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Publié le mardi 03 août 2010 à 11H43

SANTÉ. L’hôpital du Taaone pourrait ouvrir ses portes en septembre ou en octobre de cette année. Énième annonce pour énième report ? Pour Jules Ienfa, ministre de la Santé, l’ouverture du nouvel hôpital, c’est “la question à 100 balles” ! Retour sur une histoire vieille de 17 ans.

L’ESSENTIEL

  • Jules Ienfa, ministre de la Santé, maintient son annonce d’une ouverture de l’hôpital en septembre ou octobre de cette année
  • Le nouvel hôpital du Taaone a son site Internet tout neuf où il est possible de le visiter “virtuellement”
  • À l’origine du projet, l’hôpital devait ouvrir ses portes en 2005

“Les travaux de construction du nouveau complexe hospitalier dont sera prochainement dotée la Polynésie française doivent être terminés en 2007”. Voici ce qu’on pouvait lire il y a encore quelques jours sur le site internet du CHPF de Mamao. Heureusement, le site vient d’être rénové et actualisé. Il était temps d’enlever cette petite phrase assassine promettant une ouverture en 2007 alors que nous sommes déjà, eh oui déjà, en 2010. Mais aujourd’hui, on peut maintenant visiter “virtuellement” le nouvel hôpital sur le site internet qui n’est plus celui de Mamao mais bien celui du Taaone. Signe que tout arrive. Va-t-il réellement bientôt ouvrir ? On peut le croire. Jules Ienfa, ministre de la Santé, annonce son ouverture en septembre ou octobre et Jacques Derue, directeur de l’EAD (Établissement d’aménagement et de développement), donne la même date. La petite centaine d’ouvriers travaillant encore sur le chantier en seraient aux finitions. Et pas la peine qu’elles soient forcément terminées complètement pour ouvrir, enfin, l’hôpital tant attendu.

L’hôpital du Taaone aura été le plus beau serpent de mer des années 2000 du fenua. Tout commence le 15 janvier 1993 avec l’inscription dans le Pacte de progrès du projet d’un nouveau centre hospitalier. Le projet de Bouygues Bâtiment remporte l’appel d’offres ; le coût est arrêté à 21,423 milliards de Fcfp. Sa mise en service est prévue pour 2005. Gaston Flosse pose la première pierre le 17 janvier 2001. Premier coup dur : Bouygues Bâtiment demande la résiliation du marché le liant au Territoire en 2002. Le chantier s’arrête et ne reprend qu’un an plus tard. La maîtrise d’ouvrage est déléguée par la Polynésie à l’Établissement des grands travaux (EGT), devenu depuis l’EAD. L’ouverture est prévue pour 2005, puis mi-2007, puis deuxième semestre 2008, puis fin de l’année 2008, et encore mars-avril 2009, une promesse au 1er juin 2009, finalement septembre 2009, enfin mars 2010 et aujourd’hui : septembre-octobre 2010, bref, dans quelques semaines. Des effets d’annonce desministres de la Santé, voire des présidents de Polynésie française, successifs : à qui aura les ciseaux pour couper le ruban... Des reports qui ont désastreusement sabordé l’image de l’hôpital.

Le retard de la coupure officielle du ruban est imputable selon certains à ces virements et revirements politiques que l’on connaît depuis 2004. Ce serait même inespéré d’en être arrivé là avec une telle instabilité. Aujourd’hui, deuxième coup dur : des entreprises réclament de l’argent au Pays, pour payer le retard. La SMPP en tête réclamait plus de 800 millions de Fcfp au Pays et a obtenu hier 250 millions de Fcfp que l’EAD a été condamné à lui verser par le tribunal administratif. Peut-être le début de nouveaux problèmes… La Chambre territoriale des comptes (CTC) parle de “précipitation” dans le lancement du projet, dans son rapport de septembre 2006. Ce qui a “conduit la Polynésie française à se priver de la participation financière de l’État”. Pas brillant, surtout que son coût est passé de 22 milliards de Fcfp en 2000 à 40 milliards aujourd’hui, pratiquement le double. Mais pour Gaston Flosse, le financement de l’hôpital, “c’est le prix de l’autonomie”, déclarait- il en janvier 2001. Un autre chiffre qui monte puis baisse puis remonte et rebaisse est celui de son coût de fonctionnement supplémentaire par rapport à celui de Mamao (18 milliards) : il est passé de 2 à 4 milliards par an pour revenir à 1,4 milliard selon Jules Ienfa, sans compter la “petite partie concernant la radiothérapie”. La CTC l’estimait, elle, à 3 milliards dans son rapport de juin.

À quelques semaines de son ouverture, Jacques Derue met les points sur les “i” concernant certaines polémiques : “Il a la bonne taille, il n’est pas trop grand mais l’architecture a peut-être été trop ambitieuse. Le problème de l’alimentation en eau est un faux problème. Un système potabilisera l’eau à l’entrée de l’hôpital et un château d’eau permettra deux jours de stockage. L’hôpital est un goinfre en électricité mais utiliser l’eau des profondeurs pour la climatisation permettra de faire des économies. Il faut le faire. Il y a une pharmacie de trois mois au sein de l’hôpital, seulement le stock de guerre sera situé plus loin. La Polynésie avait besoin d’un hôpital neuf. Et par rapport aux chantiers des hôpitaux métropolitains, nous n’avons pas à avoir honte”. Ils ont dit septembre ou octobre 2010…

LR

Le site de l'hôpital

Retrouvez l'historique de l'hôpital dans votre édition du jour.

Entretien Jules Ienfa, ministre de la Santé et de l’Écologie

L’ouverture du nouvel hôpital est prévue quand ?

