Publié le mardi 31 août 2010 à 11H25
TÉMOIGNAGE. Nuit après nuit, pendant dix ans, Nathalie (*) a arpenté les trottoirs de Papeete à la recherche de clients. Depuis un peu plus d’un an, elle a décidé de s’en sortir. Grâce à son expérience, elle espère bien réussir à convaincre d’autres de ses amies, qu’elles peuvent aussi tourner la page de la prostitution.
L’ESSENTIEL
- Nathalie (*), aujourd’hui âgée de 30 ans, a commencé à se prostituer à 16 ans
- Courant 2009, elle décide d’arrêter de se prostituer et entreprend des démarches pour trouver une formation puis un emploi
- Elle doit partir dans quelques jours en métropole afin de devenir monitrice d’auto-école
Sortie du système scolaire peu de temps après son brevet des collèges, Nathalie (*) entre dans le monde de la rue. Au début, c’est un moyen occasionnel de se faire de l’argent “facile et rapide” puis faire le tapin devient une activité régulière sans qu’elle cherche un autre travail. “Ça a commencé comme ça”, explique-t-elle. Dans sa famille, on sait qu’elle se prostitue mais jamais le sujet n’est abordé. “Bien sûr que ma famille savait mais comme souvent dans les familles tahitiennes, on ne discute pas trop, surtout de ce genre de choses”, raconte Nathalie. Elle se prostitue pendant plusieurs années puis rencontre un jeune homme avec qui elle part en métropole. Elle passe cinq années avec lui, mais leur relation se dégrade et ils finissent par se séparer. De retour à Tahiti, elle va vivre dans sa famille. Sans travail et toujours sans formation, elle retourne au plus vieux métier du monde. “Quand je suis rentrée, je n’avais toujours pas de qualification, je ne savais pas quoi faire. Reprendre la prostitution était pour moi un moyen de me faire de l’argent facile. C’est un peu un engrenage. Quand tu as mis le pied dedans, c’est difficile de s’en sortir”, précise-t-elle.
Elle finit par quitter le foyer familial pour s’installer avec des copines qui, elles aussi, se prostituent. “Nous louions un appart à plusieurs, ce n’était pas pour avoir plus de confort, mais parce que nous ne pouvions pas prendre quelque chose toute seule, c’était trop cher”, explique Nathalie. “Il m’est arrivé de ne pas gagner d’argent pendant deux mois d’affilé alors que tous les jours de 22 heures à 9 ou 10 heures du matin, je traînais en ville à la recherche de clients, sans succès”, raconte-t-elle. Il y a quelques mois, une prostituée annonçait gagner 800 000 Fcfp par mois. Nathalie affirme que ce chiffre est bien loin de la réalité. “800 000 Fcfp par mois, je connais celle qui a dit ça, c’était juste pour faire la maline et parler d’elle. Si j’avais gagné cette somme par mois, cela ferait bien longtemps que j’aurais arrêté de me prostituer. En plus, elle a attiré des problèmes à toutes celles qui sont dans la rue. Le groupe d’intervention régionale (GIR) n’a pas arrêté de leur tomber dessus, venant même les chercher chez elles pendant la journée”, s’énerve Nathalie.
Dans sa tête, une envie commence à germer : celle de s’en sortir, de se sortir de la rue. Il faut encore attendre cinq ans pour que Nathalie décide vraiment d’arrêter de tapiner. Elle cesse totalement de se prostituer au milieu de l’année 2009. Avec pour seul diplôme le brevet des collèges, les démarches pour trouver du travail ne sont pas évidentes. Elle va au Sefi se renseigner sur des formations qui lui seraient accessibles, mais des histoires de budget font que ces formations ne sont pas mises en place.
Quelques personnes, qui ont eu vent de son parcours, décident de lui venir en aide dans sa volonté de réinsertion. Elle est notamment aidée par Mata Ganahoa, directrice de la cohésion sociale à la ville de Papeete, avec qui elle effectue en ce moment un stage de réinsertion professionnelle. Elle décroche également une formation. Nathalie partira dans le courant du mois de septembre pour neuf mois en métropole suivre une formation de monitrice d’auto-école, puis elle reviendra sur le territoire y exercer son nouveau métier. Elle a d’ores et déjà réussi à décrocher une promesse d’embauche. Nathalie est bien décidée à changer de vie, elle est plus que jamais motivée à s’en sortir. Depuis qu’elle a commencé ses démarches, une petite dizaine de ses amies ont, elles aussi, réalisé qu’elles pouvaient s’en sortir et revenir à une vie normale.
GM
(*) prénom d’emprunt
Étude
Deux grands types de prostitution
Une étude, réalisée en 2009 par Christophe Serra Mallol de CSM Consulting, à la demande du député-maire de Papeete, Michel Buillard, a révélé deux grands types de prostitutions : d’un côté les rae rae avec des réseaux biens structurés et de l’autre les femmes et les hommes où la prostitution est plus souvent occasionnelle et moins structurée. Cette étude avait dénombré pas loin d’une centaine de prostitués (tous types confondus) exerçant de jours comme de nuit. 30% ne vivrait pas à Papeete et 20% vivrait dans les rues. Pour certains, les premiers pas dans la prostitution se font très tôt, dès l’âge de 14 ans, pour avoir de l’argent de poche ou pour subvenir aux besoins du foyer. Pour d’autres, c’est un palliatif à l’absence de formation ou d’emploi (hommes et femmes). Pour beaucoup, ils travaillent avec une clientèle d’habitués. Les lieux de rencontre, auparavant restreint à une rue ou un quartier, sont aujourd’hui situés dans plusieurs quartiers de Papeete et des communes environnantes, créant parfois des troubles de voisinage.







