INTERNET ET TÉLÉPHONIE. Deux nouveaux opérateurs viennent de se voir accorder leur licence. Viti pour la fourniture d’accès internet, et Digicel dans la télécommunication mobile. Une charte et une autorité de régulation de la concurrence sont en chantier.
Deux nouveaux opérateurs font leur entrée sur le marché polynésien. Digicel (représentée par l’actionnaire Gilbert Wane sur le plan local) s’est vue octroyer par le conseil des ministres mercredi, la licence d’opérateur que la société peinait à obtenir depuis plusieurs mois dans le domaine des télécommunications mobiles. Moins attendue, la société Viti a également décroché le sésame de la licence d’opérateur, mais pour la fourniture d’accès internet. Alors que Tikiphone, la société filiale de l’OPT en matière de téléphonie mobile, voit s’engager, après Mara Télécom et Pacific Mobile Telecom, un troisième concurrent dans la course aux mobiles avec Digicel, Mana, la filiale de l’OPT pour la founiture d’internet, voit enfin, son monopole remis en question avec l’arrivée de Viti.
Viti, une société 100% locale. Il s’agit d’une société par actions simplifiée, créée en septembre 2009 et financée à 100% par des actionnaires polynésiens. C’està- dire par Marc Collins (ancien ministre du Tourisme d’Oscar Temaru) et la famille Nouveau qui détient la société Interoute. “Nous sommes un groupe de travaux publics qui a subi le contrecoup de l’instabilité politique. Nous avions donc investi en Nouvelle-Calédonie et nous avons rapatrié les fruits de cet investissement pour créer Viti”, expliquait hier Heirangi Nouveau. La société se positionnerait sur la technologie sans fil et annonce déjà des baisses de tarifs. “Sinon, ce n’est même pas la peine de se lancer,” commentait hier son directeur général Marc Collins. Pour pouvoir s’implanter dans le marché polynésien, la société devra s’acquitter d’un billet d’entrée de 660 millions de Fcfp, sans compter les investissements que Viti devra réaliser, qu’elle chiffre déjà “entre 9 et 10 milliards de Fcfp”. Mais le ticket d’entrée le plus cher, c’est Digicel qui devra le payer, soit 1,5 milliards de Fcfp (tarif pour les télécoms mobile). Viti table sur une trentaine de créations d’emploi et Digicel sur 110.
Avec les états généraux du numérique, tout va s’accélérer
Une charte et des états généraux. Teva Rohfritsch, le ministre en charge de l’Économie numérique a annoncé qu’il souhaitait réunir dès le mois de mars tous les opérateurs de télécommunication autour d’une table afin de rédiger une charte qui servira de base à une modification du code des télécommunications qui date de 2003, prévue avant la fin de l’année selon le ministre. Il s’agit de trouver un consensus sur des sujets comme la mutualisation des sites, c’est-à-dire, au lieu de multiplier le nombre d’antennes, les opérateurs en partagent l’usage ; la couverture géographique; et enfin, la création d’un organisme de régulation de la concurrence. Teva Rohfritsch part ce soir à Paris où il doit rencontrer Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État au développement numérique pour évoquer les états généraux du numérique qu’il souhaite lancer en Polynésie fin mars si possible, afin d’anticiper l’arrivée du câble qui serait opérationnel à partir du mois de juillet. Le câble qui coûte cher à l’OPT. 80% des 9,5 milliards de Fcfp investis pour faire, non pas sortir mais entrer dans la terre le câble d’Honotua, a été dépensé par l’OPT. Et comble de l’ironie, l’arrivée de ce câble a rendu indispensable l’ouverture à la concurrence en matière de télécomunications selon Teva Rohfritsch qui explique : “Un gros câble avec un filet d’eau à l’intérieur, ça ne sert à rien.” En gros, l’OPT a financé le contenant, maintenant, elle doit faire de la place à la concurrence car elle ne pourra pas à elle seule assurer le contenu. Quid de l’avenir de l’OPT et de ses filiales Tikiphone et Mana ? Les structures doivent évoluer répond le ministre qui souligne qu’il a déjà modifié la gouvernance et qui confie que la privatisation fait partie des axes de réflexion possibles. Mais il ne s’agit pas de mettre la charrue avant les boeufs. Pour l’instant, les différents opérateurs n’en sont qu’au stade de la licence, ils n’ont même pas payé leur ticket d’entrée (paiement au moment de l’attribution des fréquences) et peuvent se retirer à tout moment.
