Publié le vendredi 28 août 2009 à 08H53
LIVRE. Dans “Nauru, l’île dévastée”, Luc Folliet raconte comment une île du Pacifique est passée d’une richesse digne d’un Émirat à la ruine totale. Un livre très intéressant qui fait penser à bien des égards à la Polynésie française.
À quand remonte l’idée d’écrire un livre sur Nauru ?
“Elle est assez lointaine. J’avais une dizaine d’années quand j’ai découvert Nauru grâce à un atlas demes parents. En le feuilletant, je suis tombé sur Yaren, une capitale de 500 habitants. ça m’a marqué. J’ai découvert l’île de cette façon. Nauru était pour moi le paradis. Plus tard, en 2001, j’étais en sciences politiques à Edimbourg, j’ai lu un article retraçant toute l’histoire de Nauru. Il parlait de la déchéance du pays est de l’installation des camps de réfugiés Irakiens, Afghans…par l’Australie. Au départ, je voulais faire un documentaire. Il a été diffusé sur Arte en juin dernier.”
Comment expliquez-vous la ruine de cette île ?
“Je me suis vite rendu compte qu’en raison de sa petitesse chaque méfait sur l’île entraînait une conséquence immédiate, qu’elle soit écologique, sociale ou économique. À Nauru tout est lié. C’est un peu un laboratoire du libéralisme économique. Les Nauruans ont perdu le contrôle est tout s’est écroulé d’un coup. Ils ont épuisé le phosphate en voulant en extraire unmaximumaumoment où les cours étaient élevés. L’indépendance de l’île s’est fondée sur l’exploitation du phosphate. Le gouvernement avait prévu de placer l’argent mais à un moment donné il n’a plus été très regardant et à fait des placements hasardeux. L’afflux d’argent a fait perdre la tête. Nauru encaissait chaque année l’équivalent d’un milliard de dollars d’aujourd’hui par an pour sept mille habitants.”
Est-il possible de faire un parallèle entre Nauru et la Nouvelle-Calédonie, dont l’économie est fortement basée sur l’exploitation du nickel ?
“La Nouvelle-Calédonie peut regarder vers Nauru. Aujourd’hui une deuxième couche de phosphate a été découverte sur l’île. Potentiellement Nauru est de nouveau riche. Mais le gouvernement sait que s’il extrait de façon intensive dans dix ans il n’y aura plus rien. Il a donc décidé d’essayer de contrôler la croissance pour exploiter sur 40 ans. Au lieu d’avoir 10% de croissance il se limitera à 5%. Nauru a une deuxième chance, c’est rare.”
Diabète, clientélisme, compagnie aérienne importante pour un petit pays, de nombreux passages de votre livre font penser à la Polynésie française…
“Nauru est un petit territoire composé de 12 districts dans lesquels les habitants vont faire leurs doléances aux parlementaires. Les liens familiaux sont étroits. Ça amène le clientélisme. En métropole, le clientélisme est une faute politique. Sans vouloir trouver d’excuse, l’insularité force une certaine forme de clientélisme. C’est plus difficile. À Nauru, comme en Polynésie, le pouvoir est à portée de main. N’importe qui s’intéressant un peu à la chose publique peut avoir un portefeuille ministériel. Le pouvoir est tellement proche qu’il attise les convoitises…” Propos recueillis par David Martin (Agence de presse GHM)
- “Nauru, l’île dévastée”, éditions La Découverte
Verbatim
- “Depuis 1986, les présidences défilent. Vingt-trois en vingt-deux ans, à coups d’entourloupes politiques, de revirements parlementaires.”
- “Les comportements des dirigeants de l’île ressemblent à des caprices de stars, les ministres confondant parfois leur porte-monnaie avec celui de l’État. Et tout le monde en profite, femme de ministres, enfants, familles.”
- “René Harris est le politique type. Ambitieux, véreux, dispendieux, mégalomane. “Corrompu”, lâchent certains Nauruans. Il est affublé de tous les plus sombres attributs. Pourtant tout le monde l’appelle par son prénom. “René” a beau avoir été président de la République, et même si on peut le détester, il n’en reste pas moins un voisin, un ancien camarade de classe ou un oncle éloigné.”
- “Il y a eu beaucoup de corruption pendant plus de trente ans. Les gens au pouvoir se servaient et confondaient souvent les portefeuilles d’État avec les leurs. “
- “Et quid de l’emprunt de plus un 1,5 million de dollars fait par ce même René Harris à la Bank of Nauru et dont le remboursement est passé aux oubliettes ?”
- “La flotte s’agrandit : d’un seul Boing, elle passe à cinq. Le président de Nauru réalise peu à peu son dessein de relier tous les peuples du Pacifique par les airs.”
- “Le diabète. Le mal nauruan. (…) Il est la principale cause de décès. Due purement au style de vie, rien d’autre. (…) Les habitants sont passés d’une alimentation frugale et équilibrée à une plus sucrée, saturée en matières grasses.”
- “C’est ce défaut d’éducation qui est la base de nos problèmes, j’en suis persuadée. Ce laisser-aller qui vous fait acheter des plats surgelés, qui vous fait prendre votre voiture pour faire cent mètres et commander à manger. Ce n’était pas notre vie auparavant. On a complètement mis de côté notre culture, notre savoir. C’est aussi ça l’origine du diabète sur l’île. Nous étions trop assistés”.
- “Quand l’île allait bien, les Nauruans allaient directement dans les bureaux du gouvernement pour demander de l’argent”.
David Martin







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Commentaires anonymes
29/08/2009 à 01h36
quand on lit l encadre Verbatim...c est la polynesie a l etat pure
Commentaires anonymes
28/08/2009 à 16h41
[quote]À Nauru, comme en Polynésie, le pouvoir est à portée de main. N’importe qui s’intéressant un peu à la chose publique peut avoir un portefeuille ministériel.[/quote]
Mais il prend nos ministres pour des profiteurs !
[quote]“Depuis 1986, les présidences défilent. Vingt-trois en vingt-deux ans, à coups d’entourloupes politiques, de revirements parlementaires.”[/quote]
Au moins en Polynésie, le gouvernement est [s]presque[/s] stable !
[quote]“Les comportements des dirigeants de l’île ressemblent à des caprices de stars, les ministres confondant parfois leur porte-monnaie avec celui de l’État. Et tout le monde en profite, femme de ministres, enfants, familles.”[/quote]
Au moins en Polynésie, le copinage et le clientélisme n'existent [s]pas[/s]plus !
etc.
[b]Il faut le censurer ![/b]
C'est qui ce popaa qui veut nous faire la morale !
:'(:'(:'(:'(;):'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(:'(