Publié le samedi 25 avril 2009 à 11H08
AGRICULTURE. Une étude TNS-Sofres sur la consommation mensuelle de fruits et légumes vient, une nouvelle fois, rappeler l’urgence de l’organisation des filières agricoles et la nécessité d’indentifier les productions locales. Un exemple : en décembre 2008, 268 tonnes de concombres consommés ne provenaient ni des importations, ni de la production locale recensée à la chambre d'agriculture.
L’ESSENTIEL
- L’étude sur la consommation de fruits et légumes, présentée la semaine dernière en conseil des ministres par Georges Puchon, pointe un sérieux déficit en matière d’identification des productions agricoles
- L’étude a été commandée par l’institut de la consommation
- Le ministre de l’Agriculture, qui souhaite organiser les filières, rencontre mardi les agriculteurs
Mardi, une cinquantaine d'agriculteurs manifestaient leur colère dans la cour du service des Affaires économiques. À l'origine de cette fronde, une étude statistique commandée par l'institut de la consommation (IC) au très sérieux institut de la statistique TNS-Sofres. Le but de cette étude menée sur les quatre derniers mois de l'année 2008 consistait à actualiser les données sur la consommation mensuelle de fruits et légumes. Jusque-là, rien d'extraordinaire, d'autant que les derniers chiffres en la matière remontaient à 1988. Mais pour les agriculteurs, pas de doute, cette étude va servir à justifier une augmentation des quotas d'importation, au détriment de la production locale.
“Il n'y a aucun danger. La priorité absolue est donnée à la production locale”, clame-t-on au ministère de l'Économie et des Finances, qui a présenté le dossier en conseil des ministres la semaine dernière. “L'ensemble des acteurs et partenaires du monde agricole a, à sa disposition, une étude de marché actualisée lui permettant de procéder aux adaptations nécessaires, notamment en ce qui concerne l'ajustement de la production locale et les délibérations relatives aux quotas d'importation. Ces derniers n'étant éventuellement ouverts qu'en cas d'insuffisance significative de la production locale considérée systématiquement comme prioritaire pour approvisionner le marché. Cette meilleure visibilité du marché des fruits et légumes va surtout permettre au gouvernement de mieux identifier les productions locales, de les évaluer par rapport à la demande des consommateurs et d'orienter les efforts de développement, en fonction des filières, selon la volonté du président de la Polynésie française qui s'est fixé comme objectif ultime l'autosuffisance alimentaire”, expliquait le ministre de l'Économie et des Finances en conseil des minitres.
L'identification des productions locales, ou plutôt son absence aujourd'hui, ressort effectivement de cette étude. Un exemple : au mois de décembre 2008, la consommation totale de concombre était de 296,28 tonnes, alors que les quantités totales disponibles ce mois-ci étaient de 28 tonnes : 18 tonnes importées et 10 tonnes issues de la production locale, des chiffres estimés par la chambre d'agriculture. D'où proviennent ces 268 tonnes de différence ? “Une étude du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) avait permis de mettre en lumière que 50% des fruits et légumes commercialisés l'étaient hors du circuit classique. Ce que l'étude confirme”, explique-ton au ministère de l'Économie. Soit. Mais le compte n'y est pas. Dans le détail, 54% des concombres consommés en décembre 2008, aux îles du Vent, puisque c'est là que l'étude a été menée, ont été achetés sur le marché, 16% dans les supermarchés et hypermarchés, 15% en bord de route, 10% “on me les donne”, 3% chez les petits commerçants ou dans les supérettes et 2% auprès des producteurs. Cette étude permet en effet de connaitre les lieux de procuration des fruits et légumes et donc de mieux connaître les circuits de commercialisation. Mais pour l’instant, elle n'a qu'un seul mérite, celui d'exister.
