La reprise en main de l'État via la CDC

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Publié le lundi 16 août 2010 à 11H37

CAISSE DES DÉPÔTS ET CONSIGNATIONS. Elle est le bras (et l'oeil) financier de l'État. Le groupe CDC est un géant financier pesant des centaines de milliards de Fcfp et est bien décidé à refaire surface dans le paysage socio-économique du pays. Aéroport, logement social et crédits, la CDC reprend ses marques dans une Polynésie en crise et… en pleine campagne électorale.

L’ESSENTIEL

  • Fort de sa puissance financière avec un résultat net de 235 milliards de Fcfp en 2009, le groupe Caisse des dépôts signe son retour en Polynésie française, déjà entamé par sa participation via Egis dans l'aéroport de Tahiti
  • Véritablement bras financier de l'État, il intervient dans un large éventail d'activités et pourrait s'implanter dans le logement social via sa filiale SNI (Société nationale immobilière)
  • Aéroport, logement social, prêts, soutien à l'Adie, participation dans la Sagep, la présence actuelle ou future de la CDC en Polynésie française tend à se confirmer

Quand un géant avance à pas de loup, ça fait toujours un peu de bruit. Le groupe Caisse des dépôts et consignations (CDC) a depuis ces derniers mois signé son retour sur la scène socio-économique de la Polynésie française. Si on dit de la Caisse qu'elle avait assuré une certaine présence dans les années 80, la période d'hibernation qu'elle a observée ces dernières années semble alors bien révolue. Le géant financier revient et, du côté des rangs bleu ciel, le “pu” de la charge a retenti. Difficile toutefois pour le Pays de faire la fine bouche quand on voit la gestion “made in autonomie” que la chambre territoriale des comptes pointe inlassablement du doigt, quand la tirelire du Pays sonne creux, quand décrocher tous les emprunts prévus au budget relève de l'exploit inaccessible, quand la méfiance des bailleurs de fonds s'accroît… Bref, quand tout ou presque va mal.

Mais il faut dire que la CDC n'est pas un investisseur lambda. Placée sous le contrôle direct du Parlement, c'est elle qui, pouvant afficher un triple A en notation financière, gère notamment le compte épargne livret A détenu par plus de trois Français sur cinq. C'est elle aussi qui assure directement ou via ses nombreuses filiales (voir organigramme) des activités diverses et variées réalisées par plus de 70 000 salariés. Le groupe Caisse des dépôts intervient dans le logement, les crédits aux entreprises, la gestion des régimes de retraite, les transports, le numérique, l'environnement, et est notamment actionnaire d'un nombre considérable de sociétés dont Alcatel-Lucent, Accor, Vivendi, Danone, Dexia, Areva, et détient pour l'anecdote près de 95% du célèbre fast-food Quick. Au total, ce groupe public détient un portefeuille d'actions pesant autour de 2 500 milliards de Fcfp (plus de quatre fois le PIB de Polynésie française). Son résultat net consolidé en 2009 “s'élève à 1,98 milliard d’euros” (235 milliards de Fcfp), avait déclaré Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, dans le rapport d'activité.

Alors quand elle arrive, ça met en alerte les cellules de veille. Il y a eu d'abord l'épisode de la gestion de l'aéroport. La Setil a été gentiment remerciée afin que lui succède ADT (Aéroport de Tahiti), soit l'État, car détenu à 49% par Egis (filiale à 100% de la Caisse des dépôts), 49% par le Pays et les 2% restant par l'AFD. Mais la manoeuvre a surtout ravivé le discours récurrent des indépendantistes qui voient derrière cette redistribution des cartes une nouvelle mainmise du gouvernement central. Les recours n'ont pas tardé à émerger. Oscar Temaru en sa qualité de maire de Faa'a et de président de l'assemblée a sonné la charge et cela a eu son effet. De source proche du dossier, on reconnaît sans peine que les deux recours intentés ont mis en garde la Caisse des dépôts et consignations qui “a une attitude prudente en ce moment pour monter au capital”. Si la répartition théorique a été attribuée, le versement lui est en stand-by, seul le nécessaire “pour faire fonctionner la boîte” est disponible. Le reste, c'est-à-dire la plus grosse part de l'investissement, demeure gelé en attendant les suites données aux recours, faisant d'autant plus attendre les travaux d'investissement, “notamment ceux liés à la rénovation de la piste”.

