Publié le mardi 01 septembre 2009 à 10H40
NOUVELLE-CALÉDONIE. Parole, partage, développement, respect et “vivre ensemble” : autour de ces cinq thèmes, tour à tour lyrique ou technique, Philippe Gomès a prononcé, hier matin, le discours de politique générale de son gouvernement. Il couvre un vaste champ d’action et de philosophie politique, centré sur la réduction de la fracture sociale.
C’est un véritable projet de société que le président du gouvernement a formulé hier, durant une heure trois quarts, devant les élus du Congrès réunis en séance solennelle. Sa trame est clairement inspirée de la philosophie sociale “Avenir ensemble” version 2004, revisitée pour tenir compte du pacte républicain, de la collégialité ou des crispations des dernières semaines.
Philippe Gomès a su intégrer à son projet des apports multiples de nature à susciter l’adhésion des uns et des autres, pratiquement d’un bord à l’autre de l’échiquier politique. Il a souligné les réussites comme les échecs, distribué les bons points (aux enseignants) comme les tacles (à la SLN), fait la part des vrais problèmes et de leur périlleuse exploitation politique.
Dans la foulée de la devise embryonnaire de la Nouvelle- Calédonie “terre de parole, terre de partage”, Philippe Gomès a évoqué la mise en oeuvre des transferts prévus par l’accord de Nouméa. Il a abordé le partage du savoir, et donc l’enseignement, mais aussi le partage des richesses, par la solidarité publique au profit des plus démunis, par l’amélioration du pouvoir d’achat, par la lutte contre la cherté de la vie, par la réforme des leviers fiscaux. En matière de développement, il a évoqué le fonctionnement de l’administration, la réforme de la fonction publique, les transports et les infrastructures à créer, le rééquilibrage, la part que le nickel doit y jouer et la nécessité de revoir la clé de répartition.
Un pays qu’on aime parfois bien, parfois mal, parfois trop
Que la Calédonie devienne “terre de respect”, a-t-il ajouté, passe par la protection de l’environnement au sens large, de la mine au réchauffement climatique en passant par l’énergie. Sur un ton plus politique, Philippe Gomès a également abordé le respect des libertés, autour du thème majeur du dialogue social.
Parole, partage, développement et respect sont, at-il plaidé, “les préalables à l’émergence d’une terre de vivre ensemble”. Pour en étayer l’envie, avant l’heure du choix, il ne reste plus tant de temps. Or la Calédonie demeure contrastée, à l’image des manifestations des dernières semaines : une majorité silencieuse qui défile pour revendiquer sa liberté de vivre en paix, une minorité agissante qui illustre un mal-être bien réel et facile à instrumentaliser. “Nous nous connaissons tous, et souvent de longue date”, a dit Philippe Gomès aux élus, qu’il a appelés à mesurer en conscience le chemin parcouru et le prix de la paix aujourd’hui, dans le monde et chez nous. “Qui prendra dans cette assemblée, a-t-il demandé, la responsabilité de conduire le pays à une impasse ? Dans quel dessein ? Qui prendra la responsabilité de souffler sur les braises d’une contestation sociale latente, d’un racisme ordinaire ?”
Il a ainsi proposé d’ouvrir, “entre partenaires de l’accord de Nouméa et responsables institutionnels, un espace de discussion, libre et informel, où nous pourrions échanger, régulièrement, sur la manière d’aborder cette ligne d’horizon de l’accord, et exprimer, peutêtre, les contours d’une vie après l’accord”. Sans dire le mot, c’est inviter à une nouvelle solution consensuelle pour “un pays qu’on aime parfois bien, parfois mal, parfois trop” mais que l’on doit “construire ensemble”.
Un discours applaudi debout par une partie du public et de nombreux élus, y compris indépendantistes.
RÉACTION
Pierre Frogier : “Un destin commun à bâtir dans la France”
“Nous nous retrouvons dans beaucoup de ces dispositions, notamment sur le développement de l’économie et le social. Le Rassemblement les partage totalement. Je doute que tout puisse être fait dans les cinq ans à venir, mais c’est un vrai challenge. C’est d’ailleurs une déclaration qui a été préparée en commun, sinon la démarche de l’entente républicaine n’aurait pas de sens. Un point me contrarie un peu en revanche. Je ne pense pas que tous ceux qui ont participé à la grande manifestation du 12 août se soient simplement exprimés sur un destin commun. Pour la plupart d’entre eux, ils le voient dans la France et dans les principes fondamentaux de la République. Je crois que sur ce point, il faut être plus affirmatif. Si nous devons rouvrir la discussion sur l’accord de Nouméa, il faudra le marquer de manière déterminée.”






