ÉDITO. Les co-présidents du Conseil des professionnels de l’hôtellerie s’expriment dans la Lettre des employeurs du mois de mars. Ils y lancent “un nouvel appel désespéré aux hommes politiques” et dressent la liste des “responsables”
L’édito de la lettre du CEPF du mois de mars est salé. Les trois co-présidents du Conseil des professionnels de l’hôtellerie (CPH) ont proposé leur diatribe au CEPF. C’était le moment, vu l’actualité. Devant l’état du secteur touristique, les hôteliers font les comptes et s’interrogent : “La Polynésie est-elle vraiment prête à développer son tourisme ?”. Un secteur qui s’effondre depuis quelques années. Les premiers responsables : euxmêmes, estimant avoir été “trop naïfs”. Viennent ensuite les politiques, “responsables de l’instabilité”, coupables de frilosité et d’inconscience. La société civile en prend aussi pour son grade, car elle “ne réalise pas l’intérêt économique, social et culturel du développement du tourisme, ni les répercussions de son effondrement”. Bref, y’en a marre !
Le Hilton ferme. C’est la nouvelle qui a commencé à chauffer les professionnels. “Tout le monde semble s’étonner”, s’exclament-ils. Il est vrai que les taux de remplissage des établissements n’ont cessé de baisser. 131 salariés vont se retrouver dans quelques jours sans emploi avec de faible perspective de reclassement, étant donné l’état du secteur. Les coupables ? Les politiques, responsables d’avoir laissé les projets hôteliers semultiplier “alors que les rentabilités financières des établissements existant étaient déjà en dessous des normes internationales”. Responsables aussi de “ne pas avoir su utiliser l’outil fabuleux de la défiscalisation”.
Les chiffres de l’ISPF. Il y avait 218 000 visiteurs en 2007, ils ne sont plus que 160 000 en 2009. Soit moins 26,6% de touristes en deux ans. Le chiffre d’affaires des hôtels et des établissements d’hébergement en général recule. “On a terminé l’année dernière en retrait de près de 25% sur le chiffre d’affaires 2008, sur l’ensemble des hôtels. 2008 qui était déjà en retrait par rapport à 2007”, avait affirmé Jean-MarcMocellin, l’un des co-présidents du CPH, au mois de février. Les coupables ? Les politiques et leur instabilité qui “a empêché la mise en place d’une vision collective de développement touristique”.
Le calendrier scolaire. Comme un coup de grâce, alors que l’ISPF vient de sortir son tableau de bord du tourisme pour l’année 2009, le calendrier scolaire 2010-2011 est publié. Et oh, mauvaise surprise, comme chaque année, la rentrée est en plein mois d’août. De quoi remplir les avions des locaux qui rentrent de vacances, sans laisser la place aux touristes potentiels. De quoi donc donner le dernier coup de massue sur la tête déjà accablée des hôteliers. Les coupables ? La société civile qui “continue à travailler et à vivre sans tenir compte” du développement du tourisme. Le tourisme, première ressource propre de la Polynésie française, traverse une profonde crise. Les hôteliers, qui n’ont cessé d’alerter les politiques ces dernières années, lancent un “nouvel appel désespéré” et les encouragent encore “à partager rapidement et ensemble une vision politique et économique du développement touristique”. Et pendant ce tempslà, le GIE se cherche un nouveau directeur… Effectivement, la question se pose. Et la Polynésie ne semble pas vraiment prête à développer son tourisme.
LR
“L’heure des comptes pour le tourisme polynésien”
Voici leur édito, en intégralité, qu'ils publient pour la prochaine Lettre des employeurs :
“Il y a déjà dix mois, dans un édito de cette Lettre des employeurs, nous lancions un nouvel appel désespéré aux hommes politiques pour les encourager à partager rapidement et ensemble une vision politique et économique du développement touristique. Déjà dix mois et entre-temps, un énième changement de gouvernement, des assises de l’Outre-mer qui ont oublié de mettre le tourisme comme vecteur central du développement économique et de l’avenir sociétal de la Polynésie française, des intentions mais toujours aucune vision engagée. Aujourd’hui, l’annonce de la fermeture du Hilton Tahiti semble étonner tout le monde ! Pourtant, ce n’est pas le premier pilier du tourisme polynésien qui s’effondre. Ne serait-ce qu’au cours des douze derniers mois, le Club Med, pionnier de notre destination qui s’est même fortement inspiré de la joie de vivre en Polynésie, a définitivement disparu après plus de 40 ans de présence. L’hôtel Bora Bora, qui a véritablement mis Bora Bora sur la carte du monde, a également fermé pour des ‘rénovations’ qui restent tout à fait hypothétiques et on le comprend ! Devant ces tristes constats, les centaines d’emplois perdus et en réaction aux chiffres catastrophiques du tourisme de 2009, des voix s’élèvent pour pointer du doigt l’incompétence des professionnels du tourisme, des hôteliers et des personnes en charge de la promotion, jetant le discrédit sur l’ensemble d’une profession et de ses dirigeants. Une pratique facile voire irresponsable alors que les acteurs du tourisme se battent tous les jours pour maintenir leur exploitation hors de l’eau, qu’ils essaient d’attirer en permanence de nouveaux clients à travers le monde et qu’ils s’évertuent à encourager les jeunes vers les métiers du tourisme, secteur rempli d’opportunités professionnelles à la portée des Polynésiens.
