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Mar
11
2010
Plus d’une personne sur quatre PDF Imprimer Email
Fenua - Economie

ÉTUDE. Plus d'un quart de la population des îles du Vent (27,6%) vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette situation s'explique en partie par la faible importance des transferts sociaux. L'étude sur la pauvreté aux îles du Vent présentée hier met en avant de fortes inégalités de revenus comparables aux pays d'Amérique du Sud. L'instabilité des revenus, le stress financier et l'absence de perspectives d'amélioration affectent aussi le bien-être des ménages, particulièrement les plus pauvres, indiquent les deux chercheurs qui ont réalisé cette étude. C'est la première enquête réalisée au fenua qui permet d'identifier le taux de pauvreté et ses causes.

Une personne sur quatre en dessous du seuil de pauvreté

Les résultats de l'étude de ECVPF-2009 (Enquête sur les conditions de vie en Polynésie française) indiquent que 19,7% des ménages des îles du Vent, soit 27,6% de la population, ont un revenu qui se trouve en dessous du seuil de pauvreté monétaire relatif de 2009. Ce seuil de pauvreté est fixé à 48 692 Fcfp par mois et par unité de consommation. Pour calculer ce que cela représente par ménage, il faut savoir que le premier adulte du ménage représente une unité de consommation, le second adulte 0,7 et un enfant représente 0,5 unité de consommation. Selon Sébastien Merceron, de l'Insee, “ce résultat est en hausse par rapport à celui fourni par l'enquête sur les budgets des familles de 2001 : 18% des ménages des îles du Vent se trouvaient en situation de pauvreté monétaire relative”. Pour pouvoir effectuer une comparaison, les chercheurs ont décidé de prendre le seuil de pauvreté monétaire ancré à son niveau de 2001 (corrigé de l’inflation). Avec cette mesure, l’incidence de la pauvreté est de 32% des ménages en 2009. “C'est le signe qu'une dégradation s'est opérée, concomitante avec le ralentissement de l'activité économique générale”.

Une inégalité très forte entre les ménages

L'inégalité des revenus entre les ménages est très forte. 20%des ménages les plus riches captent presque la moitié des revenus totaux des ménages (47%) tandis que 20% des ménages les plus pauvres en reçoivent à peine 6%. De manière claire, cela signifie que “si on était à table, deux des dix invités mangeraient presque la moitié du gâteau”, décrit Javier Herrada, directeur de recherche à l'IRD (Institut de recherche pour le développement). Ces inégalités sont très importantes. Elles sont comparables à celles des pays en Amérique du Sud. L'indice de Gini, qui mesure les inégalités, est de 0,40 en Polynésie française (0 signifie l'égalité parfaite = tout le monde a le même revenu et 1 signifie l'inégalité totale = une personne a tout le revenu, les autres n'ont rien). “Il est à un niveau proche des pays latino-américains et très au-dessus de celui de la France métropolitaine (0,29)”, ajoute Javier Herrera. Les deux chercheurs mettent en avant “l'absence des mécanismes compensatoires ou redistributifs opérant à travers les prestations familiales et la fiscalité directe sur les revenus” pour expliquer ces disparités. Ils soulignent ainsi que “les allocations publiques et les aides sociales comptent pour moins de 10% des revenus des 10% des ménages les plus pauvres”. Alors qu'en France métropolitaine, les prestations sociales représentent 35% des revenus des 10% de la population qui gagne le moins.

Pourtant, réduire ces disparités est loin d'être utopique d'après l'étude. “On a estimé qu'il faudrait transférer 4,3% de l'ensemble des revenus des ménages non pauvres vers les ménages pauvres pour permettre à ces derniers d’atteindre le seuil de pauvreté”, précise Javier Herrada.

Le niveau d'éducation, la clé de la pauvreté

L'éducation est la clé de la pauvreté. C'est le déterminant le plus significatif de la pauvreté, qu'elle soit monétaire ou en conditions de vie. Chaque niveau supplémentaire d’éducation atteint réduit de moitié le risque de pauvreté monétaire. L'étude indique qu'avoir le baccalauréat divise par deux le risque de pauvreté par rapport au primaire, mais il reste sept fois supérieur par rapport à ceux qui font des études supérieures. À éducation égale, le chômage est un facteur aggravant car il accroît le risque de pauvreté de 40% par rapport à un actif occupé. Une fois considérées les différences dans les niveaux d’éducation, ni la religion ni le sentiment d’appartenance ethnique n’ont eux un impact statistiquement significatif sur le risque de pauvreté. Les ménages unipersonnels présentent un plus fort risque de pauvreté par rapport aux autres types de ménage. Les deux chercheurs ont interrogé les 1 000 ménages sur les aspects de la pauvreté selon eux. Les deux chercheurs ont été frappés de constater “que l'éducation reste assez peu évoquée alors que c'est le principal facteur de risque de pauvreté dans ses différentes dimensions”. Pour expliquer cette faible prise de conscience, ils évoquent les liens indirects (à travers le marché du travail) ou différés (les bénéfices se font sentir pour la génération suivante) entre éducation et revenus.

