Le pédophile de Hao écope de 20 ans et fera appel

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Publié le samedi 06 mars 2010 à 13H01

ASSISES. Philippe Challand a été condamné par la cour d’assises à 20 ans de réclusion criminelle. Cette semaine, il a été jugé pour viols, agressions sexuelles et détention de films pornographiques de mineurs.

L’ESSENTIEL

  • L’accusé était infirmier anesthésiste à Hao de 1993 à 1994 puis de 1996 à 1998
  • C’est dans le cadre de ses fonctions qu’il a abusé de près d’une “quarantaine d’enfants”. Mais la cour d’assises n’a jugé que onze des faits, les autres mineurs n’ayant pas été identifiés
  • Il a écopé de la peine maximale. Son avocat, Me Antz, a annoncé “faire appel”

Philippe Challand a écopé de la peine maximale, 20 ans de réclusion criminelle et 10 ans d’interdiction de séjour sur le sol polynésien, pour cinq viols, une tentative de viol, cinq agressions sexuelles et la détention de films ou images pornographiques de sept mineurs. Il devrait effectuer sa peine à la prison d’Auxerre pour se rapprocher de sa famille et n’a pas été condamné à un suivi judiciaire (lire zoom). Le verdict est tombé jeudi aprèsmidi à la cour d’assises de Papeete, après quatre jours de procès. D’ores et déjà, l’avocat de la défense a annoncé qu’il comptait faire appel, “compte tenu du fait que les jurés n’ont pas pris en compte certaines circonstances atténuantes”, a déclaré Me Antz à l’annonce du jugement.

Durant toute sa plaidoirie, le conseil du pédophile de Hao n’a cessé de marteler : “Parler de la pédophilie est une épreuve ardue. De l’ignorance peut naître l’intolérance. Oui, il est l’auteur de faits graves mais il ne faut pas oublier que lui aussi a souffert. Mais ce n’est pas un serial killer, il n’a tué personne”. Pour défendre son client, Me Antz est revenu sur le contexte familial de l’accusé, sur sa mère rigide. Et sur les viols qu’a subis Philippe Challand. Mais surtout, il a évoqué la condition des pédophiles. “La pédophilie ne se critique pas. Elle est. La pédophilie est une orientation sexuelle et elle ne se choisit pas. Les pédophiles sont interdits de consommer. Tout est fermé à vous lorsque vous êtes pédophile. Vous ne pouvez pas avoir de vie sexuelle et vous devez vivre avec”, a lancé Me Antz. Après une longue plaidoirie, il a conclu ainsi : “Philippe Challand ne veut pas d’un jugement divin mais d’un jugement humain. Il est avant tout une victime avant d’être auteur. Pour les viols qu’il a subis, il n’y a jamais eu réparation. Il lui faut un jugement qui vienne du coeur. Il veut être compris”. À la fin de son procès, Philippe Challand a demandé “pardon” à ses victimes, avec “des regrets sincères”.

Philippe Plantard, l’avocat général avait requis une peine de 18 ans de réclusion, 10 ans d’interdiction de séjour en Polynésie française, 10 ans de suivi socio-judiciaire et cinq ans d’emprisonnement en cas de nonrespect du suivi. Philippe Plantard n’a aucun doute, Challand est un prédateur et un manipulateur. Si ce dernier a réfuté et nié en bloc deux des cas, un viol et une agression sexuelle qui se sont déroulés en métropole après son départ de Hao, l’avocat général dit avoir “vu une sincérité irréfutable des victimes”.

Des victimes aujourd’hui devenues des jeunes hommes qui accusent Philippe Challand d’avoir abusé d’eux, alors même qu’ils étaient conscients. Le pédophile dit ne s’attaquer à des petits enfants endormis, uniquement “sous anesthésie”. Mais le ministère public renchérit : “L’impression ne suffit pas pour condamner quelqu’un. Il faut des preuves et là, on en a”. Des vidéos accablantes, filmant plus d’une trentaine d’enfants dans leur plus simple appareil. Des films dévoilant des crimes odieux où Challand viole ou caresse des mineurs. “Mais aujourd’hui, vous niez parce que vous refusez d’assumer contrairement à ce que vous prétendez”, lance l’avocat général. “Vous vous enfoncez dans votre pédophilie. Si au début vous ne vous en preniez qu’à des enfants endormis, vous avez pris de l’assurance et vous vous en êtes pris aux enfants conscients. Philippe Challand est un dissimulateur hors pair. C’est l’ami qui viole votre fils. C’est l’infirmier qui viole ses patients”.

