La pêche au large en sursis

Publié le vendredi 12 février 2010 à 07H12

NOUVELLE-CALÉDONIE. Le paradoxe est cuisant : positionnée sur une zone poissonneuse, la filière de la pêche hauturière accuse une perte de 400 millions de Fcfp par an. Un coût de production trop élevé ou encore une guerre des prix sans merci pèsent sur un secteur à la recherche d’un bon bol d’air.

Ce morceau d’océan autour de la Nouvelle-Calédonie ferait saliver tous les marins du monde. La zone est poissonneuse et deux jours de mer seulement s’écoulent avant d’atteindre la ressource. Nul quota couperet ne torture les lignes et les conditions de navigation au large sont la plupart du temps favorables. À terre, la croissance économique peut maintenir un rythme de consommation confortable. Or un chat noir hante le paradis maritime animé aujourd’hui par huit armements : la filière de la pêche hauturière accuse une perte annuelle de l’ordre de 400 millions de Fcfp.

Depuis 2000, l’addition salée pèse quelques milliards de Fcfp. Inimaginable. Tous pointent du doigt un coût de production très élevé impactant un chiffre d’affaires évalué en 2008 à 1,020 milliard de Fcfp. Charges salariales, achat d’appâts ou encore dépenses de maintenance et facture de gasoil “représentant 30% des frais d’une marée”... la course à l’équilibre comptable est un exercice délicat. “Quand la longe de thon blanc est trouvée à 750 Fcfp le kilo dans unmagasin”, calcule un professionnel, “on est encore souvent en dessous du coût de production, même au cul du bateau”. En clair, “même si la situation s’est améliorée, même si nous avons, je pense, le meilleur ratio bateau/pêche avec 200 tonnes sur l’année, on continue de souffrir”, regrette Marc Perinet, de Pescana. En fait, les points noirs se cumulent. Outre les erreurs liées à la jeunesse de la filière développée en 1983, la variation du dollar et du yen sensible à l’export, ou encore les difficultés de formation et de recrutement, le cauchemar des prix apparaît au premier plan, selon certains patrons pêcheurs. Donnée de base : le seuil de rentabilité pour un armement est calé grosso modo à 400 Fcfp le kilo de thon. En dessous, l’affaire n’est pas rentable. Le marché local absorbe environ 1 300 tonnes sur les 2 500 pêchées l’an passé.

Problème, le thon blanc constituant 65% des prises a parfois du mal à trouver preneur en Calédonie. Alors “deux compagnies cassent les prix en faisant régulièrement des promotions”, clame Jean-François Huglo, président de la Fédération des pêcheurs hauturiers et patron de la société Albacore, ciblant sans les nommer Navimon et Pêcheries du Nord soutenues respectivement par les provinces Îles et Nord. Faux, répondent en choeur les intéressés, rejetant une quelconque rivalité public/privé. “Nous sommes revenus à l’équilibre, nous n’avons aucun intérêt à casser les prix”, souligne Samuel Hnepeune. “On ne brade pas nos prix”, signe son homologue de Koumac, Denis Labiau. Contrariété majeure en l’absence d’une criée à Nouméa, aucune réglementation ne vient aujourd’hui déterminer un prix minimum sur le quai, les marges encadrées des intermédiaires ou un tarif plafond pour la vente au détail. La mesure étudiée par le gouvernement en 2008 est restée lettre morte. D’après des échos en coulisses, un texte serait actuellement “en cours de discussion”.

Le thon blanc qui constitue 65% des prises peine à trouver preneur en Calédonie

Les armements ne roulent pas sur l’or, naviguent entre le déficit et le résultat comptable positif. Un brin de lumière pourrait venir, triste à dire, du malheur de la corporation métropolitaine frappée tout récemment par une interdiction de la pêche au thon rouge, avec un délai de mise en oeuvre de 18mois. Principal amateur, le Japon, concentrant au moins 80% des achats de l’espèce dans le monde, pourrait de fait davantage se tourner vers le thon blanc calédonien réputé pour sa qualité extra. “Voilà un élément de négociation pour augmenter notre prix fixe” au Pays du soleil levant, terre d’exportation, remarque Théau Gontard, chargé de mission “pêche” à l’Erpa.

Les Nouvelles calédoniennes

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