Publié le mardi 07 septembre 2010 à 09H32
ASSISES. Augustin a écopé de 14 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles. Au total, trois personnes ont été reconnues comme victimes : deux belles-filles et une nièce.
Augustin nie tout. Du moins tout ce qui est gênant pour lui. Les viols commis sur sa belle-fille, la fille de sa concubine, il les rejette en bloc. “Ce sont des mensonges”, lâche-t-il du box des accusés. Et pourtant, hier, la cour d’assises l’a reconnu coupable des faits de viols et a également qualifié ces faits d’incestueux. Ces viols à répétition ont commencé alors qu’à l’époque, la malheureuse n’était âgée que de 12 ans. C’était en 2004. L’accusé venait à peine de se mettre en ménage avec sa mère. À la barre, la victime décrit son enfer avec beaucoup d’angoisse et de peine. Elle se tord les doigts, tremble comme une feuille, pleure. Et ses déclarations dans la chronologie des événements sont confuses. Pour autant, ils se tiennent. Elle maintient que son beau-père l’a violée plus d’une dizaine de fois. Qu’à chaque fois, il s’est jeté sur elle et la menaçait avec un couteau avant de la pénétrer complètement. Elle était par ailleurs vierge avant cela. “J’ai jamais fait cela. Et j’ai jamais fait l’amour avec elle”, lance l’accusé présumé. “Menteur”, répond la victime sur le banc des victimes en larmes.
Les viols, la jeune fille les subit jusqu’en 2008. Le tout dans un contexte familial pas facile. Son père est décédé alors qu’elle n’a que 10 ans. Sa mère, deux ans plus tard, emménage avec son nouveau concubin sur un atoll éloigné. La mère est malade. Augustin de son côté “donne à manger à tout le monde”. Sauf que ce dernier est un “alcoolique notoire”. “Pour le beau-père, elle était un objet sexuel. Pour la mère, c’était un objet domestique, un objet d’échange”, a expliqué une experte psychologue. La belle-fille était prise au piège et n’a pu dans un tel contexte révéler les faits avant. Il a fallu attendre le 16 juin 2008 pour que l’affaire n’explose. La veille, elle souhaitait se rendre à une fête du village. Elle demande l’autorisation à son beau-père. Augustin répond alors qu’il dirait oui si en contrepartie, elle acceptait une énième relation sexuelle. C’était la première fois qu’il lui demandait une fellation. La jeune fille a maintenant 16 ans. Et depuis quelque temps, elle fréquente un jeune homme. Aussi elle craque, refuse et se réfugie chez un mutoi. C’est là, qu’elle lui raconte tout. “Tout lui était devenu insupportable”, a expliqué une psychologue. Elle dira même que le beau-père monnayait parfois les viols. “Elle n’a aucun moyen de défense et surtout sur un atoll, elle n’avait nulle part où aller”, ont expliqué des psychiatres.
Le dévoilement des faits a conduit les gendarmes à d’autres victimes. Au total, elles sont trois. En effet, la grande soeur a avoué qu’elle aussi a été victime. Son beau-père l’a agressé sexuellement. Un soir où elle dormait, ivre, il lui a pratiqué un cunnilingus. Une autre fois, il a caressé le sexe d’une troisième jeune femme. Cette fois, il s’agit d’une nièce. Augustin est entré chez elle complètement saoul. Comme les jeunes femmes précédentes, elle était endormie quand soudain, son oncle s’est jeté sur elle, l’a caressée un peu partout et lui a léché les seins. La jeune fille, qui a 15 ans, se défend et réussit à mettre l’homme à terre. Elle s’enfuit et trouve de l’aide auprès de sa soeur et de son beaufrère qui sont voisins. Augustin reconnaît les agressions sexuelles sur les deux dernières filles. Mais jamais il n’avouera des viols sur sa belle-fille préférée. “Elle était consentante et j’ai juste frotté mon sexe sur le sien. C’est tout”, a-t-il expliqué. “Il a des tendances manipulatrices”, a relevé une psychologue clinicienne. Et surtout pour lui, ce n’est pas lui qui ment, mais tous les autres. “Les gens dans mon atoll aiment bien critiquer les autres. Ils racontent n’importe quoi”, s’est défendu Augustin. La petite fille de l’accusé est également venue témoigner d’attouchements. Mais là aussi “ce sont des mensonges”. Elle a raconté à la barre que “papi, il a frotté son zizi sur ma poupoune”. Elle n’avait que 8 ans. Mais la petite n’avait pas les mots pour le décrire à l’époque. Et par insuffisance d’élément, l’affaire n’a pas eu de suite. Elle ne figure donc pas à la procédure. Augustin a été condamné à 14 ans de réclusion criminelle pour des faits de viols, d’inceste et d’agressions sexuelles. C’est ce qu’a requis l’avocat général. “Ce n’est pas une comédienne. Il faut lui rendre justice. Dans ce dossier, on a par ailleurs retrouvé l’ADN mélangé de l’accusé et de la victime sur des draps. Il faut arrêter maintenant”, a martelé l’avocat général. La justice l’a entendu.
JH
Protection des victimes
À la demande de la justice, le nom de l’accusé ne sera pas dévoilé. Ses liens trop proches avec les victimes nuisent à leur protection. Sans compter que les faits pour certains d’entre eux ont été commis alors que certaines étaient mineures et que dans certains cas, la question de l’inceste a été posée aux jurés populaires. Tous comme les noms, les lieux eux aussi ne seront pas communiqués afin que l’on ne puisse reconnaître les victimes et leur porter un quelconque préjudice.







