AFFAIRE OPT. Les Nouvelles ont pu se procurer le réquisitoire du procureur de la République. Sur 40 pages, il détaille les “dépenses sans lien” avec l’OPT. “Le système de “guichet ouvert”” a profité à Émile Vernaudon pour couvrir ses “dépenses personnelles” et aussi celles de ses “fidèles” et de son “aventure amoureuse” avec Natacha Taurua. Billets d’avion, restaurants, locations d’hélicoptères, contrats de prestations de service de complaisance, bouteilles de vin… Tout était réglé par l’OPT.
L’ESSENTIEL
- En 2005, les frais de transport, de mission et de réception ont augmenté respectivement de 227%, 397%, et 276% par rapport à 2004
- Georges Puchon, Loïc Brigato, Yves Conroy, Nils Vernaudon et Patrick Bordet ont bénéficié de contrats de travail ou de prestations de service “sans justification des prestations rendues”
- Alphonse Teriierooiterai a activement participé, selon le procureur, à la réalisation de “faux documents” pour que ces dépenses soient prises en charge par l’OPT
- Rappelons que la présomption d’innocence s’impose tant que les personnes n’ont pas été jugées et condamnées par la juridiction compétente
Les dépenses “sans rapport avec l’objet social” de l’OPT ne manquent pas dans le réquisitoire du procureur de la République José Thorel sur l’affaire OPT. Celui-ci a rendu le 5 février dernier son réquisitoire de renvoi devant le tribunal correctionnel de 40 pages. Personne par personne, il détaille les faits reprochés à chacun des mis en examen. Il détaille ainsi comment Émile Vernaudon, ministre des Postes de juin à novembre 2004 puis de mars 2005 à avril 2006, avait mis en place, avec l’implication active d’Alphonse Teriierooiterai, un système de “guichet ouvert” à l’OPT, lui permettant de faire prendre en charge par l’Office des dépenses personnelles ou au profit de ses “fidèles”, par l’engagement de dépenses sans lien avec les besoins de l’OPT. Ces dérives avaient été pointées du doigt par la chambre territoriale des comptes (CTC) qui en avait aussitôt informé le parquet en octobre 2007. “Les contrôles opérés par la chambre faisaient apparaître que des personnes avaient pu bénéficier d’avantages, supportés par la trésorerie de l’OPT, bien supérieurs à ceux prévus réglementairement”, rappelle le procureur. Dans son réquisitoire, le procureur de la République rappelle ainsi l’explosion des frais pris en charge par l’OPT en 2005. Les frais de transport, de mission et de réception ont augmenté respectivement de 227%, 397%, et 276% par rapport à 2004. Natacha Taurua, ancienne ministre de l’Artisanat, a aussi reconnu avoir “bénéficié de la prise en charge de multiples voyages à l’étranger – métropole, Nouvelle-Calédonie, Australie, Hawaii– ainsi que de multiples déplacements et séjours dans les archipels de Polynésie” “alors que les motifs de ces voyages étaient soit personnels, dans le cadre de son aventure amoureuse avec Émile Vernaudon, soit en rapport avec ses activités politiques au sein du parti Ai’a Api et en qualité de ministre de l’Artisanat”, décrit le procureur. Selon le procureur de la République, Alphonse Teriierooiterai, président du conseil d’administration de l’OPT de juin à novembre 2004 puis de mars 2005 mai 2006, a indiqué : “Tout est lié. Lorsqu’il y a beaucoup de missions il y a automatiquement beaucoup de transport. Les déplacements en métropole coûtent chers. Émile Vernaudon se déplaçait en première classe. Il logeait dans de grands hôtels et mangeait dans de bons restaurants”.
En lisant le réquisitoire, il n’y a en effet pas de doute : le shérif aimait la bonne chère. L’OPT a pris en charge des repas et des nuitées d’hôtel pour des montants de 10,3 millions en 2005 et 3,8 millions en 2006 qui ont bénéficié à Émile Vernaudon et ses proches. Mais le caractère frauduleux des justificatifs versés en comptabilité à l’appui de ces dépenses avait été rapidement démontré par la CTC. Celle-ci avait découvert que sur des périodes où le shérif aurait eu des “déjeuners de travail à Tahiti” celui-ci était en mission aux îles Sous-le-Vent et même à Sydney. L’OPT a aussi pris en charge du vin et du champagne. Officiellement, il s’agissait de “reconstituer le stock de la présidence du conseil d’administration”. Le hic, c’est que l’OPT ne dispose pas de cave ou de stock de boissons, souligne le procureur de la République dans son réquisitoire et que cet alcool était emmené chez Émile Vernaudon. Les proches du shérif ont beaucoup bénéficié des largesses de trésorerie de l’OPT. Quatre de ses proches (Loïc Brigato, Yves Conroy, Nils Vernaudon et Patrick Bordet) ont ainsi bénéficié d’un contrat de prestations de service “sans justification des prestations rendues et sans intérêt direct avec l’objectif social de l’Office”. Georges Puchon a lui aussi bénéficié d’un contrat de travail de “complaisance”.