Quand les chercheurs ont demandé aux ménages de définir la pauvreté, plusieurs dimensions de la pauvreté ont été évoquées et pas seulement celle de la seule privation de ressources pour “manger à sa faim”, même si celle-ci occupe la première place. “Pour les 20% les plus pauvres et pour les moins qualifiés, l’absence de perspectives d’amélioration constitue une dimension cruciale de la pauvreté, alors que pour les 20% les plus riches et pour les plus éduqués, c’est la qualité du logement qui compte”, observe Javier Herrada. La qualité de l'environnement est aussi reconnue unanimement par la population polynésienne comme un besoin essentiel, c'est cependant celui pour lequel ils se déclarent le moins satisfaits.

Les revenus des pauvres se sont dégradés depuis un an

Les ménages ont aussi été interrogés sur l'évolution depuis un an de leur propre revenu puis sur la perception qu'ils ont de l'évolution des revenus pour l'ensemble de la Polynésie française. Les chercheurs ont alors constaté des divergences entre les deux points de vue. “D'un côté, 26% des ménages estiment que leurs revenus ont augmenté tandis que 19,6% pensent le contraire : ce qui conduit donc à un solde d'opinions globalement positif de 6,3% des ménages”, explique Sébastien Merceron. “Mais il est surtout intéressant de noter que le solde est négatif (-9,9%) pour les ménages pauvres et positif (+17,8%) pour les 20% les plus riches. Les revenus des pauvres se sont dégradés depuis un an tandis que ceux des plus riches se sont améliorés : les inégalités se seraient ainsi accrues au cours de l'année précédant l'enquête”.

“La perception est en revanche unanimement plus sombre concernant l'évolution des revenus de l'ensemble de la Polynésie : la grande majorité estime que la situation du Pays s'est dégradée. Le solde d'opinions est largement négatif, à –68,1%”, poursuit le chercheur. Un ménage sur cinq (21,6%) pense qu'il est dans une situation de stress financier. Cela signifie que ce ménage est sur le fil du rasoir et que si la situation s'aggrave, il peut passer sous le seuil de pauvreté. Près de la moitié (42,1%) arrive tout juste à équilibrer ses revenus et ses dépenses, tandis que 13,5% doivent puiser dans leurs réserves.

“Les allocations et aides sociales sont reçues par des ménages non pauvres”

“La faiblesse des prestations ainsi que l'importance des revenus de l'activité (77,5%du total des revenus du ménage) font que les ménages, particulièrement les plus pauvres, sont fortement exposés à la conjoncture économique et en particulier à celle du marché du travail”, selon l'étude. “Par ailleurs, les trois quarts des allocations et aides sociales sont reçus par des ménages non pauvres. Il y a donc une marge importante pour l'intensification de la politique sociale et pour l'amélioration de son ciblage vers les populations les plus pauvres”.

Les ménages, particulièrement ceux du bas de l'échelle des revenus et ceux qui ne sont pas protégés par un statut de salarié, souffrent de l'instabilité de leurs revenus. Ainsi, près de la moitié des ménages considère que leurs revenus sont instables, voire “très instables” pour 22%, indique l'étude. Les ménages les plus pauvres sont les victimes les plus importantes de cette instabilité car l'incidence de l'instabilité touche près des trois quarts d'entre eux (et 50% de manière sévère). Cette instabilité est très marquée dans le cas des travailleurs indépendants et des chômeurs. “Ayant de plus faibles revenus, l'instabilité aura des conséquences plus dramatiques car l'absence de moyens financiers ne leur permet pas d'atténuer les chocs sur la consommation”, soulignent les chercheurs. “L'instabilité touchant de manière massive le même groupe social, elle limite de plus tout potentiel d'entraide afin de couvrir les risques”. Une personne sur quatre (24%) estime d'ailleurs ne pas pouvoir compter sur la solidarité privée, familiale ou associative en cas de difficultés.

Enfin, lorsqu'on interroge les ménages à propos de leurs perspectives d'avenir, une très faible proportion (11,4%) des ménages pauvres s'attendent à une amélioration de leurs revenus avant un an alors qu'un ménage sur quatre parmi les 20% les plus riches pense que ses revenus vont s'améliorer avant un an. Les ménages anticipent donc un accroissement des inégalités et par conséquent de la pauvreté monétaire relative.

 

Zoom

1 000 ménages passés à la loupe

L'étude sur la pauvreté des ménages aux îles du Vent présentée hier au public au CESC permet d'enfin évaluer les conditions de vie des ménages. Jusqu'ici, ces données étaient très minimes. Cette étude a été réalisée par Javier Herrera et Sébastien Merceron. Le premier est directeur de recherche à l'IRD et appartient à l'unité mixte de recherche DIAL (IRD et Université Paris-Dauphine). Le second est attaché principal à l'Insee, en charge des enquêtes pauvreté et conditions de vie, détaché auprès de DIAL. Cette enquête a été réalisée en août 2009 par la TNSSofres avec l'appui technique de l'Institut de la statistique de la Polynésie française et un financement de l'Agence française de développement auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 ménages. Les chercheurs ont expliqué hier que pour des contraintes de coûts, l'enquête a concerné uniquement la population des îles du Vent, où résident les trois quarts de la population de Polynésie française. La spécificité de cette enquête réside notamment sur le fait qu'elle ne porte pas seulement sur la pauvreté monétaire, mais aussi sur les dimensions non monétaires ainsi que divers aspects de la pauvreté perçus par la population.

