Un accord à 220 millions

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Publié le vendredi 12 mars 2010 à 10H41

Un accord à 220 millions HILTON. Un accord a été signé hier entre les syndicats et la direction de l'établissement, sans O Oe to oe Rima et Otahi. 220 millions d'indemnités ont été accordées.

L’ESSENTIEL

  • Seuls deux syndicats ont signé l’accord proposé par la direction du Hilton hier, la CSTP-FO et la CSIP
  • Un texte qui prévoit 220 millions d'indemnités et une aide au reclassement pour une trentaine d'emplois mais en CDD
  • L’hôtel fermera bien ses portes le 31 mars, mais pour l’instant,rien n’a filtré sur son devenir

À moitié signé. L'accord entre les syndicats et la direction du Hilton Tahiti devait être signé à 14 heures hier après-midi, mais ce n'est qu'à 18 heures que Patrick Galenon de la CSTPFO, Cyril Le Gayic de la CSIP et Yves Laugrost de A Ti’a i Mua se sont décidés à signer un accord modifié par la direction au dernier moment. Les allers-retours ont été incessants tout l'après-midi, chacun complotant dans son coin. Ronald Terorotua de O Oe to oe Rima a fini par claquer la porte sans signer et Lucie Tiffenat de Otahi l'a suivi peu après. Il en manque donc deux. Ces derniers souhaitent consulter leur base avant de signer quoique ce soit.

Pour Ronald Terorotua, “c'est insuffisant”. “Il n'y a aucune porte de sortie demain pour ces salariés. Il n'y a aucune reconversion possible dans le groupe ou à l'extérieur du groupe. Ils proposent des CDD. Des CDD qui vont régler quoi ?”, s’interroge-t-il. Lucie Tiffenat s'inquiète elle pour les cadres qui ne toucheront rien du bonus de 65 millions de Fcfp proposé par la compagnie propriétaire. Pourtant, elle concède que “la direction est allée au bout de ce qu'elle pouvait donner”.

Dans cet accord, il y a 220 millions de Fcfp d'indemnités de licenciement : les 155 millions plus un bonus de 65 millions. Une aide au reclassement promise par la direction qui a trouvé une trentaine d'emplois mais en CDD. Un moratoire avec les banques a permis d'obtenir un sursis de dix mois pour les salariés licenciés qui auraient des traites à payer. “Nous n'avons pas signé avec plaisir, assure Patrick Galenon. Mais on peut difficilement faire mieux”.

Tout le monde semble amer de voir le Hilton Tahiti fermer ses portes. Les syndicats n'espèrent qu'une chose : que l'hôtel soit rapidement repris pour permettre aux salariés d'être reclassés. Mais à l'heure actuelle, aucun projet n'a été annoncé concernant le Hilton et encore moins une poursuite de l'activité hôtelière. “On a senti dans les propos du représentant du propriétaire qu'il souhaitait qu'une activité puisse reprendre. Ce sont eux qui voient avec les investisseurs potentiels”. L'ambiance du secteur n'est pas à la fête et une reprise en structure hôtelière semble peu probable, selon la direction.

Pour Laurent Garrido, directeur de l'hôtel, qui fait partie des cadres licenciés, c'est “un formidable gâchis”. Après la fermeture du Hilton, il espère que “le gouvernement va prendre conscience et qu'enfin, il y aura des décisions. J'étais auparavant à l'île Maurice, je l'ai vu stagner puis prendre une nouvelle impulsion, de manière très simple. Il y avait une vision pour la destination et quand on en a une, on met des objectifs en place. Aujourd'hui, est-ce qu'il y a une vision pour le tourisme en Polynésie, je ne le crois pas”. Laurent Garrido quitte le fenua, rêvant d'un avenir meilleur pour une destination “extraordinaire”.