Émile Vernaudon et certains de ses collaborateurs au ministère des Postes et membres de son parti politique ont eu à disposition huit voitures de l’OPT et un scooter ainsi que des cartes de carburant utilisées pour des véhicules n’appartenant pas à l’OPT. La consommation illicite de carburant a été estimée à 1,3 million de Fcfp en 2005 et 884 246 Fcfp en 2006 souligne le procureur de la République. Dans son réquisitoire, le procureur de la République insiste également sur “la participation active d’Alphonse Teriierooiterai à la réalisation des faux documents et écritures comptables, et à leur utilisation dans le circuit de la prise en charge de la dépense par la trésorerie de l’OPT”. Pour que toutes les dépenses soient prises en charge, “des ordres de mission, des certificats administratifs et des écritures comptables comportant des libellés mensongers avaient été établis par les personnels des services administratifs de l’OPT, sur les instructions écrites d’Alphonse Teriierooiterai”. Les 40 pages du réquisitoire du procureur de la République dans l’affaire OPT sont aujourd’hui sur le bureau du juge d’instruction Redonnet. Il lui appartient maintenant de rendre son ordonnance de règlement et de décider de renvoyer ou non les 16 mis en examen dans l’affaire OPT devant le tribunal correctionnel. Il n’est pas lié aux réquisitions du procureur de la République.
MT
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Émile Vernaudon n’oublie pas son fauteuil de shérif
Alors qu’il était ministre des Postes, le shérif n’en oubliait pas pour autant sa commune et son parti. Émile Vernaudon a ainsi profité de son poste pour demander à l’OPT de verser de “fortes subventions” à des associations auxquelles il était lié. Le poste “frais de publicité presse et sponsoring” a augmenté de 65% en 2005 et de 100% en 2006. Les Dauphins bleus, association des jeunes du Ai’a Api présidée par Natacha Taurua, a ainsi perçu plus de 8 millions de Fcfp, l’Apip, qui gérait Radio Bleue, a engrangé 5 millions de Fcfp, l’AS Vénus dont Émile Vernaudon était le président a reçu 13 millions de Fcfp. Enfin, plus de 11 millions de Fcfp ont été versés par l’OPT au profit du bulletin municipal de Mahina.
Le tavana a aussi eu une pensée plus particulière pour les comptes de sa commune. En sa qualité de vice-président du conseil d’administration de l’OPT, il a ainsi passé des conventions d’étalement des dettes de la commune à l’égard de l’OPT. Le shérif est intervenu personnellement dans la signature de deux conventions “particulièrement favorables à la commune de Mahina”, souligne le procureur de la République dans son réquisitoire. En réalité, “ces conventions entraînaient un véritable abandon de créance : un étalement de la dette sur dix années, dont les échéances n’étaient d’ailleurs pas respectées, et l’absence de mise en oeuvre du placement des abonnements reliquataires en “service restreint””.
EN DATES
- C’est la chambre territoriale des comptes, qui, en transmettant en octobre 2007 une partie des travaux de la juridiction financière débutés en janvier 2007 au procureur de la République, a permis l’ouverture de cette affaire
- Par ordonnance du 31 janvier 2008, le juge d’instruction restitue à l’OPT du matériel payé par l’Office et qui avait été saisi dans les domiciles d’Émile Vernaudon : cave à vin, appareils photo, fauteuils, bureaux, chapiteau, ordinateur, imprimante.
- Dans le cadre de cette affaire Alphonse Teriierooiterai et Émile Vernaudon ont été placés en détention provisoire le 5 décembre 2007. L’ancien PCA de l’OPT a été libéré le 13 février 2008. Le shérif est ressorti libre le 2 avril 2008. Quelques jours plus tôt, le 16 mars, il était réélu tavana de Mahina depuis sa cellule à Nuutania.
- En octobre dernier, les dossiers de l’enquête de l’affaire OPT sont sur le bureau du procureur de la République. L’enquête est donc close.
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