“Question à 100 balles ! Même plus. En fonction des dernières informations qui m’ont été données par l’EAD (Établissement aménagement développement, NDLR), qui est le maître d’ouvrage délégué de cet hôpital, nous espérons l’ouverture pour septembre, octobre 2011.”

Le déménagement n’aurait pas déjà dû commencer dans cette perspective ?

“Nous pensons que si on nous donne là, maintenant, les clefs, nous allons prendre connaissance progressivement des lieux et commencer à aménager et déménager certains matériels. Sur place, l’EAD s’occupe de dispatcher le matériel dans les différents services.”

Avec le problème concernant la SMPP, vous n’êtes pas inquiet ?

“Le chantier est pratiquement terminé. La SMPP n’avait plus énormément de travaux à faire. Ce sont des petits travaux, qu’il faut faire bien sûr, mais je ne suis pas certain que même s’ils ne sont pas terminés, on soit obligé de reporter l’ouverture. On peut ouvrir l’hôpital et les travaux continueront à se faire.”

Quel est le coût de fonctionnement de l’hôpital ?

“Au départ, le précédent directeur de l’hôpital m’avait donné un chiffrage énorme, entre quatre et cinq milliards à l’époque (de plus que celui du CHPF de Mamao qui se monte à 17 milliards par an, NDLR). Ce n’était pas possible. J’avais demandé à retravailler de manière plus précise, plus rigoureuse et responsable, à Dominique Delpech (ancien directeur du CHPF remercié en mai 2008) qui avait déjà réduit l’enveloppe pratiquement de moitié par rapport à l‘initiale. Et M. Rolland (actuel directeur du CHPF, NDLR), à ma demande là aussi, a revu la question et nous en sommes aujourd’hui à 1,4 milliard. Auquel il faut rajouter une petite partie concernant la radiothérapie parce que compte tenu des accidents de radiothérapie qui ont eu lieu en métropole, à Épinal, à Toulouse… il y a des normes très précises qui nous sont imposées. Il faut également nous adapter à ces nouvelles normes.”

Le matériel installé est toujours bon ?

“Ceux de radiothérapie et notre accélérateur sont parmi les plus modernes sur le marché des hôpitaux métropolitains.”

Il y aura des professionnels pour les faire fonctionner ?

“Tout à fait. C’est vrai que Mme Guillochet qu’on avait engagée est partie, nous avons eu un autre docteur pour la remplacer et nous attendons la confirmation de sa venue définitive ou pas, et nous sommes déjà en contact avec un deuxième car il nous faut deux radiothérapeutes. Et il nous faut aussi deux radiophysiciens. Nous en avons un sur place et un à recruter.”

Qui financera les coûts de fonctionnement ?

“Ce seront les régimes. La CPS n’est que le gestionnaire des régimes qui ont vocation à prendre en charge les dépenses de santé.” Le trou de 15 milliards annoncé pour la fin de l’année ne vous inquiète pas ? “C’est toujours inquiétant mais ma collègue Teura Iriti travaille sur des réformes structurelles pour qu’on arrive à contrôler ces dérapages. Mais l’enveloppe des 1,4 milliard est déjà compris dans le déficit dont on parle. La CPS en a déjà tenu compte.”

Que va changer l’ouverture du nouvel hôpital dans le paysage sanitaire ?

“Une amélioration extraordinaire des conditions de l’accueil des malades, ce qui est important et une amélioration extraordinaire des conditions de travail de notre personnel. C’est un bijou. On pourra toujours dire que c’est peut-être trop pour nos moyens, pour la Polynésie française, mais je ne vois pas pourquoi le malade polynésien, qu’il soit résident ou qu’il vienne de l’extérieur, n’aurait pas droit au meilleur ? À condition effectivement qu’on puisse payer.”

Vous espérez faire des économies sur les évasans ?

“Absolument. Cette enveloppe supplémentaire de 1,4 milliard sera partiellement financée par les évasans que nous n’aurons plus à réaliser. Rien que pour la radiothérapie, elle pourra s’effectuer sur place.”

Que va devenir Mamao ?

“C’est une autre discussion. Il y a une commission qui planche sur le sujet. J’ai demandé à conserver une petite partie pour continuer à héberger notre pharmacie car nous n’avons pas encore notre plateforme logistique. Il y a une petite capacité d’entreposage au nouvel hôpital pour les médicaments et le reste sera fait ici, à Mamao.”

Lucie Rabréaud
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25/10/2010 à 10h36

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Commentaires anonymes

04/08/2010 à 18h33

tout d'abord merci aux nouvelles de dire un peu les choses mais il faut plus creuser, il y a tellement de choses à dire.
en sept, en octobre? peut on en être certain?
le directeur de mamao est apparemment absent. En mission en france alors que c'est les vacances... qui paie?
Mr le Ministre vous devriez faire plus attention en cette période de rigueur. Les mesures s'appliquent elles à tout le monde? Des postes d'infirmières sont supprimés ou pas créés? et on paie des vacances au directeur de mamao...
bravo

Commentaires anonymes

04/08/2010 à 18h30

Peut on le croire? depuis le temps qu'on le dit!! En plus le directeur de l'hôpital n'est pas là. Il est en mission en France jusqu'à fin août. Merci MR le Ministre en ces temps de manque de l'argent, vous envoyez les décideurs en mission alors que tout le monde est en vacances en métropole. Sait on combien ça coûte? l'hôpital pourra t il fonctionner, il y aura t il assez d'argent. Vous laissez faire alors que des postes d'infirmières manquent
Vous dites que le nouveau directeur a diminué le budget mais comment?
Merci aux nouvelles de dire un peu des choses mais il faut encore les dire... creuser un peu plus

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