L'installation de la CDC sur le marché pourrait se faire au travers de l'expérience liée à l'aide accordée aux sinistrés d'Oli

Le contretemps ne semble pas pour autant refroidir la CDC qui, on le sait, a des vues sur le logement social polynésien. Pour une reprise en main de l'État ? “Non”, prévient Éric Berthon, secrétaire général adjoint du haut-commissariat. Il s'agit selon lui de “faire bénéficier la Polynésie française des mêmes outils que ceux dont bénéficie tout l'outremer, c'est-à-dire que la CDC est présente partout dans l'outre-mer sauf en Polynésie française et que dans tous les départements et collectivités d'outre-mer, il y a plusieurs opérateurs de logement social”. À la question “n'est-ce pas un désaveu de l'OPH”, Marcel Tuihani Jr, directeur de l'Office, avait répondu au début du mois de juillet voir plutôt “une prise de responsabilité” dans l'arrivée d'un deuxième opérateur, et avait également souligné que “la demande est là et on ne peut pas l'occulter”.

Une entrée dans la chasse gardée de l'OPH donc, en proie a des difficultés d'acquisition de fonciers et de subventions. L'installation de la CDC sur le marché pourrait non seulement se faire via la récente mission sur le territoire du directeur du développement durable et de l’innovation, membre du comité de direction du groupe SNI (Société nationale immobilière, filiale de la CDC), Bernard Thery, mais aussi au travers de l'expérience liée à l'aide accordée aux sinistrés d'Oli, le fameux 1,2 milliard de Fcfp promis par Marie- Luce Penchard pour la reconstruction des maisons. Une aide voulue et verrouillée par l'État qui en assure le suivi constant. Et si l'argent ne vient pas de la CDC mais du ministère de l'Outre-mer, la Caisse des dépôts à la charge du “suivi technico-financier de la reconstruction des fare”, précise le secrétaire général adjoint du haut-commissariat.

À ces entrées en scène, auxquelles il faut ajouter une minime participation historique au sein de la Sagep et un soutien à l'implantation de l'Adie (spécialisée dans le micro-crédit), la CDC proposerait des prêts aux communes dans le cadre du Contrat de projets. S'il est prévu un financement à hauteur de 90% des projets environnementaux, les communes doivent toutefois prendre sur leurs deniers le restant. C'est sur cette marge que pourrait intervenir la CDC en proposant “des prêts à des taux relativement intéressants”, souligne Éric Berthon. Aéroport, logements sociaux et prêts, le groupe Caisse des dépôts et consignations, fort de sa puissance financière, revient en force en Polynésie française. Une présence qui alimente les discours des défenseurs d'une certaine idée de l'autonomie ou de l'indépendance, discours s'inscrivant sur un terrain plus que favorable, celui d'une campagne électorale.

PL

ÉRIC BERTHON, secrétaire général adjoint du haut-commissariat

“Il ne s'agit pas du tout (…) d'une reprise en main sur le logement social”

