiterai, Michel Yonker et Melba Ortas), et deux sous le coup d’une mise en examen sous contrôle judiciaire (Émile Vernaudon et Simon Bénichou). Mais cette fois, l’affaire va beaucoup plus loin qu’un simple arrangement entre amis. La mise à jour d’un système bien huilé de versement périodique de pots de vin directement à Gaston Flosse, par l’intermédiaire de Melba Ortas d’une part, mais aussi de Michel Yonker de l’autre, relève du véritable réseau de financement parallèle. Qui interroge sur son ampleur et sa véritable portée. Ils ne sont que deux à pouvoir renseigner la justice sur ce système de financement : Hubert Haddad lui-même, qui pour l’instant reste muet comme une carpe, et Gaston Flosse, qui pour l’instant reste protégé par son immunité parlementaire. La demande de levée de cette immunité va être transmise en début de semaine prochaine par le parquet général de Papeete à la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, comme le prévoit la loi. C’est à la ministre ensuite de transmettre la demande au président du Sénat, Gérard Larcher. Après la décision du bureau du Sénat d’autoriser ou non la levée de l’immunité parlementaire, le duo de choc Stelmach-Redonnet pourra poursuivre son instruction et entendre Gaston Flosse dans ce dossier. Si la levée de l’immunité parlementaire n’est pas autorisée par le Sénat, les juges ne pourront aller plus loin que la seule mise en examen, sans mesures coercitives. Si l’autorisation de levée de l’immunité est donnée, Gaston Flosse redevient un justiciable comme les autres, et les juges pourront décider de mesures coercitives : à savoir la garde à vue, le placement sous contrôle judiciaire, voire le placement en détention provisoire. Un Hubert Haddad muet à Nuutania. Et un Gaston Flosse qui, dès jeudi, adressait un message plus que subliminal à Paris : “Si Paris dit : “il faut le tuer”…ils vont le tuer”.Message personnel à ceux qui pourraient avoir tout intérêt aussi à ce que Flosse reste muet. Une forme de “sauve-qui-peut”. Mais qui peut encore. Que reste-t-il de la puissance des réseaux chiraquiens ?
Muriel Pontarollo
Les “petites mains” servies aussi
- HUBERT HADDAD savait se montrer reconnaissant des “services rendus”, y compris par les “petites mains”… Tout est relatif.
- ÉMILE VERNAUDON, ancien ministre de l’OPT : 13 millions de Fcfp déposés en liquide sur un compte Socredo.
- ALPHONSE TERIIEROOITERAI, ancien PCA de l’OPT : a touché 7 millions de Fcfp.
- GEFFRY SALMON, ancien PCA de l’OPT et d’ATN : a touché 2,6 millions de Fcfp. Le groupe 2H de Tahiti à l’Afrique
Le groupe 2H de Tahiti à l’Afrique
Le groupe 2H, présidé par son fondateur Hubert Haddad, règne sur un petit empire de communication, de Tahiti à l’Afrique, en passant par l’Asie, composé de multiples sociétés : Africaphonebooks, Africaphonebooks T.V, Amypol, Asiaphonebooks, Global Super Pages, Affichage de Tahiti Nui, Novavision, Oba Pub, Pacific Millenium, Publipacific, sans oublier bien sûr miss Tahiti.
Zoom
Levée d’immunité, comment ça marche
Comme Les Nouvelles l’expliquaient hier, la levée d’immunité parlementaire est régie par la loi N° 96-62 du 29 janvier 1996 : “L’arrestation ou toute autre mesure privative ou restrictive de liberté susceptible d’être décidée à l’encontre d’un membre du Parlement fait, à peine de nullité, l’objet d’une demande d’autorisation formulée par le Procureur général près la Cour d’appel compétente et transmise par le garde des Sceaux, ministre de la Justice, au président de l’assemblée intéressée. Cette demande indique précisément les mesures envisagées ainsi que les motifs invoqués.” C’est le juge d’instruction qui formule cette demande de main levée d’immunité parlementaire. Il l’a transmet ensuite au procureur général près la cour d’appel de Papeete, en charge de la transmettre à son tour au garde des Sceaux. Le ministre de la Justice transmet à son tour au Président du Sénat. Il appartient dès lors à ce dernier de réunir le bureau du Sénat pour décider d’autoriser ou non la levée de l’immunité parlementaire du sénateur. L’autorisation donnée par le bureau du Sénat ne vaut que pour les faits mentionnés dans la demande d’autorisation.
Les juges conservent ensuite la liberté de qualifier ces faits. Une fois que cette demande est formulée, le bureau du Sénat n’est tenu à aucun délai pour se prononcer. La décision peut être rendue plus ou moins rapidement “selon la pertinence des arguments présentés”. Les décisions du bureau sont notifiées au garde des Sceaux et au sénateur visé par la demande. Elles font l’objet d’une insertion au Journal officiel de la République française.
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alors les Haddad fetii, on ne la ramène plus sur ce coup-là ????
On attend vos posts avec impatience...