Par contre, si nous tenons à trouver les responsables, la liste risque d’être longue. Nous, les dirigeants impliqués directement ou indirectement dans le développement du tourisme, nous sommes responsables et surtout naïfs d’avoir cru qu’il existait une réelle volonté de mettre le tourisme au centre du développement économique polynésien. Responsables de n’avoir pas suffisamment fédéré, sensibilisé ou bousculé la Polynésie autour de ce même objectif. Responsables d’être restés trop polis face aux décisions incohérentes qui sont des freins, qui aggravent ou encore qui ne servent pas le tourisme, seul espoir de développement économique durable de notre pays.
Les hommes politiques, et quelles que soient leurs couleurs, sont responsables de l’instabilité dans la gouvernance du Pays qui a empêché la mise en place d’une vision collective de développement touristique. Responsables de n’avoir pas montré une réelle volonté politique qui se serait traduite par des décisions courageuses en changeant certaines règles économiques, habitudes, avantages au profit du secteur touristique seul secteur potentiel de développement économique à grande échelle. Responsables de n’avoir pas réagi lorsque nous les avons alertés à plusieurs reprises et dès 2005 des dangers de multiplier les projets hôteliers alors que les rentabilités financières des établissements existant étaient déjà en dessous des normes internationales. Responsables de n’avoir pas su utiliser l’outil fabuleux de la défiscalisation comme outil de développement touristique à travers des aménagements et infrastructures pouvant aussi bénéficier à la population. Responsables de ne pas avoir de stratégie concernant la desserte aérienne et de changer la mission de la compagnie du Pays sans tenir compte des répercussions sur le monde du tourisme, d’affirmer que les taux d’occupation des avions ont progressé en 2009 en oubliant de dire que le nombre de vols a baissé de 20% au cours de la même période. Responsables de ne pas intervenir pour inciter à un aménagement rapide de Papeete avec des zones de distraction, d’animation de jour comme de nuit en toute sécurité, etc.
Responsable l’est également la société civile, le monde économique, la population qui ne réalise pas l’intérêt économique, social et culturel du développement du tourisme ni les répercussions de son effondrement. Chacun continue à travailler et vivre sans en tenir vraiment compte. On continue d’avoir un calendrier scolaire qui est en conflit avec le calendrier touristique et les intérêts des enfants (qui étudient en pleine chaleur) parce que cela arrange certains parents et enseignants de rentrer en été en métropole. On n’ose pas ouvrir un casino dont l’accès pourrait être bien maîtrisé alors que des jeux se pratiquent de manière clandestine dans les coins sombres de Papeete ou à l’épicerie du quartier de peur de se confronter à la religion, etc. Ainsi, nous sommes tous responsables et cela amène malheureusement la question de savoir : ‘mais, la Polynésie est-elle vraiment prête à développer son tourisme ?’ Donc arrêtons de chercher des boucs émissaires et si la réponse à la question est oui, alors travaillons effectivement sur les solutions et les obstacles qui ont été maintes fois mis en exergue dans les nombreux rapports générés depuis ces dernières années.”
Jean-Marc Mocellin, Dominique Michaud, Marc Reissinger, co-présidents du CPH
HILTON TAHITI
235 millions d’indemnités et des reclassements
Les négociations se poursuivent au Hilton Tahiti, et toujours pas de nouvelles du côté de la direction concernant le devenir de l’hôtel. Selon Yves Laugrost de A Tia i Mua, un montage différent a été proposé à la direction par les syndicats. “On accepte de baisser le bonus de 100 millions à 80. Et la direction pourra déduire de cette enveloppe supplémentaire toutes les personnes qu’elle aura réussi à reclasser dans un délai de deux mois”. La direction, qui a proposé une enveloppe de 155 millions de Fcfp jugée insuffisante par les syndicats, pourrait accepter de payer 235 millions comme indemnités de licenciement, avec la possibilité d’alléger l’enveloppe en fonction du nombre de salariés reclassés. Les négociations reprendront cet après-midi.
29 offres d’emploi auraient été recueillies par les responsables syndicaux, ce qui est encourageant mais loin d’être suffisant. Une réunion, concernant la proposition du gouvernement d’accompagner les salariés sur les six prochains mois, devait se tenir aujourd’hui entre les syndicats et Lana Tetuanui, la ministre du Travail et de l’Emploi, mais elle a été reportée à une date inconnue. Quant à une reprise de l’exploitation hôtelière qui offrirait à l’ensemble du personnel une possibilité d’être récupéré, aucune information ne filtre. Louis Wane, propriétaire de l’établissement, a juste précisé à Steeve Hamblin, ministre du Tourisme, qu’il allait “entamer des discussions avec d’éventuels repreneurs”.
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Mais pourquoi les groupes hôteliers s'entêtent-ils à vouloir faire à tous prix le bonheur de la Polynésie en développant le tourisme ? Ils devraient tous fermer pour un ou 2 ans, histoire de tout remettre à plat.....
Mais la vraie question qu'il faut se poser et peut-être poser à la population est la suivante : "Voulez vous du tourisme et des touristes en Polynésie Française avec tous les avantages et les inconvénients que cela peut rapporter ?"
J'Ai bien peur de connaître la réponse......