  • Le 1,2 milliard de l'État pour les sinistrés d'Oli “Le haut-commissariat participe à la commission d'attribution qui est organisée par le FDA, de manière à ce que l'on soit d'accords sur les bénéficiaires. Cela fonctionne bien. On a déjà attribué plus d'une centaine de fare. (…) La CDC assure le suivi technico-financier de la reconstruction des fare, c'est-à-dire qu'une fois que les fare sont attribués, la CDC contrôle que les appels d'offres sont organisés régulièrement, que l'argent de l'État est correctement utilisé.”
  • Le deuxième opérateur de logements sociaux : reprise en main de l'État ? “C'est un projet lié à la reconstruction des fare puisque la mission CDC qu'on a actuellement en Polynésie poursuit le contrôle technico-financier de l'attribution des fare, et est aussi en charge d'étudier la faisabilité de l'implantation d'une de ses filiales comme opérateur de logement social en Polynésie française… Ça pourrait être une filiale existante de la CDC comme la SNI ou alors la création d'une nouvelle filiale. Il ne s'agit pas du tout comme on peut l'entendre d'une reprise en main sur le logement social. C'est tout simplement faire bénéficier la Polynésie française des mêmes outils que ceux dont bénéficie tout l'outre-mer, c'est-à-dire que la CDC est présente partout dans l'outremer sauf en Polynésie française et que dans tous les départements et collectivités d'outre-mer, il y a plusieurs opérateurs de logement social. L'intérêt d'avoir cet outil CDC en Polynésie française, c'est d'une part de bénéficier d'un opérateur de logement social qui a de l'expérience, qui est un professionnel de ce secteur. Il ne s'agit pas, encore une fois, de remettre en cause le professionnalisme de l'OPH, et puis surtout, la CDC peut faire bénéficier de crédits à taux bonifiés pour la construction de logements sociaux. Si on parle de l'OPH, finalement l'Office fonctionne plutôt bien. Ils sont professionnels, ils se sont dotés d'outils de gestion, de fonctionnement qui sont des outils modernes et efficaces. Ils ont des personnes tout à fait qualifiées en leur sein, simplement ils rencontrent des difficultés notamment en acquisition de foncier. On essaie d'ailleurs d'aider l'OPH au travers du Contrat de projets puisqu’on a signé récemment un avenant qui va permettre à l'OPH de se constituer des réserves foncières, d'acheter du terrain viable pour lancer des opérations de logement social. Ce n'est donc pas une question de manque de professionnalisme de l'OPH, pas dans notre esprit en tous les cas.”
  • Prêts aux communes “Il est question d'une offre de prêts aux communes pour que celles-ci notamment puissent financer leur part propre dans les projets environnementaux du Contrat de projets (CP, NDLR). Le CP finance à pratiquement 90% les projets des communes dans les domaines de l'eau potable, l'assainissement des déchets, auxquels elles ont 10% à mettre de leur poche. La CDC a fait une offre de prêts aux communes à des taux relativement intéressants.”

Zoom

La Nouvelle-Calédonie mieux lotie

En matière d'activité pour le groupe Caisse des dépôts, la Polynésie, c'est relativement “peanuts”. En 2009 par exemple, pendant qu'ici il était question seulement de la reprise de la concession de l'aéroport et du soutien à la création de l'Adie, en Nouvelle-Calédonie, l'activité de la CDC s'est nourrie de nombreux projets. “En Nouvelle-Calédonie, peut-on lire dans une note de la CDC d'avril dernier, la Caisse des dépôts a maintenu à un niveau élevé son activité de prêteur sur fonds d'épargne, en accompagnement d'une politique volontariste de production de logements aidés. Près de 700 logements ont été financés pour un montant global de prêts de plus de 60 millions d’euros (7,1 milliards de Fcfp).” En direction des entreprises, le Fonds calédonien de développement, soutenu par la CDC, a levé un peu moins de 2 milliards de Fcfp et financé quatre PME. Sans compter l'aide apportée à la participation au financement de la création de 39 TPE. La Nouvelle- Calédonie bénéficie également d'un soutien dans le développement durable avec l'ouverture d'un parc éolien. “L’accord-cadre de partenariat signé fin 2009 entre la Caisse des dépôts et Aérowatt au sein de la Société Aérowatt Énergies, précise la note, a intéressé particulièrement la Nouvelle-Calédonie où le premier parc d’éoliennes de cette société a été mis en service, en fin d’année, à Touongo (5 MW) sur la commune du Mont-Dore.”

