Publié le mercredi 10 mars 2010 à 08H45
AUSTRALIE. Les dirigeants calédoniens ont rencontré le Premier ministre australien, hier à Canberra, en point d’orgue d’une journée diplomatique plutôt dense. Une première qui sonne comme un signal fort en faveur d’un rapprochement entre les deux “pays”.
C’est au coeur du Parlement de Canberra, l’imposante forteresse politique de la fédération australienne, que la délégation calédonienne a été reçue, hier, par le gouvernement wallaby. Une invitation inédite qui a rassemblé l’ensemble des dirigeants du Caillou, le haussaire et le président du gouvernement en tête, mais aussi les trois présidents de province et celui du Congrès.
Une première qualifiée de “visite historique” par Stephen Smith, le ministre des Affaires étrangères australien, qui a ouvert hier matin le bal des entretiens diplomatiques. “Cette visite est un très bon signe du processus de l’accord de Nouméa, que l’Australie soutient totalement. Il est important pour nous que la Nouvelle-Calédonie prenne toute sa place dans la région Pacifique”, a-t-il souligné. À ce titre, le ministre a affirmé le soutien de l’Australie à la pleine intégration de la Calédonie au Forum des îles du Pacifique, dont l’îlecontinent assure en ce moment la présidence tournante. Jusqu’ici membre observateur, la Calédonie “devrait devenir un membre à part entière du Forum”, a plaidé le diplomate, répondant ainsi au souhait du gouvernement calédonien. “Ils veulent que la Calédonie parle de sa propre voix. Nous partageons pleinement cette ambition”, s’est félicité Philippe Gomès.
Au sortir d’une demi-heure d’échanges, Stephen Smith s’est aussi déclaré favorable à l’ouverture, “plus tard dans l’année”, de “relations bilatérales formelles” avec la Nouvelle-Calédonie. Notamment pour développer des liaisons aériennes jugées insuffisantes, mais aussi pour initier de nouveaux partenariats, qu’ils soient culturels, éducatifs, environnementaux et surtout commerciaux.
Ils veulent que la Calédonie parle de sa propre voix
Pour faire avancer ces nouvelles relations, il a été convenu d’un nouveau rendez-vous annuel de suivi. Le premier aura lieu à Nouméa au mois d’octobre prochain, avec la présence souhaitée d’un ministre australien pour lancer la dynamique. Un mouvement initié hier soir de haute manière, avec une entrevue de la délégation par le Premier ministre Kevin Rudd. La rencontre n’a duré qu’un quart d’heure, mais elle a été voulue et vécue comme un signe politique très fort de reconnaissance et de rapprochement. Loin, très loin, de l’Australie qui soutenait le FLNKS au moment des Événements. Hier, l’heure était à l’affichage d’intention plus qu’au concret. Bob McMullan, secrétaire d’État chargé de la coopération et du Pacifique, qui a déjeuné le midi avec la délégation, a été clair : “Nos relations sont fortes et amicales, mais elles sont sous-développées. Vu notre proximité et notre niveau de développement, nous devrions avoir des relations plus proches.”
Et d’ajouter sans ambages : “Économiquement, vous êtes intéressants. Vous êtes un grand voisin et nous voulons faire plus de business avec vous.” Mais la petite Calédonie, qui pèse en valeur à peine 0,15 % des exportations australiennes, n’est pas prête à lever pour elle ses barrières douanières. C’est ce qu’a expliqué Philippe Gomès au ministre du Commerce australien, Simon Crean : “Nous leur avons dit qu’il fallait nous laisser le temps de fortifier notre économie avant de l’ouvrir au monde. Aujourd’hui, notre tissu n’est pas encore armé pour résister à la concurrence mondiale, notamment australienne. Et nous voulons une logique gagnant-gagnant.”
Raté pour cette fois. Mais l’essentiel était ailleurs, hier. De cet accueil en grande pompe, “digne d’un État que nous ne sommes pas” (sic), le haussaire retient “la prise au sérieux de la Nouvelle-Calédonie par son grand voisin”. Selon Yves Dassonville, “les Australiens ont bien compris que la présence de la France dans le Pacifique était un facteur de stabilité de la zone. Nous sentons vraiment qu’ils veulent passer de relations aimables et formelles à des relations plus concrètes.” Dont acte.
ZOOM
- Midnight Oil et sécurité civile : La visite de la délégation calédonienne à Canberra se poursuit aujourd’hui, notamment par une rencontre avec le ministre de l’Environnement et des Arts, Peter Garrett lui-même, l’ex-leader du légendaire groupe de rock écolo Midnight Oil. Le haut-commissaire devrait également signer un accord-cadre sur la sécurité civile avec le ministre des Affaires étrangères, en présence de Philippe Gomès –la compétence devant être transférée d’ici 2014. Un accord qui formaliserait la possibilité d’exercices communs et d’opérations réciproques, en Australie et en Calédonie. L’an passé, l’aide proposée par la France lors de violents feux de brousse en Australie, avait ainsi dû être refusée.