CV
Teva Rohfritsch, ministre de l’Économie numérique
Pourquoi souhaitez-vous instaurer une nouvelle charte des télécommunications ?
“Parce qu’on s’est engagé à ouvrir le marché des télécoms à la concurrence mais il ne faut pas ouvrir sans l’organiser. Je souhaite réunir tous les opérateurs autour d’une table ronde dans le cadre des états généraux du numérique pour qu’on se mette d’accord sur l’organisation et la régulation de la concurrence, les bonnes pratiques, la qualité des services, la couverture géographique pour que les mêmes règles soient appliquées pour tous.”
Jusqu’à quel point souhaitez-vous réguler ?
“Bien entendu, il ne s’agit pas d’une entente tarifaire, la concurrence devra jouer son rôle et c’est ce qu’attend la population. Par contre, il est important qu’on ne sacrifie pas ce que nous avons mis dans le service public : que les gens des îles puissent accéder au téléphone mobile et à internet, qu’il y ait une qualité de service globale correcte pour les Polynésiens. Nous allons essayer de trouver des terrains d’entente. Après il y a d’autres questions plus techniques : faut-il ou pas mutualiser les sites d’antennes ? Et comment à ce moment-là organiser cette mutualisation ? Comment utiliser, répartir Honotua qui va amener le très haut débit pour tous ? Plutôt que de le concevoir dans notre bureau, j’ai préféré mettre autour de la table les opérateurs, qu’on ait une discussion sérieuse entre professionnels. Ensuite le conseil des ministres arbitrera et cette charte de la concurrence aboutira à la modification du code des télécoms.”
Il s’agit d’un gros bouleversement pour l’OPT...
“J’ai tenu beaucoup de réunions avec les dirigeants de l’OPT, les dirigeants des filiales et j’ai réorganisé la gouvernance. Ils sont tous sur le terrain auprès de leurs équipes, pour s’adapter. Il y a des offres en préparation, ils ne vont pas en rester là, et ce sera bénéfique pour tout le monde.”
Propos recueillis par CV
MARC COLLINS Directeur général de Viti
“On va se battre entre gentlemen”
“On a fait une étude de marché qui montre très clairement que les gens veulent une baisse des tarifs. Nous aurons beaucoup d’offres innovantes mais il est vraiment trop tôt pour en parler. Nous allons jouer pleinement la concurrence avec Mana mais nous serons fair play, on va se battre entre gentlemen. Nous n’avons pas de calendrier pour le moment, il dépend vraiment du ministère car il nous manque encore des licences et il y a encore des négociations assez pointues avec l’OPT par rapport aux tarifs d’interconnexion. J’ai eu une réunion de deux heures avec l’OPT mercredi qui a affiché sa volonté de travailler avec nous pour avancer rapidement. Au minimum, je pense que Viti créera une trentaine d’emplois. L’actionnariat de Viti est 100% local (NDRL : Marc Collins et Interoute qui appartient à la famille Nouveau) et je suis content de ça.”
SANDIREN REDDI Juriste chez Digicel
“110 embauches directes”
“Il y aura une baisse des tarifs c’est sûr mais on ne peut pas dire de combien, cela dépend des négociations sur l’interconnexion et d’autres choses. Nous allons proposer beaucoup de services et de qualité. Comme a dit le ministre, avec un cadre pour la concurrence et une réglementation efficiente, les choses vont se faire en Polynésie. Nous avons prévu 110 embauches directes aussitôt que possible, c’est-à-dire dès qu’on aura toutes les autorisations, parce que nous avons encore des démarches administratives à conclure, mais je pense que cela va se faire très vite. Il y a une vraie volonté politique d’ouvrir le marché. Avec les états généraux du numérique qui vont se faire très vite, tout va s’accélérer. Nous n’avons pas encore de calendrier définitif mais ça va se faire très vite.”
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