Le SOS des détenus du Camp-Est

Publié le lundi 15 février 2010 à 09H57

NOUMÉA. EN CE DÉBUT D’ANNÉE, L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DES PRISONS (OIP) déclare avoir reçu de nombreuses plaintes de détenus dénonçant leurs conditions de détention. L’OIP est toujours sans réponse des parlementaires calédoniens sur le sujet.

Les témoignages s’amoncellent auprès de la section française de l’Observatoire international des prisons (OIP), et ne décrivent hélas rien de nouveau : surpopulation, manque d’activités, manque de préparation à la sortie et d’accès aux formations, insuffisance de places en semi-liberté, difficultés d’accès aux soins dentaires… Une litanie qui dénonce aussi la fréquence et la durée des parloirs, le manque d’aération dans les cellules, la nourriture, l’entassement des affaires, l’absence de laverie ou encore le nettoyage très irrégulier des draps et des couvertures… Signe d’un malaise croissant, dix-huit courriers ont été reçus par l’OIP sur le seul mois de janvier, alors que les détenus qui repassent au tribunal pour de nouveaux délits ne manquent plus l’occasion de s’indigner sur le Camp-Est, tous avec les mêmes griefs. L’administration serait mal inspirée de s’habituer à ce discours partagé sans se sentir contrainte d’urgence à l’action. “Nous avons été également alertés sur une tentative de suicide, et sur l’attitude discriminatoire de certains surveillants à l’égard des détenus”, relaie encore François Bès, coordinateur à la section française de l’OIP.

Le 4 décembre, cette organisation indépendante, qui bénéficie d’un statut consultatif à l’Onu, avait adressé un courrier aux trois parlementaires calédoniens, leur demandant s’ils avaient fait valoir leur droit à visiter le centre pénitentiaire et s’ils étaient intervenus auprès des ministères concernés. Deux mois plus tard, “malgré plusieurs relances”, nos deux députés et notre sénateur n’ont toujours pas daigné répondre à l’OIP. Un choix de l’autruche particulièrement étonnant, alors même qu’au début du mois, des députés européens de métropole ont parcouru 22 000 kilomètres pour mettre en lumière une situation jugée “indigne de la République”. Un constat partagé par la garde des Sceaux elle-même dans une interview accordée aux Nouvelles calédoniennes le 14 janvier. En attendant, l’OIP poursuit son travail de lobbying. Depuis le mois de décembre, l’observatoire a saisi le haut-commissariat, le gouvernement calédonien et les autorités de métropole pour savoir à qui revenait la compétence de l’inspection sanitaire au Camp-Est. La réponse se fait toujours attendre, ce qui ne révèle rien de bon sur l’attention portée jusqu’ici à ce secteur. “Nous attendons une réponse claire afin d’aider au mieux les personnes détenues à faire valoir leurs droits”, souligne François Bès.

Enfin, le coordinateur français de l’OIP remarque que les détenus et les familles se plaignent “de ne pas avoir accès au règlement intérieur du Camp-Est, qui est pourtant un document administratif communicable à toute personne qui le demande”. “Nous l’avons demandé officiellement à la mission outre-mer de l’administration pénitentiaire le 4 janvier. Ils ont un mois pour nous répondre, faute de quoi leur silence valant réponse négative nous amènera à saisir la commission d’accès aux documents administratifs.” Aussi, malgré une nouvelle demande de visiter le Camp-Est effectuée début décembre, la rédaction des Nouvelles calédoniennes est toujours sans réponse de l’administration pénitentiaire. Le chemin vers une prison décente et transparente semble encore bien long.

Les Nouvelles calédoniennes

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