Publié le lundi 06 septembre 2010 à 09H40
ENVIRONNEMENT. Le Criobe organise cette semaine un séminaire de formation sur la gestion des aires marines protégées. En chefs de file, l’anthropologue polynésien Tamatoa Bambridge et le juriste méditerranéen François Féral. Ils défendent l’intervention des sciences humaines dans le champ de l’écologie.
L’ESSENTIEL
- “Compter les poissons, ça ne fâche personne. Abordez l’anthropologie, l’économie et le droit, et vous soulevez des problèmes”, dit François Féral
- Les aires marines protégées peuvent être étatiques, officielles. Elles sont dans la pratique très souvent non étatiques, explique Tamatoa Bambridge : rahui, organisation traditionnelle, parc patrimonial...
- “Implicitement, l’État reconnaît ces pratiques.” Le droit républicain se mélange aux coutumes pour former un “droit syncrétique”, une “synthèse”.
L’approche de l’écologie par les sciences humaines est-elle répandue dans le monde scientifique ?
Tamatoa Bambridge : “Franchement, très peu. C’est plutôt une originalité. On doit souvent convaincre nos collègues que les sciences humaines sont aussi importantes que les “sciences dures”. Généralement, on fait appel aux sciences humaines quand il y a des difficultés, donc quand c’est trop tard. Pour une fois, on a l’opportunité d’intervenir plus tôt.” François Féral : “Compter les poissons, ou dire que les coraux blanchissent, ça ne fâche personne. Mais dès que vous abordez les questions d’anthropologie, d’économie et de droit, vous mettez en avant les droits et les obligations des acteurs et vous soulevez des problèmes. La plupart des gestionnaires d’aires marines protégées sont des biologistes qui sont souvent en grandes difficultés parce que pour eux la vérité scientifique devrait être la vérité administrative. Eh bien non ! Entre ce qui serait la bonne décision biologique et ce qui est en réalité possible de faire avec les hommes, il y a une différence. Et cette différence est mieux documentée par les sciences humaines que par les sciences biologiques. Nous devons remercier la direction du Criobe : depuis trois ans, Serge Planes et Bernard Salvat ont, d’une façon volontariste et souvent contre l’avis de leur hiérarchie, ouvert les portes aux sciences sociales.”
Cette approche est-elle typiquement francophone ?
TB : “Pas vraiment. Par exemple, nous n’avons pas en France de compétence en histoire de l’environnement. Nous avons donc invité un chercheur australien, Paul D’Arcy, qui a fait un travail important au niveau du Pacifique sur ce thème.”
FF : “Il existe une différence majeure d’approche juridique. Le droit républicain français ne reconnaît pas au sein du peuple français plusieurs populations. Au contraire, la coutume est bien souvent reconnue dans le droit anglo-saxon. Aux îles Fidji par exemple, la constitution prévoit que la coutume est supérieure au common law. En réalité, tout est plus compliqué. De son côté, la France a mis beaucoup d’eau dans son vin avec plusieurs procédures permettant de moduler le principe proclamé (l’unicité du peuple français, NDLR). Chez les Anglo-Saxons, même si en théorie la coutume est supérieure au common law, le juge est en définitive un juge du common law qui a tendance à écarter la coutume. Donc il y a des approches différentes, mais au final une même problématique : comment gérer la dualité juridique d’un territoire ? Un exemple typique : en Nouvelle- Calédonie, la coutume est reconnue depuis un arrêt de la Cour de cassation de la fin du XIXe siècle. Des biens coutumiers sont reconnus et leur gestion est reconnue par une entité qui est la tribu. Donc il y a bien une différence entre ceux qui peuvent accéder aux biens coutumiers par leur naissance et ceux qui ne pourront jamais y accéder parce qu’ils sont nés ailleurs. Vous voyez que l’on peut moduler les principes juridiques.”
Y a-t-il des aires marines protégées en Polynésie française ailleurs qu’à Moorea et Fakarava ?
TB : “Officiellement, ce sont les seules. Dans la pratique, il y en a de nombreuses autres, comme le rahui sur l’île de Rapa. Également, dans une partie des Tuamotu de l’est, avec la mise en place de zones de pêche réglementées autour desquelles se greffe une organisation sociale traditionnelle. Ce séminaire présentera aussi le parc patrimonial de Hakaetau aux Marquises (Ua Huka), où il y a une pratique de gestion à la fois de la vallée et du lagon. Donc il y a aussi une dualité entre les aires marines protégées étatiques et non étatiques.”
FF : “Je parle souvent d’un droit syncrétique, qui devient une synthèse de deux forces qui se conjuguent, qui sont en dialectique. Implicitement, l’État reconnaît des pratiques. C’est cette dialectique que les sciences sociales étudient...”
Propos recueillis par Benoît Buquet
DÉCRYPTAGE
- François Féral est professeur de droit public à l’université de Perpignan et directeur d’études à l’école pratique des hautes études (EPHE)
- Tamatoa Bambridge est chargé de recherche en anthropologie au CNRS. Il est, selon François Féral, “un des meilleurs chercheurs francophones en anthropologie dans le Pacifique”
- Le Criobe (Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement) est dirigé par le biologiste Serge Planes et se situe à l’entrée de la vallée de Opunohu
Zoom
Cinq jours de formation
Le séminaire sur la “gouvernance des aires marines protégées dans le Pacifique sud” démarre ce matin à 9 heures sous le fare potee du Criobe de Moorea. Il se terminera vendredi par une matinée de synthèse des travaux. Vingt-cinq “stagiaires” vont y participer. Ce sont des responsables de la protection de l’environnement du Pacifique : des îles Salomon, Fidji, Hawaii, des États-Unis, de Nouvelle- Calédonie, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, etc. Pour la Polynésie française, les services du Pays (environnement, culture...), des communes et des ONG. L’originalité de cette semaine de “formation, réflexion et recherche” est qu’elle contourne les questions biologiques et adopte l’angle des sciences humaines (anthropologie, économie, droit). François Féral résume : “Il ne suffit pas de dire qu’il est interdit de pêcher, il faut aussi savoir qui est le perdant. Certains ayatollahs veulent tout interdire, d’autres voudraient toujours pêcher. Il faut trouver un juste milieu.” D’autres angles encore plus originaux sont prévus : “La première journée est consacrée à une vision géopolitique, explique le juriste. Depuis deux ou trois ans, il y a un affichage international sur la création de très grandes aires marines protégées (Kiribati, Cook). Mais on peut penser que ces annonces ont une portée limitée et plutôt un but souverainiste.” Enfin, l’environnement est aussi une question culturelle : “Nous avons associé le service de l’archéologie et de la protection des cultures car il nous semble évident qu’une AMP doit protéger le poisson mais aussi la mémoire de la Polynésie.”








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Commentaires anonymes
07/09/2010 à 05h33
Tu es le meilleur hihihihi ! non non non c'est toi le meilleur hihihi !
blabla !