Du côté des parties civiles qui représentent les victimes dont la majeure partie a assisté aux débats, on souligne : “Ce qui est commun à chacun est le choc et le sentiment de honte qu’ils éprouvent”. “Des sentiments aggravés car les faits se sont déroulés sur un petit atoll à Hao” et “les bouches parlent”, a déclaré Me Toudji. L’avocate a par ailleurs mis en avant le caractère certes pédophile mais homosexuel de l’accusé, la quasi-totalité des victimes étant des garçons, ce qui aggrave le sentiment de honte. Pour tous, c’est une trahison. “Ils sont dorénavant marqués au fer rouge. C’est un coup de poignard dans le dos. Il a profité des moments de vulnérabilité de ses victimes en abusant de sa fonction”, a-t-elle lâché. Le plus dur aujourd’hui pour les victimes est de se reconstruire. Car toutes sont écoeurées.

Jenny Hunter

“Il a profité des moments vulnérabilité de ses victimes en abusant de sa fonction”

“Je savais que ce n’était pas bien mais c’était plus fort que moi”

Philippe Challand aurait pu continuer à vivre une vie paisible, sans que jamais ses crimes odieux ne soient révélés. Mais c’était sans compter la découverte effroyable de Benjamin, son beau-fils. D’octobre 1993 à octobre 1994 puis d’octobre 1996 à 1998, Philippe Challand est un homme respecté dans sa profession. Il est infirmier anesthésiste à l’hôpital militaire de Hao. Un hôpital qui reçoit également plusieurs civils. Au cours de son premier séjour, celui que l’on décrit comme étant un homme certes timide mais irréprochable découvre qu’il peut assouvir en partie ses fantasmes. Depuis la fin des années quatre-vingt, il se sait pédophile et est attiré par les enfants, les jeunes garçons. “Mais j’ai toujours lutté contre cela. Je savais que ce n’était pas bien”, avoue l’accusé. Pourtant, les proies sont faciles “et les locaux réagissent très bien aux anesthésiants. Je savais quelle dose je devais mettre pour les endormir un peu plus”, lâche-t-il. Aussi, il commence par filmer des enfants nus. Mais tout s’enchaîne. Il sait qu’il ne sera pas pris, le personnel étant restreint. Il commence alors par les toucher, les caresser toujours en les filmant.

Après une mutation en France, il revient sur l’atoll paumotu en 1996 et là l’horreur se poursuit. Pire même. Non content d’avoir déjà sévi, cette fois, il décide de violer ses victimes. “Je savais que ce n’était pas bien. Mais je ne pouvais pas me contrôler. C’était plus fort que moi”, reconnaît l’homme. Il avoue au total une quarantaine de faits. Jusque-là, le pervers ne s’était jamais fait prendre. Et les enfants anesthésiés ne se souvenaient de rien. Une aubaine pour lui. Il continue sa vie en France en compagnie d’Evelyne qui décède en 2001. Il élève alors seul son beau-fils, Benjamin. C’est en mai 2006 seulement que l’ignoble est dévoilé. Benjamin, par hasard, tombe sur ses fameuses vidéos. Des souvenirs de Challand et “quelques films de vacances” comme il les a qualifiés. Le jeune homme, alors âgé de 17 ans, n’en revient pas. Dépité, choqué. C’est grâce à lui que l’affaire voit le jour. Il contacte la gendarmerie. Aussitôt, Philippe Challand est arrêté et les gendarmes saisissent trois cartons entiers de vidéos pédophiles.

Zoom

Pas de suivi socio-judiciaire

Philippe Challand n’a pas été condamné à un suivi sociojudiciaire. Si l’avocat général dans ses réquisitions avait demandé 10 ans de suivi dont cinq années d’emprisonnement en cas de non-respect, et que tous les experts s’accordent à dire “que c’est un impératif”, la loi ne le permet pas. L’obligation et l’injonction de soins est une loi qui date de 1999. Or, les faits reprochés sont antérieurs. Philippe Challand, qui doit normalement effectuer sa peine à la prison d’Auxerre pour se rapprocher de sa famille, ne sera donc pas obligé de se soigner. Jusqu’à présent, il n’a pas demandé à le faire. Et pourtant, comme l’a souligné une psychiatre, “Le risque de récidive chez les pédophiles est plus élevé que chez les violeurs ou pères incestueux”.