“L'apport de cette enquête est, dans la lignée des recommandations de la Commission Stiglitz-Fitoussi- Sen (décembre 2009), de permettre l'analyse simultanée des différentes dimensions de la pauvreté et de la qualité”, ont souligné les deux chercheurs. “Elle permet d'examiner les profils et les déterminants de la pauvreté dans chacune de ses dimensions tenant compte des différentes caractéristiques de la population (niveau d'éducation, insertion sur le marché du travail, diversité culturelle et origines de la population, etc.)”. Les deux chercheurs ont présenté un rapport intermédiaire de leur étude. La totalité de leurs recherches sera publiée par le Cerom (Comptes économiques rapides pour l'Outre-mer) au cours du premier semestre de cette année.

 

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Commentaires (6)Add Comment
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Par Etn, mars 11, 2010
Félicitation, enfin, des chiffres à l'appui. Bravo pour le travail bien fait. Il serait plus intéressant de faire une synthèse ou un résumé pour simplifier tous ces chiffres. Or pour le lecteur non averti, c'est encore du charabia...
Par exemple: sur une population de X, A% de sous pauvre, B% sur la ligne de pauvreté, C% juste au dessus de la ligne, D% de stresse économique E% de non stresse économique et à l'échelle supérieure F% de privilégiés! Ce serait plus clair et plus accessible...
En parlant de % de ménage, il faut en moyenne entre 5-6 membres par ménage, à l'exception des ménages monoparentaux au moins 2-3 maxi ou plus!
En se référant aux données de ce rapport, il s'avère en général plus de 70% des ménages vivent de la catégorie des sous pauvres aux économiquement stressés...et le reste environ 20 à 30 % seraient des "privilégiés" économiquement parlant. Sur une population de 260.000, 182.000 seraient des économiquement stressés et 78.000 des non économiquement stressés...(le politiques, les fonctionnaires, commerçants, chefs d'entreprises etc.) C'est presque 1 pour 6 (1 privilégié pour 6 non privilégiés)
Quoique notre belle île offre une image paradisiaque, mais elle offre une autre image, la misère (enfer) au paradis!
Les politiques ont du travail sur la planche, pour relever le défi, tout au moins s'ils y songent ou prennent au sérieux ce rapport, on verra.
Bonne fin de semaine!
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Par TEIVATANE, mars 11, 2010
Il est toujours de mise dès qu'il faut trouver de l'argent à "redistribuer" de ponctionner les salariés. Et oui, il est tellement facile (nous ne pouvons rien cacher) de reparler d'impot sur le revenu et "faire oublier" les 50% de richesse détenue par 20% de la population (ou devrais je dire les 200 à 300 familles bien connues...).
Je suis persuadé que si l'on veut redonner un peu de pouvoir d'achat aux plus déshérités, il faut passer par un RMI (et non des allocations chomage, encore prélevées sur le salaire). Ce RMI local de quelques dizaines de milliers de francs, pourrait être financé par les plus aisés, à travers un impot sur les signes extérieurs de richesse, et surtout sur des biens un peu plus camouflés.
Un contrôle des prix et un plafonnement des loyers pourraient également être instaurés.
La baisse de la Tva ne pourra être significative qu'avec une baisse drastique des dépenses publiques et des sur salaires des fonctionnaires.
L'ensemble contribuera à relancer la consommation....
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Par TEIVATANE, mars 11, 2010
Il est toujours de mise dès qu'il faut trouver de l'argent à "redistribuer" de ponctionner les salariés. Et oui, il est tellement facile (nous ne pouvons rien cacher) de reparler d'impot sur le revenu et "faire oublier" les 50% de richesse détenue par 20% de la population (ou devrais je dire les 200 à 300 familles bien connues...).
Je suis persuadé que si l'on veut redonner un peu de pouvoir d'achat aux plus déshérités, il faut passer par un RMI (et non des allocations chomage, encore prélevées sur le salaire). Ce RMI local de quelques dizaines de milliers de francs, pourrait être financé par les plus aisés, à travers un impot sur les signes extérieurs de richesse, et surtout sur des biens un peu plus camouflés.
Un contrôle des prix et un plafonnement des loyers pourraient également être instaurés.
La baisse de la Tva ne pourra être significative qu'avec une baisse drastique des dépenses publiques et des sur salaires des fonctionnaires....
L'ensemble contribuera à relancer la consommation...
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Par BOB, mars 12, 2010
Heureusement qu'on ne parle pas de pauvreté intellectuelle.
Ça ne serait pas 27% mais au moins 75%.

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Par guys, mars 12, 2010
@ BOB

En ce qui te concerne, la pauvreté intellectuelle, est telle, que tu n'est même pas capable de t'exprimer en donnant un avis, c'est du 100 %
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Par BOB, mars 13, 2010
@Guys

On écrit : "... tu n'es même ..."

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