Publié le jeudi 11 mars 2010 à 08H40
AUSTRALIE. Hier et avant-hier, la petite Calédonie a été reçue au plus haut niveau par son géant voisin australien. Historique certes, même si cette visite s’est plutôt apparentée à une opération de communication. Immersion à Canberra.
“C’est où exactement la Nouvelle- Calédonie ?” Le nom lui dit vaguement quelque chose. Mais comme plusieurs chauffeurs de taxi de Canberra, le photographe de l’ambassade de France ne sait absolument pas placer le Caillou sur une carte. Et s’étonne comme les autres, une fois renseignés, que l’archipel soit en fait aussi proche de l’Australie. Eh oui, bien plus près que Fidji ou Tonga.
Dans les rues de la capitale australienne, seule une serveuse de café se rappelle avec joie de son passage en croisière à Nouméa, citant bizarrement la Vierge de la route stratégique comme son souvenir le plus marquant. La Calédonie n’est pas vraiment dans les esprits. Si proche, et pourtant si lointaine. Invisible. Une délégation calédonienne serait reçue “en grande pompe” au Parlement ? “Ah bon ?”, s’étonne le taximan, avec un zeste d’intérêt très professionnel. À sa décharge, les médias australiens n’en ont pas parlé. En face de la ribambelle de dirigeants du Caillou, ils n’étaient d’ailleurs que trois journalistes à la conférence de presse organisée pour l’occasion hier matin. Plutôt maigre. “La presse australienne ne s’intéresse pas aux affaires du Pacifique”, confiait un confrère du magazine spécialisé Islands Business, très averti sur l’actualité calédonienne. Et si la radio ABC était là, c’est parce que le Pacifique est également son créneau. Selon le journaliste de l’AFP, les médias “seraient sûrement venus” s’ils n’avaient pas été occupés par la visite simultanée du président indonésien.
Un événement contre lequel les responsables calédoniens, même tous réunis, ne pouvaient pas lutter. C’est d’ailleurs “une faveur considérable” –selon les termes de l’ambassadeur de France–que leur a fait le Premier ministre, Kevin Rudd, en leur accordant un quart d’heure afin de poser pour la photo. “Les images valent tous les discours, a encore glissé l’ambassadeur à la délégation du Caillou, mardi soir juste avant l’heure H. Ce n’est pas parfait, mais c’est du 14 sur 20.” Il fallait donc se contenter d’une “visite d’images”. Heureusement que Barack Obama n’est attendu que le 22 mars à Canberra, sinon la pellicule aurait été vierge.
Car s’il fallait retenir une seule chose du marathon des élus calédoniens à travers le labyrinthe du Parlement australien, ce serait la brièveté des rencontres. Les entretiens ont été très courts, une demi-heure au maximum. Ils ont malgré tout permis aux Calédoniens d’expliquer avec pédagogie le processus de l’accord de Nouméa, ce qui est déjà pas mal. Le taximan (même très très pro) n’en attend pas plus. Ils ont aussi permis aux Australiens d’afficher un certain désir de rapprochement, matérialisé par une prochaine rencontre bilatérale entre les deux pays.
La presse australienne ne s’intéresse pas aux affaires du Pacifique
Mais le tapis rouge, certes déroulé au plus haut niveau, n’était en réalité pas aussi large que les sourires des deux chefs de la délégation, Philippe Gomès et Yves Dassonville. “C’est extra, c’est vraiment extra”, se félicitait hier matin le haut-commissaire avec jubilation, après la signature d’une “déclaration d’intention” sur la mer de Corail avec le célèbre Peter Garrett (lire ci-dessous). L’ex-chanteur de Midnight Oil n’est pourtant resté que quelques minutes avec la délégation, juste le temps de parapher ce feuillet un brin prétexte.
Pierre Frogier, quant à lui, moins joyeux et plus dans l’ombre devant les Australiens, rappelait simplement qu’il était déjà venu il y a deux ans faire un voyage de ce type avec Hervé Morin, le ministre de la Défense. Une façon de relativiser l’ébullition du moment. Certes, la visite de cette semaine a été historique, avec un beau programme de rencontres. Un beau contenant offert par le géant pour faire briller les yeux du petit, mais auquel il manque encore un peu de contenu. Un nouveau départ calédo-australien ? Wait and see.
Les Nouvelles Calédoniennes
DÉCRYPTAGE
- Même combat pour la mer de Corail : Peter Garrett, le ministre australien de l’Environnement, a signé hier une “déclaration d’intention” pour la gestion durable de la mer de Corail, avec les dirigeants calédoniens. À la manière de l’accord de principe sur la sécurité civile, l’objectif est de développer la coopération à travers un échange d’informations et d’expertises, afin de protéger les deux plus grandes barrières de corail du monde qui se font face. La barrière calédonienne, inscrite à l’Unesco en 2008, pourrait ainsi bénéficier de l’expérience acquise par l’Australie depuis 1981 et l’inscription de sa Grande Barrière sur la liste du patrimoine mondial.