LR

CHRONOLOGIE

  • 20 février : Les Nouvelles révèlent qu’un projet de clinique existe sur le Hilton. L’hôtel pourrait se transformer en établissement de santé privé, selon un projet porté par le docteur Yves Gendron, actuel P-dg de la clinique Cardella et Jean-Baptiste U, promoteur. Il s’agirait de déménager la clinique Cardella ainsi que le centre de rééducation Te Tiare dans le bâtiment de l’hôtel.
  • 23 février : Les syndicats confirment avoir rencontré Louis Wane, propriétaire du Hilton Tahiti, vendredi 19 février, lors d’une réunion informelle où il leur a annoncé la fermeture prochaine de l’hôtel. Le Hilton est “sacrifié” pour sauver les deux autres établissements du groupe Wane, le Hilton Moorea et le Bora Bora Nui Resort.
  • 25 février : “Tout le monde est vendeur de ses hôtels”, consent Thierry Barbion, propriétaire du Radisson.
  • 1er mars : Première réunion du comité d’entreprise. La fermeture de l’hôtel semble inévitable, il s’agit maintenant pour les syndicats de négocier les indemnités de licenciement pour les 131 personnes qui feront partie du plan social.
  • 2 mars : La direction propose 155 millions. Les syndicats veulent plus.
  • 6 mars : Rencontre entre Louis Wane et Steeve Hamblin, ministre du Tourisme, à Bora Bora. Le gouvernement propose un accompagnement des salariés sur les six prochains mois et Louis Wane confirme la fermeture du Hilton pour le 31 mars.
  • 10 mars : Après avoir réclamé 255 millions de Fcfp, les syndicats proposent 235.
  • 11 mars : L’accord est signé entre Cyril Le Gayic (CSIP), Patrick Galenon (CSTP-FO), Yves Laugrost (A tia i Mua), Laurent Garrido, directeur de l’hôtel, et Vincent Lau, directeur financier du groupe Wane.

LAURENT GARRIDO, directeur de l’hôtel

“Un formidable gâchis”

Que contient le protocole d’accord ?

“Il y a les indemnités légales et un complément donné par la compagnie propriétaire, un bonus de 65 millions de Fcfp, plus le préavis, plus le solde de congés payés.”

Le bonus ne bénéficie pas aux cadres ?

“Tout à fait. Les cadres ne font pas partie de l’accord qui a été signé.”

Comment cela va se passer pour eux ?

“Il y aura une discussion avec la compagnie propriétaire.”

Le Hilton Tahiti ferme toujours le 31 mars ?

“Il y aura une cessation de l’activité au 31 mars. Nous n’aurons plus de clients à partir de cette date-là. Il y a après un certain nombre de tâches à accomplir, que ce soit la comptabilité, les inventaires, et beaucoup de nettoyage et de rangement. L’idée est de fermer l’établissement au plus vite. On va faire en sorte que tout soit terminé le mois qui suit.” Que représente cette fermeture ? “C’est un formidable gâchis. Ça dénote à quel point la destination va très mal touristiquement. On le dit depuis longtemps et aucune mesure n’a été prise à ce jour. Cela fait trois ans que je suis dans la destination et j’espère que le gouvernement prendra en compte la fermeture d’un hôtel de 190 chambres sur l’île principale. C’est un hôtel qui a une histoire, un vécu.Mais l’équation économique n’est plus viable, la baisse du chiffre d’affaires est conséquente. J’ose espérer qu’il n’y aura pas d’autres fermetures par la suite. Le Hilton Tahiti, c’est un crève-coeur. 130 personnes vont se retrouver sans activité et on a unmarché du travail qui est difficile donc j’ose espérer que le gouvernement va prendre conscience et qu’enfin il y aura des décisions. La Polynésie mérite mieux, la destination est extraordinaire. Mais aujourd’hui, on attend aussi la nomination d’un nouveau directeur à l’office du tourisme pour amener une nouvelle impulsion et prendre des mesures fortes, sinon la destination continuera à péricliter. J’ose espérer des actes forts pour le tourisme. J’étais auparavant à l’île Maurice, je l’ai vu stagner et puis prendre une nouvelle impulsion, de manière très simple, il y avait une vision pour la destination et par rapport à une vision de la destination, on met des objectifs en place donc aujourd’hui, est-ce qu’il y a une vision pour le tourisme pour cette destination, je ne le crois pas.”


