Publié le mercredi 01 septembre 2010 à 10H39
COUR D’ASSISES. La troisième session de l’année s’est ouverte hier. Une affaire de viols y est jugée depuis hier. William est accusé d’avoir violé six femmes. Il a abusé de leur crédulité et de leur croyance mystique pour arriver à ses fins.
L’ESSENTIEL
- William est un escroc, il a fait croire à toute sa famille qu’il était la réincarnation d’ancêtres et qu’il pouvait guérir ses victimes du mal qui était en elles
- Les faits se sont déroulés de 2006 à 2007 et toutes ont cru que c’était leur ancêtre qui leur ordonnait de coucher avec l’accusé
- L’accusé risque 20 ans de réclusion criminelle
William Mariteragi encourt 20 ans de réclusion criminelle pour avoir violé six femmes âgées à l’époque de 18 ans à 36 ans, en 2006 et 2007. Il est depuis hier jugé par la cour d’assises de la Polynésie française. L’accusé se prenait pour une espèce de sorcier guérisseur, réincarnation des tupuna et de ses ancêtres. C’est en réalité un escroc et un manipulateur, un homme qui a profité de femmes vulnérables sur les plans physique et psychique. Un personnage qui a profité des croyances culturelles – celle des anciens– de ses victimes. William est un beau parleur et a endormi son entourage familial pour parvenir à ses fins. Du côté de Punaauia, l’accusé a organisé des séances occultes, des sortes de rituels anciens, selon lui. Cela avait lieu tous les jours à 5 heures du matin et toute la famille participait. L’accusé prétendait être la réincarnation d’ancêtres et d’un en particulier : Maruatini. William imitait la voix de l’ancêtre et menait, tel un gourou, les gens de sa famille par le bout du nez. Il leur soutirait de l’argent en prétextant pouvoir le faire fructifier grâce à ses pouvoirs, à son mana.
Mais l’homme pousse le vice plus loin. Il raconte à certains de ses parents que leurs filles sont malades, qu’il faut donc les guérir et qu’il est bien évidemment le seul à pouvoir faire sortir le mal qui est en elles. Aussi ce sont parfois les pères eux-mêmes qui confiaient leur fille. “Il m’a dit qu’elle avait une maladie à la tête. J’ai rien trouvé de louche. Je croyais en ses pouvoirs”, a raconté un papa. À chaque fois, l’accusé reproduit le même mode opératoire. Il simule une transe et fait croire à ses victimes qu’elles sont, par exemple, atteintes d’un cancer et que de grands malheurs vont s’abattre sur leurs proches si elles ne couchent pas avec lui. Les filles terrorisées s’y plient sous la menace. “Il a pris la voix de Maruatini. Il m’a dit que j’avais une boule en moi. J’ai rien compris. J’avais peur. On était seules. Il m’a menacé ensuite, moi et mon fils, de nous tuer”, a souligné une des victimes. C’est par elle que l’affaire éclate. Quelques mois après sa séance de thérapie, elle donne naissance à un garçon. Cette dernière se confie alors à sa mère. La gendarmerie enquête et découvre d’autres victimes. L’une d’entre elles raconte que c’est son père qui lui a demandé de suivre William. “Il m’a dit que Satan était dans moi. Que j’avais une boule dans le vagin et qu’il fallait l’extraire”, a lâché la plus jeune des six victimes. Les “diagnostics” de William sont accompagnés de menaces. “Je reconnais les avoir violées. Mais je ne les ai pas menacées. Les ancêtres, cela existe bien. Ils parlent à travers moi, mais pas pour les conneries. Ça, c’était moi”, a reconnu hier l’accusé à la barre.
