Une nouvelle colonie détectée

Publié le samedi 06 décembre 2008 à 10H28

FOURMIS DE FEU. La 41e colonie de petites fourmis de feu a été détectée la semaine dernière à Hitiaa. Fenua animalia s'inquiète des transferts de terre sans décontamination.

L’ESSENTIEL

  • Mandatée par la Diren, l'association Fenua animalia d'Éric Loève a détecté, fin novembre, la toute première colonie de petites fourmis de feu dans la commune associée de Hitia’a
  • Selon l'association, les transferts de terres effectués récemment de Mahina vers Hitia’a ne sont pas en cause sur ce coup-là, mais restent préoccupants
  • La Direction de l'environnement affirme de son côté vouloir réformer le code de l'environnement pour le rendre moins flou sur cette question

“Il y a une fuite d'eau. On a mis un barrage. Mais la pression est toujours présente.” Le directeur de l'Environnement, Christophe Giraud, s'inquiète de façon imagée de la situation de la petite fourmi de feu. Les colonies de Wasmannia auropunctata, passées sous traitement depuis 2004, semblent en effet avoir diminué. C'est en tout cas le seul constat optimiste que fait l'association Fenua animalia. “Les nids qui ont été traités n'ont pas évolué. C'est même la première fois qu'on en voit qui ont l'air d'avoir reculé”, souligne le président de cette association, Éric Loève. Pourtant, ce minuscule insecte invasif vient d'être repéré pour la première fois à Hitia’a. Et Fenua animalia s'inquiète ouvertement de l'extraction et des transferts de terre qui continuent, notamment dans la vallée de la Papenoo.

La 41e colonie de petites fourmis de feu a donc été détectée la semaine dernière. Selon Fenua animalia, elle se trouve à l'entrée nord de la commune associée de Hitia’a, contaminée pour la première fois. “Ayant appris, il y a quelques semaines, que de la terre et des déblais contaminés ont été massivement transférés de Mahina (site de l'ex-Technival, quartier Villierme) à Hitia’a, nous avons décidé de commencer la détection systématique du tour de Tahiti par Hitia’a”, écrit Éric Loève, dans sa dernière lettre d'information datée du 21 novembre. Pourtant, si l'association a trouvé un nid de PFF à Hitiaa, ce n'est pas sur le site où la terre de Mahina a été déposée. “Tout indique que les colonies sont là depuis plus longtemps que ces transferts de terre”, dit Éric Loève en précisant que toutes les zones de réception de la terre n'ont pas encore été soumises aux tests de détection.

Fenua animalia s'alarme aussi des transports de terre sans décontamination qui sont effectués en ce moment, notamment “entre la vallée de Ahonu et celle de Papenoo. C'est un entrepreneur du BTP qui est basé à Faaone”, explique Éric Loève qui craint donc aussi une contamination à Taravao. En revanche, la terre extraite à Papenoo, en vue d'être transportée au stade Pater pour les X-Games du 20 décembre serait décontaminée dans les règles.

Si la détection des colonies est à la charge de l'association Fenua animalia, les opérations d'éradication sont assurées par la Direction de l'environnement, qui mandate des entreprises agréées par le SDR (Service de développement rural), lorsque des traitements doivent être réalisés. La semaine dernière, la Diren a donc effectué des opérations de traitement sur les hauteurs de Supermahina, là où la colonisation est la plus importante. Mais les premières grandes pluies de la saison sont venues interrompre le traitement. Malgré tout, côté montagne à Mahina, Éric Loève se réjouit de constater que “les nids qui ont été traités n'ont pas évolué”.

À la Direction de l'environnement, Christophe Giraud annonce la couleur : “Notre but est de réaliser un vrai état des lieux de la contamination et de traiter les zones publiques.” Comprendre par là que ce sera aux particuliers de traiter, à leurs charges les parties privées. Autre objectif : mieux contrôler les transferts de terre. Mais pour cela, il faudrait une réglementation en la matière. Pour l'heure, le code de l'environnement de la Polynésie française se contente d'interdire les transferts de terre “intentionnels et en connaissance de cause (...) depuis les zones infestées vers les zones indemnes”. La connaissance de cause... Une notion bien difficile à prouver, et quasiment impossible à sanctionner. Christophe Giraud affirme que “le Code de l'environnement est en phase d'être refondu pour améliorer et préciser nos textes, mais il nous faudra une bonne année pour y arrive”, précise le directeur de l'environnement.

Benoît Buquet

Décryptage

  • 41 colonies de petites fourmis de feu sont aujourd'hui recensées. La surface contaminée est en revanche inconnue
  • La moitié des colonies détectées se trouve à Mahina, qui est donc la commune la plus infestée. C'est peut-être aussi parce que c'est la commune la plus examinée : environ 60% de la superficie de Mahina a été testée par Fenua animalia, contre moins de 10% dans toutes les autres communes
  • 512 hectares ont été traités contre la PFF en 2008, selon la Diren
  • Espèce envahissante et très urticante, la petite fourmi de feu serait apparue en Polynésie française au début des années 1990. Elle n'a été officiellement identifiée par le SDR qu'en juillet 2004

Analyse

29 millions de Fcfp pour Fenua Animalia

Le ministère de l'Environnement a confié au mois d'octobre la charge de la campagne de détection des colonies de petites fourmis de feu à l'association Fenua animalia, en accompagnant cette mission d'une enveloppe de 29 millions de Fcfp sur le budget 2008 du Pays. Suventionnée pour la première fois de son histoire pour lutter contre la PFF, Fenua animalia s'est mise au travail aussitôt, et peut-être un peu trop vite. “Le 15 novembre, nous avons embauché trois salariés pour chercher les fourmis tout autour de l'île. Mais nous n'avons toujours pas touché la subvention. Si on ne la touche pas, on ne pourra pas continuer au-delà de la fin décembre”, s'inquiète Éric Loève, qui fait appel en passant aux dons des entreprises pour financer son combat. À propos de ce retard de paiement, le directeur de l'environnement, Christophe Giraud, répond simplement que “c'est le délai administratif normal entre la liquidation, le mandatement et le passage au Trésor”. Le budget de la Direction de l'environnement pour les opérations de traitement tourne lui autour de 70 millions de Fcfp pour l'année 2008. Ces crédits ne seront de toute façon pas utilisés entièrement avant le 31 décembre et seront reportés sur l'exercice 2009.

Benoît Buquet
Imprimer Recommander Wikio Facebook Twitter digg

Légal

  • Droits de reproduction
    et de diffusion réservés
    © 2007-2011
    Les Nouvelles de Tahiti

  • Recommandations LNT

    Gardons Contact !

     

    Tous nos fils RSS   Contactez-nous !   La FanPage des Nouvelles de Tahiti   Suivez LesNouvelles.pf sur Twitter !   Le Channel Youtube des Nouvelles de Tahiti