Publié le vendredi 12 mars 2010 à 09H15
NOUMÉA. Philippe Gomès doit-il être mis en examen pour “abus de biens sociaux” et “prise illégale d’intérêts” dans l’affaire des climatiseurs de Goro ? Alors que deux juges d’instruction s’y sont refusés, l’affaire pourrait bien rebondir. Hier, la chambre de l’instruction a renvoyé le dossier aux bons soins d’un nouveau juge. À lui de décider si le président du gouvernement doit être mis en examen.
C’était presque devenu une “vieille affaire”, qu’on aurait pu croire passée par pertes et profits dans un cabinet d’instruction. Mais le “dossier des climatiseurs de Goro” revient frapper à la porte de Philippe Gomès. En prenant une tournure assez technique. Car l’enjeu n’est pas mince. C’est la mise en examen de l’actuel président du gouvernement qui se joue. Avec à la clé son éventuel renvoi devant un tribunal correctionnel. Et tout au bout de la chaîne, une possible condamnation qui lui vaudrait sans doute une inéligibilité.
L’affaire n’en est pas là. Elle remonte en tout cas à l’époque où Philippe Gomès était patron de la province Sud, et, pendant un temps, actionnaire majoritaire de la société Spot. En mars 2005, Goro Nickel avait acheté à Spot un premier lot de 500 climatiseurs pour un montant de 30 millions de Fcfp et un avenant de 25 millions. En février 2006, c’est 700 climatiseurs qui sont commandés à la même société, pour un marché global de 70 millions. C’est ce qui justifie le versant “prise illégale d’intérêt” du dossier. À l’époque, c’est Rheebu Nuu (voir encadré) qui avait débusqué le lièvre, en pointant le mélange des genres entre business et politique.
Gomès considère cet épisode judiciaire comme relevant de “l’acharnement”
Ensuite, au cours de l’enquête, les gendarmes étaient tombés sur autre chose. La compagne d’alors de Philippe Gomès était aussi l’un des trois cogérants de la société Spot. Et depuis septembre 2002, date de la création de la société, elle aurait perçu une rémunération d’un peu plus de 500 000 Fcfp par mois, sans véritable contrepartie, estime l’accusation. Sur ce plan-là, le juge d’instruction est d’accord, puisqu’il l’avait mise en examen pour “recel d’abus de biens sociaux”. Sans cependant désigner d’auteur principal au délit présumé visé, alors même que l’instruction serait en mesure de l’établir : Philippe Gomès luimême.
C’est sans doute cette surprenante autocensure qui a poussé le parquet à demander au juge de bel et bien mettre Philippe Gomès en examen, dans un réquisitoire supplétif. Le juge d’instruction n’y a pas donné suite. Raison pour laquelle le parquet a formulé un nouveau réquisitoire auquel le juge a cette fois répondu par un “refus d’informer”. Poursuivant dans cette logique, c’est alors le parquet général qui a fait appel, propulsant le dossier devant la chambre de l’instruction. Hier, les juges qui la composent ont considéré qu’il fallait que le dossier soit de nouveau confié à un nouveau juge d’instruction. Dès lors, plusieurs possibilités s’offrent à Philippe Gomès. Soit le juge décide effectivement de le mettre en examen. Un statut qui ne présage pas de sa culpabilité. Mais qui le rapprocherait en tout cas d’un tribunal correctionnel. Soit tout le monde reste arc-bouté sur ses positions : le juge refuse à nouveau et le parquet demande encore la mise en examen. La bataille judiciaire autour de Philippe Gomès ne fait (peutêtre) que commencer. Contacté hier depuis l’Australie où il est en déplacement, Philippe Gomès a fait savoir qu’il considérait ce nouvel épisode judiciaire relevant comme de “l’acharnement”.
DÉCRYPTAGE
- À l’origine, une plainte de Rheebu Nuu : Avril 2006. Rheebu Nuu porte plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction de Nouméa. La plainte est dirigée contre Philippe Gomès, alors président de la province Sud, pour prise illégale d’intérêts et Ron Renton, directeur général de Goro Nickel, visé par des soupçons de corruption active. L’association environnementaliste dénonce les conditions d’attribution de la vente de plusieurs centaines de climatiseurs à l’industriel. Le fournisseur était Spot, société dont Philippe Gomès était le principal actionnaire à l’époque. Et le bénéficiaire Goro Nickel, auquel Philippe Gomès avait signé une autorisation d’exploiter. Rheebu Nuu relie directement ces deux faits pour fonder sa plainte.






