Publié le jeudi 24 juin 2010 à 10H23
ENVIRONNEMENT. Michel Paoletti (Tahiti) et Laurent Fuentès (Saint-Martin) sont membres de la section ultramarine du Conseil économique, social et environnemental, l’instance parisienne consultative qui s’est lancée dans la rédaction d’un rapport sur la capacité des territoires d’outre-mer en matière d’énergies renouvelables. Rapport attendu entre avril et juin 2011.
Après trois jours de rencontres, comment jugez-vous la capacité actuelle de la Polynésie française en matière d’énergies renouvelables ?
Laurent Fuentès : “Nous voulons inventorier les projets existants, pour produire un avis entre avril et juin 2011 sur la capacité des territoires d’exporter leurs savoir-faire dans des régions proches ou aux environnements comparables, mais aussi vers la métropole. La saisine devra présenter des recommandations collectivité par collectivité visant à donner des pistes. Aujourd’hui, on sait que Tahiti peut produire 50% de son énergie avec l’hydraulique. On sait aussi que grâce au froid des mers profondes, on peut faire des économies d’énergie considérables.”
Michel Paoletti : “Il y a un foisonnement, de grands, petits et moyens projets, relevant plutôt de l’initiative privée. Ce ne sont pas forcément de grosses opérations, mais plutôt une multitude de petites. Par exemple, pour le solaire, les pouvoirs publics comme les opérateurs privilégient les petites installations plutôt que les grosses fermes. Mais nous avons découvert aussi un projet d’usine de méthane avec toutes sortes de retombées pour produire par exemple du compost, des substituts de phosphate...”
Êtes-vous d’accord pour dire que, s’il y a aujourd’hui un foisonnement, le pays a longtemps été immobile ?
Michel Paoletti : “Pour l’électricité solaire, chacun sait qu’il y a eu un grand retard pour la définition du prix de rachat pour le raccordement au réseau. Il y avait quand même un problème d’instabilité politique qui rend difficile le travail d’un gouvernement…”
Vos recommandations seront-elles purement techniques ou pourrontelles aussi s’attaquer à des considérations économiques ?
Laurent Fuentès : “À ce stade, ça ne me paraît pas être une priorité. Nos recommandations seront d’abord techniques. Elles pourront aussi être financières parce que l’on s’adresse à Bercy. Nous parlerons sûrement de défiscalisation par exemple. Mais il est trop tôt pour se prononcer sur ce que seront les recommandations, même si certaines paraissent évidentes.”
Quelles sont ces recommandations évidentes ?
Laurent Fuentès : “Il faut qu’on éclaircisse au moins une chose, c’est l’accompagnement fiscal des procédés de climatisation à l’eau de mer (Sea water air conditioning ou NDLR). Parce que ce n’est pas de la production d’énergie, ça ne bénéficierait pas de la défiscalisation. Ce n’est pas clair du tout. Donc on va poser la question de savoir si oui ou non ces projets seront accompagnés financièrement. Je ne sais pas ce que l’on va recommander, mais je serais surpris qu’on ne se prononce pas sur cet aspect.”
Michel Paoletti : “Au sujet du Swac, il y a un consensus clair sur le fait que l’économie d’énergie pour la climatisation est un des éléments essentiels de l’autonomie énergétique de la Polynésie. Donc il est probablement indispensable d’encourager ce système. Pas seulement par la défiscalisation, mais aussi par un urbanisme qui permet le raccordement des usines, des commerces, et même des maisons individuelles. Donc c’est un projet, pas seulement technique ou financier, mais global. Ça doit être un élément essentiel.”
Laurent Fuentès : “Nous sentons pour finir qu’il y a une quantité considérable de savoir-faire aujourd’hui en Polynésie. Ce qui est fait aux Antilles par exemple est à des kilomètres en arrière de ce qui est fait ici. Par contre, il faut souhaiter un peu de coordination. Il y a des quantités de projets qui se sentent concurrents les uns des autres alors qu’on pourrait les juger complémentaires. Pour l’organisation d’un réseau, pour protéger l’environnement, et pour éviter que ce foisonnement reste une compilation de projets sur papier, il faut bien à un moment donné une coordination. Il est évident qu’il faudrait un plan qui fixe des objectifs pour rendre le pays moins dépendant du pétrole.”
Michel Paoletti : “Nous sommes effectivement dans une phase de foisonnement. Mais on voit bien aussi que le service de l’Énergie travaille à ce plan qui est aujourd’hui en gestation et qu’il y a une vraie volonté du Pays comme de l’État d’arriver à une conception globale.”
Quel est le pouvoir du CES ? Quelle est votre influence ?
“Nous sommes manifestement de plus en plus écoutés par le législateur, par exemple lors des états généraux de l’outre-mer ou pour la rédaction de la Lodeom. De là à penser que nous serons écoutés au sujet des énergies renouvelables, il n’y a qu’un pas que nous avons déjà franchi.”
Propos recueillis par Benoît Buquet
Benoît Buquet







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Commentaires anonymes
25/06/2010 à 11h11
Avec Paoletti comme lumière on aura même plus besoin d'énergie renouvelable.