 

Patrice Lafforgue
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Commentaires anonymes

31/08/2010 à 06h29

Constat:
Grâce à notre beau et tres large statut d'autonomie, nos supers experts technocrates à deux balles et nos politiciens incompetents et corrompus jusqu'a l'os, ont amené notre societé et notre pays au chaos total. Regardez bien autour de vous...plus rien ne marche !
Independance ? soyons logiques... si avec l'autonomie on se trouve dans la situation dans laquelle on est, qu'est ce que ce sera avec l'independance !! Je vous le dis...retour à la prehistoire garanti avec rois, guerres tribales, ouvrez les yeux, le decor est deja planté devant nous !
La reprise en main par l'etat doit faire l'objet d'une exigence collective de notre part car il n'est pas normal que nous soyons considerés comme des français de 2e categorie et que nous ayons à supporter une telle mediocrité sociale et politique.

Commentaires anonymes

16/08/2010 à 20h58

Si la CDC reprenait en main les affaires que le pays n'a pas été capable d'assurer, tel le logement social, ce n'est peut-être pas un mal ! Rien que pour le logement social, on a créé moult services administratifs supplémentaires pour uniquement ce secteur. Auparavant, il suffisait d'une personne pour faire un boulot et aujourd'hui, il y en a six... on appelle cela créer de l'emploi !

Pourquoi n'a-t-on pas donné une part des marchés du logement aux privés ? Au moins, il y aurait obligation de résultat !

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16/08/2010 à 18h31

Oscar dépose des recours......pendant ce temps la CDC attend, merci Oscar le fenua lui s'écroule mais lui il s'en moque !!!

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16/08/2010 à 17h29

On aimerait une reprise en main "musclée" de l'état dans bien d'autres domaines. Les incompétents ont fait la preuve depuis des années de leur incompétence.
Ils nous serinent sans arrêt que tout ce qui arrive "c'est la faute à la France". Eh bien, si c'est "la faute à la France", il faut que ce soit elle qui reprenne les choses en main...

Commentaires anonymes

16/08/2010 à 16h28

Encore une maladie de la Sarkozye. Et que je t'allonge SUR LE PAPIER des milliards par ci, et des milliards par là. Elle nous noie sous les milliards sans qu'on n'en voit jamais la couleur ni n'en hume la sale odeur. Contrairement à ses bébêtencour, qui ne savent tellement plus qu'en faire qu'ils en planquent à congeler en Suisse. Merci à ces médias métros qui les dénoncent. Quant à nous, inutile de compter sur las Novelas pour en faire autant. Ils sont payés pour ne louper aucune occasion de nous enfumer. La CDC prêter aux communes à des taux RELATIVEMENT intéressants! Comme vous avez fait avec la Grèce? Je me demande seulement si nos sinistrés d'Oli ont enfin eu leur toaster, made in France.
Basta e frenchies ma, ne vous sentez pas obligés de vous justifier et dire et répéter qu'il n'y a pas de reprise en main de l'Etat. Comme pour vous en persuader. As to us, it's useless, we're not so blind. Pour ne pas dire que votre baratin fait l'effet inverse, de titiller nos neurones. Faites donc comme vous avez toujours fait, avec votre CEP et bombe. Not even, Pinky Panther style, which is too smart. But ofi style, if you guess what I mean. Berrrrkkkkkkkk

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16/08/2010 à 15h52

Si j'ai bien lu les derniers mots de l'article nous sommes en campagne électorale.
Notre beau fenua va-t'il un jour, d'un coup de baguette magique de la bonne fée Marie Luce, sortir de ces zones de turbulences qui précèdent les élections?
Rassurez-vous, bonnes gens, ce jour n'est pas prés d'arriver.

Commentaires anonymes

16/08/2010 à 15h29

Comment vont faire les élus pour se remplir les poches ?
Heureusement que la plupart ont déjà alimenté leurs comptes off shore et fait leurs placements immobiliers aux noms de leurs femmes !

Légal

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