“Avez-vous imité volontairement la voix de vos ancêtres pour arriver à coucher avec elles et pour leur faire peur”, a demandé le président de la cour d’assises. “Je n’ai fait que servir de passage”, a lâché l’accusé, incapable devant la cour de reprendre la voix des anciens. “C’est bizarre car depuis que vous êtes à Nuutania, vous ne prenez plus la voix des ancêtres. De plus, on n’a jamais entendu des ancêtres dire : “Enlève ta culotte, passe-moi ton Vini ou encore ramasse le matelas”, a lancé le président à l’accusé. Toutes les victimes gardent aujourd’hui des séquelles psychologiques des séances de thérapie. “Il y a une confusion dans les têtes. Pour elles, ce n’était pas possible de mettre en doute un mythe familial, celui qui est la réincarnation des anciens. Il y avait une telle emprise familiale dans ces histoires”, a expliqué une experte psychologue à la barre. Pour Pierre Moyer, président de la cour d’assises, “William agissait comme si c’était Dieu. Et toutes les victimes avaient peur de ne pas être crues. Tout le monde pensait toujours que tout ce qu’il disait allait se réaliser”. La psychologue a acquiescé : “Tout à fait. Ce sont des personnes avec des personnalités immatures qui n’ont pas pu prendre de position tant elles étaient sidérées. Elles n’ont pas eu la possibilité de dire non”. Les six victimes étaient persuadées qu’elles avaient des rapports avec un ancêtre. Pour certaines, cela ne faisait aucun doute que William incarnait les tupuna. “Et il ne faut pas contrarier les tupuna, sinon on est doublement en danger”, a expliqué une autre des victimes. Pour mieux se protéger, au-delà des menaces, William faisait croire à ses victimes, qu’il était en transe et qu’il ne se rappelait de rien. “Les victimes ne pouvaient raisonner normalement dans un tel contexte”, a conclu la psychologue.
Entre la crainte de l’autorité et les croyances, toutes les victimes ont été contraintes d’accepter des rapports sexuels. Certaines ont dû subir plusieurs fois les assauts de l’accusé. Du moins jusqu’à ce que l’une d’elles se défende avec un couteau. “Les ancêtres, c’est sacré mais ils sont morts. William, il est vivant et je voulais le tuer”, a-t-elle déclaré. Toutes attendent aujourd’hui que William “paie pour ce qu’il a fait, ensuite on aura la conscience tranquille”. Les jeunes femmes peinent à se reconstruire et sont presque toutes suivies psychologiquement. “Je n’ai plus envie de croire à ces choses-là”, a lancé l’une d’elles. William, sur un ton complètement détaché, leur a demandé pardon. Des excuses qui n’ont pas paru sincères. La cour examine aujourd’hui le profil psychiatrique de l’accusé. Selon un rapport, William est décrit comme un manipulateur pervers avec une personnalité psychopathique. L’accusé montre une totale inaffectivité à l’égard de ses victimes et le risque de récidive est probable.
Compte-rendu d’audience, JH
DÉCRYPTAGE
Des massages traditionnels au vaudou
William a de la suite dans les idées. Il prétendait pratiquer des massages traditionnels pour violer ses victimes. Quand celles-ci s’y opposaient et que la voix de Maruatini ne les faisait pas plier, il prenait une autre voix. Soi-disant celle du roi Mitan, un autre ancêtre. Sauf que ce dernier n’a jamais fait partie de sa généalogie. Loin s’en faut. En effet, le roi Mitan est un mythe que l’on retrouve dans certains rites magicoreligieux vaudous en Afrique et aussi en Martinique. Pour l’accusé, aucune différence, tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins.
Zoom
William : un escroc dans l’âme
William n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà été condamné à quatre reprises pour notamment des abus de faiblesse, des escroqueries ou encore des violences volontaires. Un de ses “plus beaux coups”, il l’a réalisé en 2002. À cette époque, William avait été condamné à trois ans de prison ferme s’étant fait passer pour un agent de l’Office polynésien de l’habitat (OPH) auprès de certains particuliers. Son démarchage était rodé, il demandait à ses victimes la somme de 100 000 Fcfp environ pour les aider à constituer leur dossier de demande de fare MTR. Sauf que les malheureux ne le revoyaient plus jamais une fois la somme encaissée. Pas plus qu’un logement ne leur était attribué. Il avait fait 12 victimes. C’est ainsi qu’il a été arrêté en 2007. Après son incarcération, les langues ont commencé à se délier et l’affaire pour laquelle il est jugé hier et aujourd’hui par la cour d’assises a été révélée.








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Commentaires anonymes
02/09/2010 à 14h00
...le choix est large ...injection, chaise électrique, pendaison, enfermer à vie ... le choix est large ...poorquoi hésiter ...