Pour que la perle sorte de la vase

Publié le vendredi 19 décembre 2008 à 09H46

ÉCONOMIE. Tahiti Pearl Consortium : c'est sous ce vocable que se regroupent désormais quatresyndicats et GIE perlicoles, qui veulent sortir la filière de la crise.

Arrêtons de broyer du noir et redonnons son lustre à la perle de Tahiti. C'est, sans mauvais jeux de mots, l'objectif que s'est assigné le Tahiti Pearl Consortium (TPC). Le groupement, officiellement constitué mercredi, s'est présenté aux médias hier lors d'une conférence de presse à Faa'a. Il revendique "400 à 600 producteurs et 80% des exportations légales de perles". Ce qu'Aline Baldassari- Bernard, sa porte-parole, a qualifié de "majorité silencieuse qui s'unit". Qui est “in” ? Le SPPP (présidé par Robert Wan), le SEPT (Philippe Chenne), le SPMPPF (Tihoti Mataoa) et le GIE Poe o Tahiti Nui (Élisabeth Moe). Qui est “out” ? Les GIE PPNPP (Alfred Porlier) et Poe Rava Nui (Alfred Martin). Et le passif paraît lourd entre les deux clans : "Nous sommes entièrement ouverts aux autres structures, dans la mesure où elles respecteront nos règles : intégrité, honnêteté…" a lancé, sans rire, la porte-parole du TPC.

Il y a en tout cas urgence à s'unir dans cette filière dont "le problème n°1 est la division". Qu'ils soient ou non dans le TPC, les professionnels de la perle assistent à une crise sans précédent dans leur secteur. Entre juin 2007 et juin 2008, les exportations de perles de culture brute ont ainsi plongé de 40% en valeur, selon l'ISPF. Dans les fermes, on fait le dos rond en réduisant la production… et l'emploi (lire témoignages). Et le pire est sans doute à venir, dans un contexte international annoncé comme très défavorable.

Le TPC s'est donné pour missions, outre de "parler d'une même voix" au sein de la filière, d'être une "force de propositions à tous les niveaux", de "réhabiliter l'image de la perle de Tahiti" et "donner une nouvelle impulsion commerciale et marketing pour assurer son développement". Pour ce qui est des actions concrètes, en revanche, c'est le flou qui prédomine. "On en peut pas avancer tant que le Pays n'a pas donné signe", reconnaît Tihoti Mataoa. Car, problème, la communication paraît pour le moins difficile entre Michel Yip et les professionnels réunis au sein du TPC. "On n'arrive pas à se faire entendre par notre ministre. Or, on a besoin de travailler avec le Pays, car notre activité dépend fortement de lui", souligne Aline Baldassari- Bernard. Il faudra donc que le dialogue se noue pour faire avancer les premières demandes du TPC. À commencer par un "moratoire" avec les banques et le Pays pour passer ce cap difficile. Les petits producteurs se disent "étranglés", "ne savent plus où vendre", leur trésorerie est dans le rouge. Tihoti Mataoa évoquait hier un "prix minimum" pour la perle, garanti par le Pays… "À nous de leur faire des propositions !"

Le problème N°1, c'est la division

Côté promotion, le TPC demande là aussi que le Pays paie sa part. "On espère bien ne pas avoir un sou à mettre. Gaston Tong Sang a budgété 1 milliard de Fcfp pour la promotion du Pays… ", relève la porte-parole. Laquelle est revenue sur le GIE Perles de Tahiti qui, jusqu'à sa liquidation par le tribunal du commerce le mois dernier, se chargeait de promouvoir la perle. "Nous n'étions pas d'accord pour faire appel de la liquidation, cela a été fait à titre personnel", a commencé par dire Aline Baldassari-Bernard. "Ceci étant, le GIE était une structure has-been, qui coûtait cher. Les producteurs n'ont plus les moyens. Ils auront à payer un peu, mais pas à travers les taxes." La taxe, c'est bien sûr le DSPE dont la suspension, décidée par le gouvernement Tong Sang, a été annulée après un recours piloté par Gaston Flosse. "Pour les trois mois passés, le gouvernement essaie de trouver un moyen pour que les perliculteurs ne le paient pas. Il est difficile de voir ce qui va se passer", reconnaît la porteparole qui se félicite en revanche que "dans le budget 2009, la taxe ne soit pas incluse". Un peu d'oxygène pour des producteurs qui en ont bien besoin : "Aujourd'hui ils sont dans le coma, demain ils seront morts si on ne fait rien."

PYL

"Le pire sera en 2009"

Vous possédez chacun une ferme perlière à Ahe.Pour vous, comment se traduit la crise concrètement ?

Francis Laine : "On peut dire que le prix s'est effondré de moitié, ce qui engendre des problèmes de trésorerie. Nous sommes obligés de licencier, en attendant d'en trouver. Et le pire sera en 2009. C'est pour cela que nous nous regroupons et que nous espérons que le Pays va nous soutenir, chose que beaucoup de pays font pour leur industrie."

Moeani Bernière : "Pour nous, ça veut dire qu'une greffe de trois mois était prévue pour janvier, on l'a annulée. Ce n'est pas prudent de refinancer une campagne, ne sachant pas comment on va vendre les perles que l'on n’a pas encore récoltées. Les récoltes, d'ailleurs, ont aussi été repoussées car il faut les financer. On avait prévu quatre récoltes en 2009, je pense qu'on se limitera à deux. Et on espère pouvoir faire une greffe. Pour nos employés, ça veut dire chômage. On ne leur a même pas garanti de travail jusqu'à mars."

Pierre-Yves Lange
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