Le retour de l’interventionnisme

Publié le mercredi 02 septembre 2009 à 08H19

NOUVELLE-CALÉDONIE. Socialiste ? Socialisant ? De gauche ? Social démocrate ? Les qualificatifs n’ont pas manqué pour commenter le discours de Philippe Gomès. Une certitude : le président du gouvernement, qui veut donner corps au “vivre ensemble”, ne se satisfait pas du “tout libéral”. Sa déclaration marque un retour au premier plan de l’autorité publique dans les affaires économiques et sociales.

Tout le monde a apprécié, à sa manière. Du Rassemblement, qui semble avoir remis la question sociale et l’éthique économique au coeur de ses préoccupations, au Parti travailliste de Louis Kotra Uregeï dont la critique majeure adressée au discours de Philippe Gomès était qu’il arrivait trop tard dans la mise en oeuvre de l’accord de Nouméa. Un discoursfleuve, dont la version dactylographiée pèse 60 pages. Un discours décliné en cinq thèmes inspirés de la future devise calédonienne : terre de parole, de partage, de développement, de respect et de vivre ensemble. Un discours duquel on peut aussi dégager trois tendances fortes et transversales : la volonté de réduction des inégalités sociales ; le retour de l’interventionnisme politique dans les affaires économiques ; enfin, la volonté de structurer et de pacifier les relations sociales, creuset des clivages ethniques.

  • Les inégalités sociales

Sans doute le thème le plus décliné, et de plusieurs manières. À commencer par l’enseignement. “Les inégalités scolaires sont la matrice des inégalités sociales”, a affirmé le président d’un gouvernement qui assumera bientôt la compétence de l’enseignement secondaire. D’où sa volonté de lancer un audit sur le système scolaire calédonien, d’atteindre à l’horizon 2020 l’objectif de 65 % d’une classe d’âge obtenant le bac, et de lancer 1 000 contrats de réussite éducative pour les élèves de troisième en situation fragile. Afin de parvenir à un véritable “partage du savoir”. La réduction des inégalités sociales passe ensuite par l’élargissement des allocations sociales de solidarité (la Cafat dispose de réserves financières pour ça), par l’augmentation du SMG à 150 000 Fcfp à l’horizon 2012. C’est aussi la réforme profonde de la prise en charge du handicap (5 milliards) et l’instauration d’un minimum vieillesse à 90 000 Fcfp (2 à 3 milliards), financé par la création d’une CSG calédonienne (contribution sociale généralisée). C’est aussi dans ce chapitre que l’on peut classer le prêt à taux zéro pour l’accession à la propriété des classes moyennes, et le projet de créer une mutuelle complémentaire obligatoire pour tous les salariés. Quant à l’impôt sur le revenu, il devrait être revu à la baisse pour les classes moyennes.

Le blocage est le rendez-vous obligé et quasiment culturel des conflits sociaux
  • L’encadrement de l’économie

Le constat de départ est connu. Au cours des dix dernières années, la Calédonie s’est enrichie et a moins souffert que d’autres des effets de la crise. Mais les inégalités se sont creusées. Les fruits de la croissance ont profité à quelques-uns pendant que la majorité de la population voyait son pouvoir d’achat stagner ou régresser. Ce sont les limites du libéralisme insuffisamment contrôlé. En accompagnement de la hausse du SMG, le gouvernement va convoquer les partenaires sociaux pour que les bas salaires soient revus à la hausse (jusqu’à une fois et demie le SMG). Il projette d’adopter une loi du pays sur l’intéressement dans les entreprises privées de plus de 50 salariés. Et une autre sur la participation (actionnariat salarié). Ces efforts demandés aux entreprises doivent être compensés par des gains de productivité (lutte contre l’absentéisme et fiscalisation de certaines charges sociales non liées au travail). Le gouvernement prévoit aussi une loi antitrust dans la grande distribution pour favoriser la concurrence et faire baisser les prix. L’encadrement des marges va se renforcer pour les produits les plus courants. La pratique des remises différées sera prohibée. Enfin, après la défiscalisation nationale, c’est la défiscalisation locale qui sera conditionnée par le dépôt des comptes des sociétés au tribunal du commerce. Peu à peu, les entreprises vont devoir jouer le jeu de la transparence. Les services de la concurrence et des prix vont être renforcés.
  • Le renforcement du dialogue social

Les épisodes récents ont bien montré que c’est sur ce terrain que la violence pouvait renaître dans le pays. Philippe Gomès était le grand initiateur du pacte social au début des années 2000 (pacte court-circuité à l’époque par Jacques Lafleur). Il connaît donc le sujet. “Le blocage est le rendez- vous obligé et quasiment culturel de beaucoup de conflits sociaux. Ces méthodes appartiennent au passé”, a affirmé le nouveau président, avant d’annoncer quelques mesures d’autorité pour que les libertés publiques (travail, circulation) ne soient plus flouées à chaque conflit. Première mesure, l’institution d’un préavis de grève de cinq jours dans les entreprises privées. Ensuite, la création d’un service minimum dans les écoles et dans les transports, deux secteurs dont la paralysie est très pénalisante pour la population. Enfin, la main tendue à l’USTKE pour qu’elle revienne à la table du dialogue social. Et au final, cet avertissement : “Qui prendra la responsabilité de souffler sur les braises d’une contestation sociale latente et d’une jeunesse en quête d’espoir et de rêve ?” Sur de nombreux sujets, les partenaires sociaux ont été invités à se mettre au travail. Et s’ils ne parviennent pas à tisser des accords, ils sont prévenus : le gouvernement se chargera de légiférer. C’est le retour de l’interventionnisme en matière économique et sociale.

Les Nouvelles Calédoniennes

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