En effet, la directrice de l'Institut de la consommation Hina Vaitoare est perplexe face à certaines données, le ministère de l'Agriculture n'en a toujours pas pris connaissance (le ministre Frédéric Riveta rencontrera les professionnels de la filière fruits et légumes mardi, ainsi que les autres agriculteurs la semaine prochaine) et le ministère de l'Économie cherche à l’interpréter.
FR
Zoom
Analyser la consommation pour réguler le marché
L’étude sur la consommation des fruits et légumes a été commandée à l'institut de sondage TNS-Sofres par l'institut de la consommation (IC). Elle a été réalisée sur les quatre derniers mois de l'année 2008, en face à face, auprès de deux populations : la population des foyers des îles du Vent (quatre vagues auprès de 800 foyers ont été réalisées et les entretiens ont eu lieu au domicile selon les méthodes d’études "placard") et la population des structures de restauration hors foyer (quatre vagues auprès de 100 structures de restauration hors foyer).
L’ensemble des fruits et légumes concernés par cette étude a été contrôlé visuellement, puis mesuré. Son objectif portait sur plusieurs volets : l'analyse des habitudes de consommation des ménages et plus particulièrement celles des foyers des îles du Vent et des îles Sous-le-Vent sur les produits consommés, leur origine, les circuits d’approvisionnement, la saisonnalité et les critères de choix. L'institut de sondage précise dans l'introduction à cette étude qu'"in fine, les commanditaires de l’étude souhaitaient mettre en place un modèle de régulation du marché". Le suivi de la consommation réalisé en 2008 s’inscrit dans la suite de l’étude proposée en 2007.
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RÉACTIONS
COLLECTIF DES AGRICULTEURS
Ils dénoncent “l’excessive réévaluation des quotas de consommations”
Le collectif des agriculteurs, dont une cinquantaine étaient rassemblés mardi dans la cour du service des Affaires économiques à Fare Ute pour manifester, condamne à nouveau dans un communiqué “l’excessive réévaluation des quotas de consommation”, quotas sur lesquels ils demandent un moratoire. “Non à l’économie de perfusion exclusive, non aux 100% de dépendance de l’extérieur qui est l’apanage des pays sous-développés, oui au développement des ressources propres et à l’autosuffisance alimentaire”, clament les agriculteurs dont le collectif appelle à rester mobilisé. Car “maintenant vont commencer les négociations et surtout maintenant va commencer un travail constructif avec notre ministère de tutelle (ministère de l’Économie, ndlr) et différentes associations pour construire une économie agricole solide, diversifiée, respectueuse de l’environnement et de notre santé, pourvoyeuse d’emploi et d’équilibre social. C’est un défi formidable dont vous êtes les acteurs principaux”. “Nous en appelons également au consommateur, afin qu’il nous rejoigne et qu’il soit aussi acteur d’un combat qui va dans ses intérêts”, conclut Françoise Henry, la présidente du syndicat des producteurs de fruits de Polynésie française au nom de tous les agriculteurs.
TE TIA ARA
“Des pénuries artificielles créées par les producteurs”
“La manifestation de force des producteurs était annoncée pour la conférence agricole. Pour faire entendre la voix des consommateurs, nos représentants ont fait le choix de ne pas descendre des quartiers sociaux pour faire part de la position des consommateurs qui n’ont pas les moyens de consommer des légumes locaux trop chers et pesticidés. Néanmoins, nous soutenons la position du service des Affaires économiques et du service du Commerce extérieur. Jusqu’alors, les quotas étaient arrêtés par la conférence agricole sur des chiffres sous-estimés de consommation et sur-estimés de production.” Pour Te Tia Ara, c’est clair : “Jusqu’à présent, des pénuries artificielles étaient créées par les producteurs sur la base d’engagement de mise sur le marché volontairement surévalué. Nous avons connu ainsi la flambée périodique sur les salades et les tomates à des prix démentiels, car l’ouverture tardive des quotas implique un délai de trois semaines avant la livraison des produits importés.” Alors “Non à l’économie de pénurie !”







