Un gourou s’évade en hélico

Publié le mardi 28 avril 2009 à 09H16

LA RÉUNION. Évasion spectaculaire hier matin à la prison de Domenjod. Trois malfaiteurs ont pris en otages le pilote d’un hélicoptère et son mécanicien, et ont conduit l’appareil dans la cour de la prison afin de faire évader Juliano Verbard, son compagnon Jean-Fabrice Michel et le père de ce dernier, Alexin Jusmy Michel, adepte de la secte.

“On n’a rien à perdre, on peut tout faire sauter”. Les trois hommes montés à bord de l’Alouette III étaient très déterminés hier matin. Et leur plan avait été échafaudé avec une grande minutie. Un scénario jusque-là inimaginable et inédit à la Réunion. Une opération commando qui a bluffé aussi bien les agents pénitentiaires que les forces de l’ordre. En début de matinée, à Mafate, les trois ravisseurs commandent un hélicoptère pour se rendre en urgence sur la côte. L’un d’eux prétexte avoir un vol à prendre à l’aéroport de Gillot. Habillés en guides de montagne selon certains témoignages, les trois hommes sont pris en charge par la société Mafate Hélicoptères. À bord, le pilote Yann Morvan et son mécanicien Stéphane Libelle, accueillent les trois hommes.

Mais alors que l’hélicoptère commence à prendre de l’altitude, les trois hommes sortent des armes de poing et enfilent des cagoules. L’un des ravisseurs enlève son casque au pilote et lui place un pistolet automatique sur la tempe. Le mécanicien est également tenu en respect par un complice qui tient une arme à barillet. Stéphane Libelle se débat. “On n’a rien à perdre, on peut tout faire sauter”, menace un des ravisseurs en exhibant une bouteille d’essence et un briquet allumé. Yann Morvan tente de calmer le jeu et demande à son mécanicien de se reprendre. “Je leur ai dit qu’il n’y avait aucun souci à se faire et que j’exécuterais leurs ordres à la lettre à condition qu’ils ne nous fassent pas de mal”, a raconté le pilote un peu plus tard. Le mécanicien est alors ligoté sur son siège. Les trois hommes demandent au pilote de mettre le cap sur Saint-Denis, puis sur Domenjod. Entre 10 h 15 et 10 h 20, l’Alouette III approche de la nouvelle prison et se met en position stationnaire à quelques mètres du sol dans la cour de promenade du bâtiment F. Une poussière aveugle la dizaine de détenus présents. Trois d’entre eux grimpent à bord à l’aide d’une petite échelle de corde. “Ou tu remontes, ou on fait péter la bonbonne d’essence”, lance un des hommes au pilote. Les gardiens de prison, impuissants, assistent à la scène. L’hélicoptère s’envole, abandonnant derrière lui un sac contenant des bombes lacrymogènes, un pistolet électrique, des munitions et de la mort au rat. Des objets qui témoignent de la détermination et de la préparation du commando. L’évasion a duré moins de 30 secondes. Quelques minutes plus tard, le pilote pose l’hélicoptère dans le quartier de la Technopole, sur un champ en friche. L’hélicoptère est en surcharge et la manoeuvre est difficile. Là, le commando et trois détenus descendent et s’engouffrent dans une fourgonnette blanche.

L’évasion a duré moins de 30 secondes

Du côté de la prison, un dispositif de sécurité est mis en place. Tous les détenus rejoignent leurs cellules et le personnel non habilité doit immédiatement quitter les lieux. Les trois évadés sont clairement identifiés. Il s’agit de Juliano Verbard, 26 ans, son amant Jean-FabriceMichel, 23 ans, et le père de ce dernier Alexin Jusmy Michel, 50 ans. À la Technopole, le pilote rallume sa radio et prévient la tour de contrôle. L’alerte est donnée. Tandis que des barrages se mettent en place aux quatre coins de l’île pour tenter d’intercepter les six hommes, les techniciens de l’identification criminelle viennent passer l’appareil au peigne fin. À Domenjod, les cellules sont minutieusement fouillées. Les enquêteurs recherchent notamment des téléphones portables avec lesquels l’évasion a pu être fomentée.

Le procureur François Muguet saisit la section de recherches de la gendarmerie pour mener l’enquête. Tous les points de chute connus sont visités. Depuis les précédentes affaires, la secte “Coeur douloureux et immaculé de Marie” fait l’objet de toutes les attentions. Les enquêteurs n’excluent pas que les ravisseurs soient déjà connus de leurs services pour avoir déjà prêté main-forte à leur gourou. Mais ce qui étonnait le plus, hier, est l’étonnante préparation de l’évasion. L’opération a été minutée avec précision de manière à ne pas rater les trois détenus. Les ravisseurs avaient certainement prévu de changer de véhicules à une distance raisonnable. Lors de sa précédente cavale, Juliano Verbard avait usé de nombreuses complicités. Les gendarmes avaient découvert des caches creusées sous des maisons, équipées de tout le confort nécessaire à abriter un fugitif pendant plusieurs jours. L’opération d’hier témoigne une fois de plus de la vivacité du mouvement et de son organisation. Juliano Verbard purgeait une peine de 15 ans après avoir été reconnu coupable de “viol et agression sexuelle surmineur de quinze ans”. Mis en examen dans deux autres dossiers, le jeune homme de 26 ans savait qu’il encourait la réclusion criminelle à perpétuité. Avec Jean-Fabrice Michel et Alexin Jusmy Michel, le gourou était poursuivi pour “arrestation, enlèvement et séquestration en bande organisée d’un mineur de quinze ans” dans l’affaire Alexandre. Avec son amant, il était également mis en examen pour le viol collectif de deux mineurs.

La juge d’instruction Brigitte Lagière était en passe de boucler les deux dossiers qui auraient pu être audiencés avant la fin de l’année. La famille du petit Alexandre a été avertie de l’évasion. Leur avocat, Me Gilbert Collard, se disait consterné hier soir.

Le JIR

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