Onze faits punis pour une quarantaine avoués

“La révélation a été terrible pour eux”, affirme Pierre Moyer. À la barre cette semaine, presque toutes les victimes identifiées ont défilé et expliqué leur malêtre. Lors de la révélation des faits, une psychologue était présente. “Tous ont été convoqués à la gendarmerie, mais ils ne savaient pas pourquoi. Ils ne s’attendaient pas à cela”, a indiqué le directeur d’enquête. Lorsque la nouvelle tombe, les jeunes hommes sont effondrés. N’y croient pas. “Je veux voir le film”, a même insisté une victime. Personne ne sait exactement ce que Philippe Challand leur a fait. “Nous ne sommes pas entrés dans les détails. Apprendre des années plus tard que vous avez été violé alors que vous étiez anesthésié constitue déjà un lourd traumatisme”, a précisé la psychologue. Aujourd’hui, tous portent ce lourd fardeau. “Un des jeunes hommes est complètement détruit. Alors que tout allait bien avant, il fait des cauchemars, a perdu l’appétit, a des crises d’angoisse et de pleur. Il n’en a parlé avec personne. Résultat, sa vie est anéantie et sa vie de famille a volé en éclats”, a ajouté le président de la cour Pierre Moyer pour illustrer le désespoir des victimes. Elles ont aussi la haine et la rage. Emmurées dans le silence, elles souffrent. Pour la majorité d’entre elles, les experts ont conseillé un suivi psychologique. “La révélation pour elles, alors qu’elles n’étaient pas conscientes, peut être un détonateur et libérer de la violence ou autre chose”, ont conclu les experts. Philippe Challand prétend lui “connaître cette douleur”. Lui qui a également été violé quand il était enfant. Une précision jugée indécente par Pierre Moyer : “Vous leur dites que vous avez vécu la même chose, mais ils s’en fichent. Ils n’ont rien demandé”.


Les victimes doivent apprendre à se reconstruire

En 2006, les faits sont dévoilés. Les gendarmes entament un travail de fourmi. “Pour une fois, on a l’auteur mais pas les victimes”, affirme le directeur d’enquête. Il faut repasser en boucle les films pédophiles pour tenter de retrouver les enfants. Sauf que Philippe Challand, lorsqu’il filme n’est intéressé que par une chose : le sexe. Aussi, “il y a des kilomètres de fesses”, lâche-t-on à la cour d’assises, mais rien qui ne permet formellement d’identifier les petits enfants. Leur visage n’est pas filmé ou il est caché par un masque chirurgical. Certaines victimes sont pourtant identifiées grâce à “des cassettes” personnalisées. Philippe Challand inscrivait le prénom de certains d’entre eux sur ses films. Quant aux CD, mini disc et disque dur saisis, impossible de relever l’identité des violés. “Je regrette de n’avoir pu vous donner tous les noms”, dit Philippe Challand. “Nous, nous regrettons de n’avoir pu contacter toutes les victimes”, répond le président de la cour, Pierre Moyer. Car s’il y a bien des suspicions quant à l’identité de certains, “nous n’avons pas pu leur dire. Par exemple, nous avions des prénoms mais sur l’atoll quatre personnes correspondaient à la description. Pour aider l’enquête, les rares registres de l’hôpital sont passés au peigne fin pour savoir qui s’est fait opérer durant les périodes où exerçait Philippe Challand. Mais encore une fois, plusieurs personnes correspondent à une identité. “Les victimes ne se souviennent de rien. Nous avons du leur annoncer qu’ils avaient été violés, agressés sexuellement ou encore filmés. On ne pouvait pas se permettre de dévoiler les faits à quelqu’un dont on n’était pas sûr qu’il soit vraiment la victime. Le choc et les conséquences auraient été irréparables”, a expliqué Pierre Moyer. Du coup, sur l’atoll nombreux sont ceux qui se demandent aujourd’hui “et moi ?”. Les jeunes hommes identifiés, eux, veulent tourner la page et oublier. Aux habitants de l’île de ne pas les traiter en parias.

Jenny Hunter
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Commentaires anonymes

08/03/2010 à 09h35

"La pédophilie est une orientation sexuelle et elle ne se choisit pas."
Si l'on veut bien admettre (difficile) que Chaland n'a pas choisi ayant été un temps "victime" lui aussi (l'éternelle excuse), il devait s'y complaire et, surtout, IL A CHOISI d'y rester en tournant ces vidéos pour entretenir sa "maladie". Et double circonstances aggravantes, il a profité d'enfants qu'il a mis hors d'état de se défendre en les anesthésiant et aussi profité de ses fonctions d'infirmier alors qu'il était là pour les soigner et les défendre.
C'est quand même incroyable qu'il ait relevé appel de la décision. Les prochains jurés seront peut-être plus conscients de la gravité de ses actes.