Publié le lundi 09 août 2010 à 10H44
NOUVELLE-CALÉDONIE. Nouveau temps fort samedi matin, à la province Sud, avec le lever des deux drapeaux. Pierre Frogier l’a répété : c’est un geste de reconnaissance réciproque de deux légitimités, qui vise à rassembler.
Unis dans le geste, pas forcément dans son interprétation. Samedi matin, dans l’enceinte de la province Sud, tout le monde a applaudi lorsque Charles Pidjot et Pierre Frogier ont hissé les deux drapeaux. Le lever de l’étendard de la République et celui du “drapeau identitaire kanak”, puisque c’est ainsi que Pierre Frogier a désigné celui du FLNKS, ont été l’occasion d’un moment de communion.
Un moment aussi où chaque camp a continué de faire un pas vers l’autre. Si les responsables politiques non indépandantistes ne se sont jusqu’à présent pas privés de rappeler que beaucoup de Kanak sont morts pour la France pendant les deux conflits majeurs du XXe siècle, Pierre Frogier, samedi, a ajouté une distinction qui était souvent omise : le fait que ces “jeunes Mélanésiens tombés pour la France n’avaient même pas la citoyenneté française”.
Rock Wamytan a lui aussi parlé de ce “sang kanak versé pour le drapeau français”en évoquant ses deux grands-pères, au moment de prendre la parole après la coutume où une monnaie kanak a été remise au président de la province Sud. Pour conclure la cérémonie, c’est la chorale de Saint-Louis qui a chanté La Marseillaise. Voilà pour le symbole, même si l’hymne calédonien Terre de parole, terre de partage, qui doit officiellement être approuvé la semaine prochaine au Congrès, a définitivement conclu la manifestation.
Le sang kanak versé pour le drapeau français
Reste la portée du geste. “Je suis persuadé que c’est autour de ces deux drapeaux, autour de la reconnaissance réciproque de nos légitimités –antagonistes mais indissociables– que doit se bâtir le meilleur des destins communs”, a rappelé Pierre Frogier. Ce dont a convenu Rock Wamytan. “En 1854, lorsque le drapeau tricolore a été hissé un peu partout, nos vieux n’avaient pas conscience de ce qui se passait. Aujourd’hui, nous reprenons quelque part ce que nous avions perdu.”Le grand chef de Saint-Louis a souhaité que ce geste serve à “balayer la peur”, que “ces deux drapeaux soient vus comme un geste de rassemblement, et non d’exclusion”, tout en espérant que le drapeau du FLNKS devienne “le drapeau du pays”.
En bénissant cette cérémonie, le père Apikaoua s’est chargé de prononcer les paroles les plus oecuméniques. “Devenons tous des hommes et des femmes de bonne volonté pour que ces drapeaux cessent d’être des linceuls de mort et deviennent des langes de naissance.”
DÉCRYPTAGE
“Sans émotion, on ne fait pas avancer les choses”
Louis-José Barbançon a assisté à la cérémonie de samedi matin. Nous lui avons demandé s’il avait vécu cela avec la distance de l’historien ou si ce lever des drapeaux suscitait quelque chose de plus personnel chez lui, le descendant de familles issues des deux colonisations, la libre et la pénale, qui s’était engagé dès 1979 sur la voie de l’autonomie au sein de la FNSC (Fédération pour une nouvelle société calédonienne) et qui cherchait à établir un pont entre Kanak et Calédoniens d’origine européenne. “En cherchant à faire des commentaires neutres ou, au contraire, caricaturaux, les principaux médias sont, de mon point de vue, complètement passés à côté de l’aspect émotionnel de cette cohabitation des deux drapeaux, répond Louis-José Barbançon. Pour une fois Kanak et non-Kanak se retrouvent côte à côte… Il est vrai que pour les universitaires, les intellectuels ou les commentateurs, il est un peu normal de se méfier de ses passions ou des sentiments d’amour ou de haine, qui sont forcément exacerbés dans un contexte insulaire. Mais sans émotion, on ne fait pas non plus avancer les choses.”







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Commentaires anonymes
10/08/2010 à 07h59
Deux drapeaux "pour rassembler".. C'est vraiment prendre les gens pour des cons. Pour rassembler il vaut mieux un seul drapeau !