Publié le vendredi 15 janvier 2010 à 09H22
NOUVELLE-CALÉDONIE. Libéré par la cour d’appel, Gérard Jodar a surtout évoqué les conditions de détention “d’un autre âge” après sa remise en liberté. Le président de l’USTKE veut d’ailleurs que le dossier devienne un “cheval de bataille” de l’USTKE.
D’abord, comment se sent-on après un peu plus de six mois derrière les barreaux ?
“Plus déterminé que jamais. Cette incarcération aura été une épreuve enrichissante. Elle m’a renforcé dans mon engagement pour me battre contre les discriminations et les inégalités. Car j’ai eu l’occasion de constater la manière dont les prisonniers étaient traités en prison. C’est proprement scandaleux. Les conditions de détention sont abominables. Quelques exemples : en maison d’arrêt, le quartier où je me trouvais, le taux d’occupation avoisine les 300 %. Dans les cellules, on ne peut pas tous tenir debout en même temps tellement c’est petit. La nourriture est infecte. Il n’y a pas de médecin le week-end. Et certains dimanches, les surveillants ne sont que quatre et préfèrent donc éviter les promenades. Bref, les conditions de détention et de travail pour le personnel sont indignes.”
Mais il a donc tout de même fallu que vous alliez en prison pour mettre en lumière un dossier sur lequel on n’a pas vraiment entendu la section USTKE du Camp-Est avant votre incarcération, à l’inverse de FO ?
“FO se bat en interne mais n’obtient rien ou pas grand-chose de la direction de l’établissement qui, de toute façon, ne bougera jamais sur le plan local. Avec moi, l’avantage c’est que je connaissais Florence Aubenas avant qu’elle ne devienne présidente de l’OIP (observatoire international des prisons). Elle nous a alors mis en contact avec un membre de cette organisation, ce qui a permis de médiatiser la situation du Camp-Est, puis de provoquer la venue de parlementaires qui ont visité l’établissement. Un énorme travail a ainsi pu être réalisé. Il va se poursuivre, car le Camp-Est est désormais un dossier majeur pour l’USTKE. Et pour commencer, j’ai dit au directeur qu’au lieu de refaire une clôture autour de la prison, il vaudrait mieux améliorer les conditions de détention. Ça dissuaderait sûrement plus les prisonniers de s’échapper.”
Votre libération intervient après un conflit qui a pris une tournure particulière, et que la justice a sanctionné. À l’avenir, envisagez-vous toujours de mener des actions aussi musclées que celles du 28 mai dernier, sur le tarmac de Magenta ?
“Bien sûr, car la violence qui a découlé de ce conflit n’est pas de notre fait. S’il y a un responsable, c’est le haussaire. Dès son arrivée, il m’avait de toute façon annoncé qu’il n’était pas d’accord avec ma manière de mener des actions syndicales. Pour Carsud, j’avais demandé aux camarades de ne pas commettre d’entrave. Résultat, on a été chargés par les policiers. Pour Aircal, c’est exactement la même chose. Si les choses ont dégénéré, c’est par la seule volonté de l’Etat. Nous n’avons donc aucune intention de changer quoi que ce soit à notre manière de faire. Je vais repartir plus fort qu’avant. Et comme je l’ai dit aux juges, la seule garantie de ne pas recommencer, c’est de me condamner à perpétuité.”
On va mobiliser et organiser des actions
Pendant que vous étiez incarcéré, l’USTKE est demeurée muette. Le syndicat n’existe donc plus sans son président ?
“C’est pour cela que je compte voir chaque responsable de section pour savoir comment ils ont pu ressentir et appréhender cette situation. Peutêtre que certains ont eu un peu peur. On va régler ça en interne. Ça met aussi peut-être en évidence le manque de responsables au sein du syndicat, raison pour laquelle on peut envisager de revoir ou de repenser la structure de l’organisation, pour assurer la relève. J’ai 58 ans, je suis plus motivé que jamais, je n’ai pas envie d’arrêter maintenant, mais un jour ou l’autre, il faudra bien que je laisse ma place.”
À quoi vont ressembler vos prochains jours ?
“Demain (aujourd’hui), je viendrai accueillir un camarade de Saint- Louis, condamné dans les affrontements du 5 août et qui sort du Camp-Est. Ensuite, je vais passer le week-end avec mes enfants. A partir de la semaine prochaine, je vais rencontrer tous les responsables du syndicat. Et puis le Camp-Est va devenir notre cheval de bataille. Avec la section USTKE de l’établissement, nous avons prévu de rencontrer la direction pour faire avancer le dossier. On va mobiliser et organiser des actions. Et puis il y a beaucoup d’autres dossiers sur lesquels il va falloir agir, comme celui de la loi sur l’emploi local, avec laquelle je ne suis pas d’accord, sur la cherté de la vie et le contrôle des marges par exemple. Bref, il va falloir repartir au combat.”
EN ATTENDANT LA CASSATION
La scène a été expédiée en une minute ou deux. La cour d’appel a donc décidé d’accéder à la demande de Gérard Jodar, de Sagato Uvéakovi et de Michel Safoka : celle d’abréger leur peine de prison ferme, après qu’ils ont été condamnés dans les débordements liés au conflit Aircal, le 28 mai 2009, sur l’aéroport de Magenta. La sentence a été annoncée en l’absence des trois hommes. Un état de fait que le président de la cour n’a pas manqué de regretter : “Nous aurions bien aimé leur dire quelque chose”. L’explication de texte, sans doute. Prochaine étape attendue : celle de la Cour de cassation. Les militants condamnés dans les violences de Magenta avaient en effet décidé d’en appeler à la plus haute juridiction française, qui se prononce sur la forme d’un dossier. La décision pourrait intervenir au mois de mars ou d’avril.






