Le requin se fait rare

Publié le mardi 26 janvier 2010 à 09H44

NOUVELLE-CALÉDONIE. Réputées pour la qualité du lagon et des récifs, les eaux calédoniennes comptent une bonne quinzaine d’espèces de requin. Mais cet animal qui fascine autant les plongeurs que les cinéastes, se montre de moins en moins.

La fiction Les dents de la mer de Steven Spielberg a fait un malheur. Au box-office et dans les esprits. La superproduction américaine a généré des légions de traumatisés. Alors que les statistiques le prouvent : les attaques sont rares. “Les requins ne sont pas forcément les poissons les plus dangereux des océans”, estiment des plongeurs. Ou “contrairement aux idées reçues, le requin n’est pas un mangeur d’homme”, ajoute un passionné des mers. Projeté depuis quelques jours dans les salles obscures métropolitaines, Océans, le dernier film documentaire de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, évoque l’utilité ainsi que la beauté de l’animal dans l’écosystème marin. Fascinant, toujours.

Le “seigneur” des profondeurs, tout en haut de la chaîne alimentaire, s’épanouit dans nos eaux. Parmi les 400 espèces connues de par le monde, une bonne quinzaine peuvent être observées en Nouvelle-Calédonie, où quelque 15 000 km2 de lagon répartis en six sites sont aujourd’hui “labellisés” Patrimoine mondial de l’Unesco. Le requin pointe noire y est fréquemment croisé, contrairement au carcharhinus obscurus ou requin de sable. “Je n’en ai vu que trois ou quatre” au cours des années de plongée, compte Pierre Laboute, ingénieur biologiste à la retraite de l’Orstomird, auteur d’ouvrages spécialisés, et consultant aujourd’hui en biologie marine. Le carcharhinus plumbeus, requin gris, est lui signalé “surtout en hiver”, tandis que le limbatus, ou requin bordé, s’aventure “plutôt en groupe dans les bancs de poissons”. Héros des tournages à sensation, vedette des abysses à frisson, le grand blanc n’est pas un étranger. “Il y en a en permanence ici”, souligne le généraliste des milieux coralliens. Le mastodonte est toutefois discret, et pavane parfois “entre 300 et 1 000 mètres de profondeur. Il voyage aussi beaucoup”. Invisible, ou presque, pour l’humain palmé.

La science reconnaît des méconnaissances sur les migrations ou la sédentarisation des requins. Ces zones d’ombre viennent renforcer la part de mystère liée depuis des siècles à leur réputation. Sauf qu’aujourd’hui, le tableau se noircit. “Au cours de mes plongées, je ne vois presque plus jamais de rassemblements importants de 20 ou 30 adultes”, regrette Olivier Jullien, moniteur à Bourail et porte-parole du Cap Requins, le collectif d’associations pour la protection des espèces en Nouvelle-Calédonie. Indéniablement, “l’homme les voit moins maintenant qu’il y a 50 ans”, affirme aussi Pierre Laboute. Or le lagon et les récifs calédoniens s’avèrent en excellent état par rapport aux autres sites du monde, même si des signes d’un éventuel déclin doivent être pris au sérieux. Où sont les requins ? Disparus ? Pas forcément. Le trafic avec les bateaux à moteur peut les avoir éloignés des côtes. Toutefois la pêche au large pour leurs ailerons a un réel impact sur ces populations de poissons dont la gestation, par exemple pour le requin tigre, dure de 16 à 18 mois.

Si la province Nord s’est dotée d’un texte visant leur protection, le Sud attend toujours la mesure. “Là, il y a un trou énorme dans la réglementation”, observe Olivier Jullien, de Cap Requins. La Polynésie française ou encore la République de Palau sont “bien plus avancées. Ici, nous attendons toujours”.

Les Nouvelles Calédoniennes

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