RONALD TEROROTUA, O Oe to oe Rima

“Je ne signe pas un chèque en blanc”

Avez-vous signé les accords ?

“O Oe to oe Rima ne signe pas. Le personnel doit être averti des termes de l’accord et c’est lui qui va décider de la signature ou non.”

Les termes de l’accord ne vous conviennent pas ?

“Ça ne change pas trop, c’est 65 millions en plus. Je ne crois pas que l’ensemble du personnel soit d’accord.”

C’est pas suffisant ?

“Il y a beaucoup de choses qui ne suffisent pas. Il y a les traites à payer, il n’y a aucune porte de sortie demain pour ces salariés. Il n’y a aucune reconversion possible dans le groupe ou à l’extérieur du groupe.”

Il y a pourtant des postes proposés.

“Des CDD qui vont régler quoi ? Deux, trois mois et après au revoir et sans avoir touché ce qu’il faut réellement ? Parce qu’ils ont travaillé ici, ils ont rendu célèbre cet hôtel. Je ne peux pas accepter ça.”

Vous auriez voulu quoi ?

“Des reclassements mais définitifs, pas précaires, pour permettre aux salariés et à leur famille de vivre convenablement.”

Avec une indemnité plus importante, vous signerez ?

“Ce seront les salariés de cette entreprise qui me dicteront la conduite à prendre.”

Mais les salariés connaissaient déjà les termes de cet accord.

“Entre entendre et l’accord écrit aujourd’hui, il y a une grande différence. Je ne signe pas un chèque en blanc. Certains syndicats ont décidé de signer. C’est leur problème, pas le mien.”


LUCIE TIFFENAT, Otahi

“On ne peut pas obtenir plus”

Avez-vous signé l’accord ?

“Je veux m’en référer d’abord à mes adhérents. Je reviendrai voir la direction. Je n’ai pas dit non.”

Vous pensez quoi des termes de l’accord ?

“Nous ne pourrons pas aller beaucoup plus loin que ce qui a été obtenu. La direction est allée au bout de ce qu’elle pouvait nous donner, même si les salariés espéraient plus. On ne peut pas obtenir plus.”

Vous allez signer ?

“Par dépit, oui. Mais je vais quand même m’en expliquer auprès de mes adhérents.”

Vous ne connaissiez pas les termes de l’accord avant aujourd’hui (hier, ndlr) ?

“Dans son ensemble oui, mais la rédaction, c’est tout autre. Le plus important, c’est l’écrit.”

Il y a de mauvaises surprises ?

“Oui, il a fallu rectifier deux fois. Certaines choses que nous avons demandées ne sont pas dans le protocole.” Comme quoi ? “Pour les cadres, j’avais demandé à ce qu’ils aient leur préavis payé. Les cadres ont les indemnités légales mais ne toucheront pas le surplus. Ils sont tenus d’exécuter leur préavis alors que pour l’ensemble du personnel, il sera payé. J’ai trouvé ça un peu discriminatoire. Le représentant de M. Wane m’a garanti qu’il y aurait quelque chose, mais ils ne veulent pas le mettre dans le protocole. J’ai insisté mais toute seule, c’est difficile.”

Il y a combien de cadres sur les 131 salariés ?

“Huit, dont le directeur.”

Lucie Rabréaud
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Commentaires anonymes

12/03/2010 à 16h13

Le gouvernement est responsable de ce qui arrive en polynesie. Cela fait 5 ans que les entreprises subissent son incompétence à gérer le pays de la crise politique dans lequel nos dirigeants l'ont mis. Les charges ne baissent pas mais le chiffre d'affaire est en chute libre. Et que font nos politiques si ce n'est que se battre entre eux comme des gamins irréponsables! Baisser les salaires de nos dirigeants et ainsi on aura peut-être des résultats. Honte à nos dirigeants !!!

Légal

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