Le GIE Perles de Tahiti n’est pas mort…

Publié le samedi 03 janvier 2009 à 10H19

SAUVÉ. La cour d’appel de Papeete a suspendu le 24 décembre la procédure de liquidation concernant le GIE Perles de Tahiti.

 

L'ESSENTIEL

  • Le 24 décembre dernier, la cour d’appel a suspendu la liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce à l’encontre du GIE Perles de Tahiti
  • Une décision en partie motivée par le fait que le Conseil d’État a annulé la loi instituant la suspension du DSPE, la principale ressource du GIE
  • Cependant, rien n’est acquis puisque l’assemblée a voté mardi dernier une nouvelle suspension du DSPE

C’est la chronique d’une mort annoncée, mais qui n’arrive pas… Au grand dam du gouvernement peut-être. Car condamné par les plus hautes autorités du Pays, le GIE Perles de Tahiti est pourtant toujours en vie. Pourquoi ? D’abord parce que suite au référé déposé par le GIE Perles de Tahiti, le 24 décembre, la cour d’appel de Papeete a suspendu la procédure de liquidation judiciaire de ce GIE prononcée par le tribunal de commerce le 25 novembre dernier. Du coup, le Groupement a repris du poil de la bête et est repassé en période d’observation, attendant que la cour d’appel ne se prononce à nouveau, mais sur le fond cette fois-ci. Audience prévue le 22 janvier prochain.

Il faut avoir en tête que le tribunal de commerce avait prononcé la liquidation au vu d’un financement qui s’était tari du fait de la volonté présidentielle de suspendre le DSPE (Droit spécifique sur la perle exportée) qui finançait en quasi-totalité le GIE. Sauf que la loi du Pays du 25 août 2008, instituant justement cette suspension, a été annulée par le Conseil d’État, suite au recours déposé par le Tahoeraa, motivé par le fait que Michel Yip avait participé au vote alors qu’il est acteur dans le milieu perlicole. Apprenant l’annulation de la loi, le GIE en a déduit à juste titre que le DSPE était donc toujours d’actualité, et a par conséquent jugé qu’il s’agissait d’un fait nouveau lui assurant le financement et remettant en cause la liquidation dont il était l’objet. C’est ainsi que l’appel a été formulé par ce Groupement d’intérêt économique, ce qui nous amène donc à la décision du 24 décembre.

En jeu, près de 400 millions de Fcfp, soit la part du DSPE pour la période d’octobre à novembre 2008, une somme d’ailleurs toujours demandée au Pays par le GIE Perles de Tahiti. Sauf que l’histoire ne s’arrête pas là, et promet peut-être d’autres rebondissements. Car pas plus tard que mardi, l’assemblée a voté en l’absence de l’UDSP, mais avec le vote favorable d’Oscar Temaru –cherchez l’erreur–, une nouvelle loi du Pays renouvelant la suspension du DSPE pour la période d’octobre à décembre 2008, mais aussi l’étendant pour toute l’année 2009. Et ce vote rappelle celui de la loi du Pays du 25 août dernier en cela que Michel Yip a participé. De là à évoquer de nouveau l’éventualité d’un recours devant le Conseil d’État, il n’y a qu’un pas. Le GIE Perles de Tahiti avoue y réfléchir, se montrant également perplexe face au caractère rétroactif de la récente loi votée et qui fait démarrer la suspension du DSPE à partir du 1er octobre 2008. On est donc en droit de s’attendre vraisemblablement à quelques nouveaux développements d’un dossier qui, en théorie, apparaissait simple : la suspension d’une taxe. Surtout quand on sait que l’opposition à elle aussi mis en garde la “majorité” sur la pertinence de voter une telle loi dans ces conditions.

Une loi au centre également d’une bataille fratricide entre deux blocs de la perliculture, l’un composé des “gros” exportateurs de perles, le tout récent Tahiti Pearl Consortium, comprenant le Syndicat professionnel des producteurs de perles (SPPP), le Syndicat des petits et moyens producteurs de Polynésie française (SPMPPF), le GIE Poe o Tahiti nui et enfin le Syndicat des exportateurs de perles de Tahiti (SEPT). L’autre formé des trois GIE : Perles de Tahiti, Poe Rava Nui et PPNPP (Professionnel des producteurs de nacres et de perles de Polynésie). Si le premier est favorable à la suspension voire la suppression de la taxe sur les perles à l’export, l’autre, le “clan des trois”, et on l’aura compris, ne le souhaite pas et verrait plutôt d’un bon oeil des aménagements (lire le zoom).

PL

Zoom

Le “clan des trois” propose…

Face à la dynamique enclenchée qui prévoit à terme la suppression du DSPE, le clan des trois GIE (Perles de Tahiti, Poe Rava Nui et PPNPP) réagit. Et notamment pour défendre le financement du GIE Perles de Tahiti et le maintien du prélèvement de ce DSPE, qui est une taxe à l’export sur les perles et qui finançait le groupement. Un groupement qui assurait la promotion de la perle et sur lequel le gouvernement a fait une croix, souhaitant le remplacer par un “super” GIE chargé d’une promotion globale de la destination (tourisme, perle…). Le clan des trois souhaite notamment “le maintien du GIE Perles de Tahiti, le temps que la méga structure de promotion voit éventuellement le jour”. Concernant le GIE Poe Rava Nui, ce dernier propose que le DSPE soit modifié sur quatre points :

  • Paiement à la pièce et non pas au gramme (aujourd’hui la taxe s’applique sur chaque gramme à hauteur de 200 Fcfp).
  • Paiement sur toutes les perles exportées et non pas sur les seules perles brutes.
  • Réduction du montant du DSPE de 200 Fcfp le gramme actuel, à 50 ou 80 Fcfp la pièce.
  • Reversement de 100% du montant du DSPE au budget du GIE Perles de Tahiti, au lieu des 40% actuellement.

Les perliculteurs remercient Temaru

Le Tahiti Pearl Consortium, qui s’alarmait d’un possible “assassinat à Tarahoi” (Les Nouvelles de mardi), tient à remercier Oscar Temaru pour avoir ouvert la dernière séance de l’année 2008 après suspension, et pour avoir accordé sa voix au vote de la loi du Pays validant le dispositif de suspension du DSPE à compter du 1er octobre 2008”. Selon l’organisation de producteurs de perles, “tous les représentants présents ce jour-là” ont accordé “un ballon d’oxygène à l’ensemble des professionnels de la perle qui ne peuvent plus abonder le budget du Territoire”. “Merci à M. Oscar Temaru et à tous ceux qui ont compris l’intérêt du secteur de la perliculture pour la population polynésienne en général et pour les Tuamotu-Gambier et îles Sous-le-Vent en particulier, de la part des “au moins” 5 000 personnes qui tentent de vivre de la perliculture”. Désormais, le Tahiti Pearl Consortium “va se positionner comme force de propositions incontournable pour les mesures à prendre en vue de la réorganisation de la filière car le DSPE ne peut pas à lui seul la sauvegarder”.

 

Patrice Lafforge
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