Dix ans pour le grand-père violeur

Publié le mercredi 17 novembre 2010 à 10H15

ASSISES. Un grand père a écopé de 10 ans de réclusion criminelle pour avoir violé sa petite fille. La malheureuse était âgée de 12 ans au moment des faits.

Elle a 15 ans aujourd'hui. Elle mesure 1,62 m, est toute frêle et a du mal à contenir ses larmes. Et pour cause, elle a été attouchée alors qu'elle n'avait que six ans, puis violée alors qu'elle avait 12 ans. C'est une jeune fille aujourd'hui perturbée qui a attenté à ses jours. “Je souffre toujours. Je n'arrive pas à vivre ma jeunesse. J'ai beaucoup de difficultés. Je me suis renfermée sur moi-même”, raconte la victime, les larmes aux yeux.

L'auteur du crime est son grandpère faaa'mu, qu'elle considère comme son père. L'accusé a comparu pour “viols et agressions sexuelles sur mineure de moins de 15 ans par personne ayant autorité” devant la cour d'assises hier matin. Et c'est une histoire triste. Alors que la petite n'avait que 5 ans, “ses parents se fichaient d'elle”, souligne la cour d'assises. Elle a alors été confiée à ses grands-parents. Sauf que ces derniers s'alcoolisent à n'en plus pouvoir et fument du paka. Un an plus tard, son “papa”, l'a touché pour la première fois. Celle-ci a tenté de dire à son entourage ce qu'il se passait, mais en vain. L'accusé lui, dit avoir donné tout son amour. Un peu trop. Il est le mari api de sa grand-mère. “Je l'aimais beaucoup. J'aimais beaucoup cette enfant”, a-t-il martelé au cours de l'audience. La jeune fille elle-même dira : “je le considérais comme mon père. Je l'appelais papa. Je regrette qu'il ait fait cela. C'est le seul qui ait été un vrai papa pour moi, hormis cela”, déclare-telle en se tordant les doigts, emmitouflée dans son large pull.

La jeune fille a dénoncé les faits en 2008. Mais pour comprendre l'histoire, il faut revenir deux ans plus tôt. Elle avait déclaré en 2006, à l'assistance sociale, être battue par son grand père. Elle a été aussitôt placée chez ses parents biologiques. Deux ans plus tard, après une enquête du juge des enfants, une nouvelle décision est prise, elle doit retourner chez ses grands-parents. Ses parents sont eux aussi alcooliques, se tapent dessus, “ne comptent que sur l'aide des affaires sociales. Pour moi, c'était des cas sociaux”, témoigne une éducatrice spécialisée. C'est à ce moment-là que la victime décide de dévoiler les faits, petit à petit, aux affaires sociales. “Elle nous a d'abord dit qu'elle était frappée, puis attouchée. Au final, elle nous a dit qu'elle était victime de viols par son grand-père”, raconte l'éducatrice spécialisée. Aussi, une plainte a été déposée en juillet 2008. “Les parents n'ont pas voulu se constituer partie civile sauf s'il y avait de l'argent à gagner dans cette affaire”, précise la cour d'assises.

Aujourd'hui, le père de la victime est décédé. Le grand père est sous les verrous. “La grand-mère est bourrée du matin au soir”, précise le gendarme qui a mené l'enquête. Et de poursuivre : “et la mère, ne fait pas plus attention à elle que cela. C'est même la victime, qui est l'aînée de six enfants, qui prend soin de ses frères et soeurs”. Résultat, la victime se scarifie, s'automutile, s'adonne jeune à l'alcool, au tabac et au paka. “Je suis perdue et je pensais pouvoir oublier mais je n'y suis pas arrivée”, lâche-t-elle en larme.

L'avocat général, Lionel Bounan a requis à l'encontre de l'accusé une peine entre huit et dix années de réclusion criminelle, avec cinq ans de suivi sociojudiciaire. “Selon les médecins et les psychiatres, il y a de forts risques de récidive. S'il n'a pas de tendance à la pédophilie cela ne change rien. Aujourd'hui, l'homme reconnaît les faits. S'il dit que la victime était consentante cela ne change rien pour nous. La loi de 2010 pour les enfants de 12 ans dit que le consentement est inexistant et qu'il faut reconnaître la dignité de la victime. La mère ainsi que la grand-mère n'ont absolument pas joué leurs rôles et cela est inadmissible. Tout le monde s'en fichait de cette petite”, martèle l'avocat général. Pour Me Merceron, l'avocate de la partie civile : “personne ne s'est occupé sincèrement et sérieusement de cette fille”. Les jurés ont condamné le grand-père à dix ans de réclusion criminelle et cinq ans de suivi sociojudiciaire.

JH

Jenny Hunter
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