Le Pays lâche 286 millions à la SMPP

Publié le vendredi 23 juillet 2010 à 11H27

BOUFFÉE D’AIR. Une centaine d’employés de l’entreprise en bâtiment se sont réunis toute la journée d’hier, devant la présidence. Après plusieurs réunions, le Pays s’est engagé à débloquer dès aujourd’hui 286 millions de Fcfp. Un conseil des ministres extraordinaire se tient ce matin.

L’ESSENTIEL

  • Les 286 millions doivent être inscrits au prochain collectif budgétaire
  • Pour débloquer l’argent dès aujourd’hui, le Pays doit solliciter la Socredo ce matin pour obtenir une avance
  • Si tout va bien les ouvriers seront payés cette nuit et pourront reprendre le travail lundi
“Président nous sommes dans la me_de.” Écriteaux brandis, visages fermés, une centaine d’employés de la SMPP (sablage, métallurgie, peinture du Pacifique) s’était massée hier dès 7 heures du matin devant l’entrée principale de la présidence. Devant les grilles, Robert Bernut, le patron de la société, dossiers sous le bras et vini à l’oreille, négocie une entrevue avec Gaston Tong Sang. Dans un premier temps, ce dernier refuse et envoie son directeur de cabinet. Mais les employés de la SMPP ne veulent voir que le président. Au bout de deux heures, une délégation de dix employés est autorisée à rentrer pour une réunion de crise avec le président du Pays mais aussi le ministre de l’Équipement Tearii Alpha et le directeur de l’EAD (Établissement d’aménagement et de développement), Jacques Derue. Une heure plus tard, Gaston Tong Sang annonce le déblocage de 286 millions de Fcfp pour la SMPP. C’est plus que ce que demandait Robert Bernut, le patron de la société.

Mardi, “à bout”, dans l’impossibilité de payer ses employés qui ont donc débrayé depuis le 10 juillet, il convoquait la presse pour exposer le différend qui oppose la SMPP au Pays. L’entrepreneur estime que le Pays doit des indemnités à sa société pour la dédommager des pertes qu’elle a subies suite aux nombreux retards du chantier du nouvel hôpital (immobilisant ses équipes et son matériel). D’après ses calculs, le Pays lui doit 894 millions de Fcfp –un chiffre sur lequel le Pays n’est pas d’accord– mais il réclame dans l’immédiat 200 millions de Fcfp pour pouvoir faire face à ses problèmes de trésorerie et surtout payer ses employés. D’autant, que la SMPP a décroché un nouveau chantier, mais sans argent pour payer ses employés et ses fournisseurs, la société se retrouve dans l’impossibilité de le démarrer.

Hier, le Pays a finalement décidé de mettre la main à la poche même si les ouvriers de la SMPP et leur patron ont dû insister lourdement et se remobiliser plusieurs fois dans la journée pour que les paroles du président se concrétisent rapidement. Au final, la signature d’un protocole d’accord doit intervenir aujourd’hui après la tenue d’un conseil des ministres extraordinaire à 8 heures. D’ailleurs, les employés de la SMPP ont prévu de revenir nombreux ce matin à la présidence. “Dans ce protocole, le Pays nous reconnaît pour le moment 286 millions Fcfp d’indemnité provisionnelle à valoir sur la somme totale due, expliquait à l’issue d’une dernière réunion Robert Bernut. Mais cela ne veut pas dire qu’ils reconnaissent les 894 millions de Fcfp de préjudice.” Le Pays va donc inscrire des crédits pour la SMPP au prochain collectif budgétaire, qui est en ce moment même à l’étude en commission des finances à l’assemblée. Mais étant donné les délais inhérents à la procédure législative, le Pays va solliciter la Socredo pour faire une avance, afin que l’argent soit débloqué dès ce soir et que les salaires soient sur les comptes des employés dans la nuit de vendredi à samedi. “Et nous, on recommence à travailler lundi matin,” a conclu Robert Bernut. Pour les millions restants, une conciliation judiciaire est actuellement en cours et devrait arriver à son terme dans les jours qui viennent.

CV

Éclairage

La version du président

Comment en est-on arrivé à cette situation ?

“Il faut que les choses soient claires, sur le chantier de l’hôpital, l’EAD a tout payé en matière de travaux réalisés, c’est-à-dire les 3,3 milliards de Fcfp qui lui étaient dus. Par contre, quand on a terminé un chantier, les entreprises réclament toujours le paiement de préjudices causés par les retards, qui sont considérés comme une perte pour l’entreprise. Il s’agit d’un accord transactionnel et si on n’arrive pas à un accord, c’est le tribunal qui tranche. Mais compte tenu de l’urgence de la situation, nous sommes d’accord pour débloquer 286 millions de Fcfp rapidement en attendant le règlement définitif de ce contentieux.”

Pourquoi certaines entreprises ont déjà été indemnisées et pas la SMPP ?

“Tout simplement parce qu’elles l’ont demandé beaucoup plus tôt. La SMPP a déposé sa demande officiellement pour le montant que vous connaissez au mois de juin. Nous sommes au mois de juillet. Un accord transactionnel, au minimum cela prend six mois à un an.”

Caroline Vauchère
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